Quand des terriers de blaireaux stoppent des trains en Allemagne, "ils ont une prédilection pour les buttes, digues et remblais en hauteur"

La Deutsche Bahn a dû fermer plusieurs lignes de chemin de fer, pour cause de dégâts liés à des terriers de blaireaux. Des bus et cars remplacent les trains pour une durée indéterminée, sur une des lignes : Wissembourg, dans le nord de l'Alsace.

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Dans le Bade-Wurtemberg en Allemagne, des blaireaux ont trouvé certaines digues de chemin de fer parfaites pour y creuser leurs terriers. Mais leurs galeries ont déstabilisé des talus qui portent des rails de chemin de fer, au point de créer des affaissements de voies. La Deutsche Bahn (société allemande des chemins de fer) a donc fermé ces lignes endommagées et d'autres qui menacent de s'effondrer.

Pour les voyageurs à destination du Palatinat (Pfalz) en Allemagne, au nord de l’Alsace, c'est une mauvaise surprise : certains trains sont remplacés par des bus et des cars express, depuis le 17 mars.

Contactée, la compagnie de chemin de fer allemande, précise que Deidesheim-Bad Dürkheim est la première ligne à avoir été fermée, pour cause d’effondrements avérés, et le trajet entre Landau et Winden en Pfalz a été interrompu préventivement. C’est cette deuxième ligne, à l’ouest de Karlsruhe, qui est connectée à Wissembourg, dans le nord de l’Alsace.

Une dizaine de trains par jour partent de Wissembourg vers Winden en Allemagne et ramènent des voyageurs jusqu’en Alsace par Wissembourg, jusqu’à Strasbourg. La ligne Karlsruhe RE6 Neustadt - Landau - Wörth - Karlsruhe est également interrompue. En tout, une dizaine de bus et cars express ont été mis en place par la DB, pour une durée inconnue.

Terrier secondaire sous une voie ferrée dans le Bas-Rhin. © LPO Alsace

Les terriers de blaireaux sous les rails ne sont pas une première

Ces affaissements ou effondrements ne sont pas inconnus, ni en Allemagne, ni en France. "Les blaireaux détestent avoir de l'humidité dans leurs terriers, d'où leur prédilection pour les collines, buttes, digues et remblais en hauteur." explique Laetitia Duhil, médiatrice de la faune sauvage LPO et Gepma et spécialiste du blaireau d'Europe. 

Leur habitat est constitué de galeries et de plusieurs "chambres" selon le nombre d'individus qui y vivent, et il est agrandi au fil des années et des générations. Selon la médiatrice de la faune sauvage en Alsace, lorsque l'on tombe sur un grand terrier, il est forcément assez ancien, et n'a pas été repéré au début de sa construction.

En Alsace, SNCF Réseau, la LPO et le Gepma collaborent depuis une dizaine d'années dans ce domaine et de plus en plus d'agents sont formés pour repérer au plus tôt les constructions. "Quand un agent découvre un terrier, il nous prévient et on va voir sur place."

Parmi les derniers recours, s'il n'existe pas de solution de repli pour le mustélidé, il est possible de lui créer un terrier artificiel. En 2020, à Sundhoffen (68), le mammifère nocturne a aussi installé un terrier dans une digue sous une voie ferrée. La SNCF et la LPO avec le Gepma se sont associées pour gérer le problème.

Ils ont créé un terrier artificiel à proximité des voies pour inciter les animaux à s'y installer. "Oui, ça a fonctionné" explique le directeur de la LPO, "aujourd'hui, le terrier est occupé par une famille de blaireaux. Nous en avons même construit un autre sur un échangeur routier à hauteur de Kogenheim, près de Sélestat, où le problème se posait aussi. Maintenant, on va voir si les animaux s'y installent."

Un terrier artificiel est construit quand il n'existe pas de solution de repli pour les blaireaux. © LPO Alsace
Les terriers artificiels sont revégétalisés et quasi invisibles. © Terrier artificiel construit à Sundhoffen / Haut-Rhin

La médiatrice de la faune sauvage LPO et Gepma, explique que les interventions diffèrent en fonction de l'état de péril des ouvrages. Entre une ligne très fréquentée par des trains de voyageurs et une ligne de fret, peu fréquentée, où un train peut rouler lentement, les procédés seront différents.

"Quand on ne peut pas conserver les terriers, on fait fuir les animaux avec du répulsif. C'est un procédé complexe, mais quand les blaireaux sont partis, au bout de deux ou trois semaines, maximum un mois, des injections sont faites pour éviter de futurs affaissements. S'il y a urgence, on peut poser une trappe anti-retour, donc une porte à sens unique. En une semaine, ils sont tous sortis, mais c'est stressant pour les mères qui ne peuvent pas aller récupérer leurs petits."

Le blaireau n'a pas le même statut partout

En Allemagne, le blaireau n'est pas protégé, mais les terriers découverts récemment sont proches de la réserve naturelle d'Ebenberg, qui elle est protégée. Intervenir sur ce domaine nécessite donc une autorisation du ministère de l'environnement de Rhénanie-Palatinat.

En Alsace, les textes des commissions de chasse ne sont pas les mêmes dans les deux départements. Dans le Bas-Rhin, l'animal noir, blanc et gris n'est plus "chassable" depuis 2002/2003, mais il n'est pas pour autant protégé. Donc son habitat ne l'est pas non plus. Dans le Haut-Rhin, il est "chassable", mais on y pratique que le tir. Environ cent individus sont ainsi tués par an dans ce département. Nulle part cependant en Alsace on ne pratique le déterrage, appelé vénerie, qui consiste à acculer le blaireau dans son terrier par des chiens introduits dans les galeries, puis à creuser afin de le saisir avec des pinces pour le tuer.

Aux Pays-Bas, cet animal est protégé depuis les années 50. C'est là-bas que les spécialistes alsaciens sont allés s'inspirer pour trouver les solutions à mettre en place, comme le terrier artificiel notamment.

Dans toute la France, il n'existe aucune étude sur les populations de blaireaux. Aucun financement non plus, sauf quand la SNCF doit faire réaliser des travaux à cause d'un terrier. Seul le Gepma a créé un réseau d'observateurs avec deux cents bénévoles qui assurent un recensement en Alsace. Ainsi, on découvre cinq à six terriers par an, dans des ouvrages près de voies ferrées ou d'échangeurs routiers, en Alsace.

Durée des travaux en Allemagne : encore inconnue

Chez nos voisins d'Outre-Rhin, la suppression des trains durera probablement des semaines. La Deutsche Bahn ne se prononce ni sur la durée des chantiers, ni sur un retour à la normale des lignes suspendues.

Dans certains cas, il est possible de conserver les terriers de blaireaux, mais on l'aura compris, mieux vaut une inspection régulière pour les détecter à temps et agir de manière adaptée, tant pour les animaux que pour les usagers.

Le taux de natalité du blaireau est assez faible et sa population se régule par elle-même. Si les ouvrages sont inspectés annuellement, sa présence est repérée à temps et les risques disparaissent ou sont gérables. Présence du blaireau ne signifie donc pas forcément danger.

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