Rassemblés lors d'une conférence de presse mardi 18 août devant la préfecture de Corse-du-Sud, les pêcheurs corses contestent la mise en place d'une balise GPS, désormais obligatoire dans le cadre des plans de gestion durable de la pêche. Ils considèrent qu'elle va à l'encontre de leur liberté.
Les pêcheurs de Corse préviennent, ils ne veulent pas de la balise dite VMS, un système censé suivre leur géolocalisation dans le cadre des plans de gestion durable de la pêche. Lors d'une conférence de presse organisée mardi 18 août à 16h00 devant la préfecture de Corse-du-Sud à Ajaccio, plusieurs d'entre eux ont exprimé leur désarroi.
L'application d'une norme européenne
"À l'heure actuelle, tous les voyants ne sont pas au vert", indique Joseph Sanna, président de l'Union pour la défense des pêcheurs corses, rappelant également d'autres revendications plus globales. "On est là pour travailler et faire vivre nos professions, nos familles."
Ce dispositif émane de l'Union Européenne. Plusieurs fois attaqué avant d'être définitivement validé par le Conseil d'État, il est obligatoire depuis le 1er juillet pour les navires de neuf mètres et plus, sous peine d'une amende de 22 000 €.
En Corse, à ce jour, sept armateurs l'ont mis en place. Les plus petits bateaux - soit 60% de la flotte corse - ont une dérogation jusqu'en 2029 ou 2030.
Une installation "coûteuse et à notre charge"
"Ça leur sert à nous contrôler", estime Jean-Michel Serreri, pêcheur à Ajaccio. "C'est un problème car on est un métier de liberté, et on est train de la perdre petit à petit."
"On commence à recevoir des pressions administratives de l'État pour les mettre en place", assure de son côté François Lunardi, patron pêcheur et représentant de l'Union pour la défense des pêcheurs corses. Selon lui, les frais d'installation sont d'environ 3 000€ avec un abonnement annuel de 800€. "Ils sont coûteux, et à notre charge", peste-t-il.
On a plein de trucs qui nous tombent sur la tête. On se plie, on se plie, mais à un moment donné, on ne va plus réussir à se plier. On en a marre. Tous les ans, il y a quelque chose.
François LunardiPatron pêcheur, représentant de l'Union pour la défense des pêcheurs corses.
Ce pêcheur ne comprend pas l'utilité de cette nouvelle règle à respecter en mer. "Comme on l'a toujours dit, c'est un bracelet électronique. On n'a rien à se reprocher : on est des pêcheurs, pas des voyous."
En parallèle, la canicule marine affaiblit les rendements cet été, et les ventes sont mitigées.
"Mieux vérifier les zones de pêche", selon la préfecture
François Lunardi est en contact direct avec les services de l'État et de l'Europe. "On n’a pas de rendez-vous en préfecture, mais on exprime notre mécontentement car on ne nous écoute pas."
La conférence de presse de cet après-midi constitue une "piqûre de rappel", selon Joseph Sanna. "Tout le monde pourrait payer les conséquences, et malheureusement, la population serait impactée. On est à un tournant."
Il va prochainement envoyer des courriers à la préfecture. "Nous sommes des gens responsables, on se donne le temps de la réflexion. Mais on veut rappeler que l'on est là, et que l'on va aller jusqu'au bout. Nous sommes déterminés."
Les services de l'État, qui veillent au respect des politiques de régulation des activités exercées en mer et sur le littoral, sont chargés de faire respecter cette nouvelle réglementation. Contactés, ils nous indiquent que ce dispositif "permet une meilleure corrélation des captures, de vérifier le respect des zones de pêche dont l'accès est limité ou conditionné", et "contribue à une gestion durable des ressources".
Des blocages il y a quatre mois
Début avril, un premier mouvement avait provoqué de grosses perturbations. Une vingtaine de pêcheurs et bateliers avaient bloqué l'accès aux pontons des six ports de commerce de Corse pendant 48 heures.
Au cœur des revendications à cette période, le prix du carburant avec des écarts de plus de 50 centimes entre la Corse et le continent. "Il y a trois jours, le gasoil détaxé était à 0,89€ à La Rochelle, et à 1,45€ chez nous. Un écart comme ça, ce n'est plus possible", déclarait Joseph Sanna.
Au bout de deux jours, les pêcheurs avaient commencé à débloquer les structures de Propriano et d'Île Rousse, puis l'ensemble des ports de l'Île.