"Inutile, démesuré et ruineux" ou "ambitieux et innovant" ? À Ajaccio, le futur téléporté suscite la polémique

Alors que le chantier avance, le futur téléporté ajaccien est de nouveau sous le feu des critiques. Plusieurs mouvements politiques nationalistes critiquent un projet jugé "coûteux" et "inutile". De son côté, le maire et président de la Capa Stéphane Sbraggia dénonce une "instrumentalisation politicienne" de la part de l'opposition.

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C’est devant la future station de téléporté de Saint-Joseph que Femu a Corsica a décidé d’organiser un point presse, ce samedi 15 mars.

L'objectif, dénoncer une nouvelle fois un projet jugé "inutile, démesuré, ruineux financièrement et très coûteux d’un point de vue écologique et paysager".

Porté par la Capa, ce nouveau mode de transport, présenté comme "innovant, écolo et rapide" devrait permettre de relier Saint-Joseph à Mezzavia "en 12 minutes". 

Une "absurdité" pour les militants du mouvement autonomiste, qui demandent "la tenue d’un conseil municipal et d’un conseil communautaire exceptionnels, cette opération risquant en l’état de plomber les finances de la ville et de la Capa pour les mandatures à venir".

Ces derniers jours, d’autres partis politiques se sont emparés du sujet, à l’instar du Partitu di a Nazione Corsa.

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux ce vendredi 14 mars, le mouvement a notamment estimé que "le contribuable ajaccien ne devra pas être contraint de régler les frais d’un projet inutile", auquel il a réaffirmé sa "ferme opposition".

Core in Fronte a fustigé, de son côté, en plus d’un "échec économique", une "catastrophe écologique qui, si elle était déjà annoncée, sera d'ampleur encore plus importante puisque la forêt de la montagne Sant'Angelo finira d'être rasée détruisant faune et flore au profit d'un projet présenté comme écologique par la majorité municipale d'Aiacciu".

"Déficit" et "surcoûts" ?

Des critiques pour certaines émises dès les prémices du projet, mais réitérées à la faveur d’un article de nos confrères de Corse-Matin, pointant le "déficit d'exploitation" et les "surcoûts" du téléporté, baptisé "Angelo".

"Il n'existe pas, en France, de transport urbain excédentaire", se défend le cabinet du président de la Capa. "La moyenne nationale est à 80% de participation publique et 20% de recettes. La Collectivité de Corse est dans la même situation avec les chemins de fer", fait-on remarquer.

Quant à la dérive financière que connaîtrait le chantier, "le projet était chiffré à 36 millions d'euros en 2022, il n'a jamais été question de 31 millions comme cela a pu être écrit dans la presse, affirme la Capa. Nous avons ensuite passé deux avenants. Le premier d'un million d'euros suite à l'inflation. Puis un deuxième après la découverte d'une pollution résiduelle et afin de respecter une prescription des architectes des Bâtiments de France, ce qui porte à 38,2 millions". Soit un surcoût de 2,2 millions d'euros.

Illustration du projet de la Capa. © Capa

Des dépenses supplémentaires qui auraient poussé la Capa à formuler une demande de financement auprès de la Collectivité de Corse ? "Ce n'est pas parce que nous avons des surcoûts que nous ne sommes pas capables de les assumer, répond le cabinet de Stephane Sbraggia. Nous souhaitons simplement diminuer notre part de financement. Le plan de financement initial - 70% pour l'Etat et 30% Capa - est toujours d’actualité. Il y avait une sous-consommation des fonds Feder (Ndlr : Fonds européen de développement régional), nous avons saisi l'opportunité. Néanmoins ce n’est pas encore une demande officielle..."

Autre point suscitant des interrogations : l'aspect environnemental du projet, et notamment la possible destruction d'une zone de végétation au Stiletto."On parle de la destruction de 20 hectares, or ce n'est pas le cas. Lorsqu'on applique des obligations légales de débroussaillement, comme le font les particuliers autour de leur maison, il s'agit de réduire le maquis existant et non pas de mettre à nu la colline." 

"Instrumentalisation politicienne"

De son côté, le maire d’Ajaccio Stéphane Sbraggia dénonce dans un communiqué une "instrumentalisation politicienne".

"Cette soudaine agitation ne relève ni d’une prise de conscience, ni d’un souci sincère pour l’avenir d’Ajaccio et de son agglomération. Elle est le symptôme d’une opposition qui, après cinq années de mutisme et d’absence dans les instances de décision, tente maladroitement de se forger une existence à l’approche des élections municipales de 2026", estime celui qui est également président de la Capa.

Et d’ajouter : "La ficelle est grossière. Il est aisé de convoquer des images anxiogènes et analyses caricaturales, de brandir des hypothèses dramatiques et de souffler sur les braises de la désinformation. C’est l’apanage du populisme le plus primaire, dans une société où, très souvent, règnent l’émotion et le mépris de la vérité."

Défendant, sans entrer dans les détails techniques et financiers, "un projet ambitieux et innovant", l’édile l’assure : "Il ne s’agit pas d’un caprice, mais d’une approche rationnelle, complémentaire des autres moyens de transport et inscrite dans une stratégie globale de mobilité".

"Dans quelques années, lorsque cet équipement sera pleinement intégré au quotidien de nos concitoyens, il s’imposera comme une évidence, tout comme l’ont fait avant lui tant d’infrastructures d’abord combattues puis unanimement adoptées", veut croire le président de la Capa.

Si le téléporté devrait entrer en service cet été, les militants de Femu a Corsica, eux, demandent à connaître le coût d'un éventuel démantelement du projet. La question pourrait être abordée lors du prochain conseil communautaire, prévu le 20 mars.

Le reportage de Florence Antomarchi et Alexandra Lassiaille :

durée de la vidéo : 00h02mn07s
Intervenants : Romain Colonna, Conseiller à l'Assemblée de Corse, Femu a Corsica ; Danielle Antonini, Conseillère municipale de la ville d' Ajaccio et conseillère communautaire à la CAPA. ©F. ANTOMARCHI - A. LASIAILLE / FTV

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