Dix arbres arrachés en pleine nuit en octobre 2024, remplacés désormais par trente-deux parasols géants : le nouveau visage du parvis de la cathédrale de Chartres fait débat. Ce projet à 300 000 euros, qui achève la minéralisation de la place, est vivement critiqué par les écologistes.
L'avant-après est saisissant. Là où se tenaient dix robiniers, se dressent désormais trente-deux parasols sous bâche. À partir du 17 avril, les mâts, dont les plus hauts mesurent cinq mètres de haut, se déploiront pour abriter les clients des terrasses du parvis de la cathédrale de Chartres.
Il s'agit de la suite logique de l'abattage de ces arbres, arrachés en toute discrétion entre 3h et 5h du matin le 2 octobre 2024. Au grand dam des associations de défense de l'environnement et de l'opposition municipale de gauche, désormais dans l'expectative en attendant le rendu final.
Tout comme les employés des cafés et restaurant avoisinants, dont la plupart ont préféré ne pas s'exprimer trop ouvertement pour le moment, que ce soit au micro de France 3 ou face aux reporters du Parisien.
Sous les pavés, le béton
"Pour l'instant, tout le monde attend de voir", lâche Patrick Chenevrel, président de l'Association de défense de l'environnement chartrain, qui compare le rendu futur à un "gigantesque barnum".
"On est dans une trajectoire anti-historique", juge pour sa part Jean-François Bridet, conseiller municipal écologiste d'opposition, vice-président du conseil régional et candidat pour les municipales 2026.
Alors que la tendance est à la végétalisation et à la création d'îlots de fraicheur pour lutter contre les pires effets d'un réchauffement climatique à +4°C, "là on est dans des réflexes d'aménagements digne des Trente Glorieuses, on a cinquante ans de retard !"
Outre les parasols eux-mêmes, dont la couleur crème s'accorde avec le reste de la place, désormais entièrement minéralisée, c'est l'état des sols qui inquiète cet architecte de métier. "Ce qui est criminel, c'est que sous la dalle, vous avez une dizaine de centimètres de béton, qui stérilisent pour très longtemps les sols."
Enfin le retour du beau temps, dès ce mois d'avril, montrent selon lui que les terrasses risquent d'être fort inconfortables lorsqu'il fera vraiment chaud.
On ne peut pas imaginer que les gens du café qui donne sur le parvis se satisfassent d'être sous un barnum.
Jean-François Bridet, conseiller municipal d'opposition
L'ensemble des parasols aura coûté 300 000 euros, a expliqué Guillaume Bonnet, adjoint au maire en charge du commerce et de l’amélioration du cadre de vie à nos confrères de l'Écho républicain. Une somme portée par la commune, et qui s'explique par les normes auxquels répondent les parasols : ils devront résister aux vent qui balaient la place, et intègrent des LED permettant d'éclairer les terrasses la nuit.
Une végétalisation est prévue "sous réserve"
Sollicitée, la Ville de Chartres confirme qu’il n’est pas possible d’accueillir des arbres en pleine terre sur cette partie de l’esplanade, en raison de la présence de caves découvertes en-dessous lors de fouilles archéologiques, et du passage de nombreux fourreaux électriques sur cette portion de l’esplanade.
Toutefois, une végétalisation est prévue, sous réserve de validation définitive de l’architecte des bâtiments de France.
Dans cette attente, et l’attente de la livraison des bacs végétalisés définitifs en 2026, la Ville va disposer ses fameuses vasques présentes partout en centre-ville, pour amener du végétal en espace contraint.
La pose de ces vasques sera effectuée vers la fin avril à l’issue du chantier, pour ne pas endommager le traitement des dalles, qui nécessite encore 8 jours de séchage.
La Ville veut aussi rappeler que la coupe des 10 robiniers malades sera compensée in situ par les arbres qui seront plantés autour du cloître Notre-Dame. Elle est déjà compensée ailleurs dans la Ville, la Ville de Chartres plantant en pleine terre 3 nouveaux arbres pour chaque arbre abattu.