Accords de Beauvau et de Bougival, élections municipales... Nazione a présenté, ce lundi, son programme pour la 43ème édition des Ghjurnate Internaziunale, les 2 et 3 août prochains à Corte. Un rendez-vous marqué par un contexte politique tendu pour le mouvement indépendantiste, alors que plusieurs de ses militants ont récemment été cités dans une note des services de renseignements portant sur la criminalité organisée en Corse.
Le rendez-vous de ceux qui souhaitent, selon les mots de Nazione, "bâtir une alternative politique réelle aux forces qui, à Paris comme en Corse, condamnent le peuple corse en l'orientant sciemment vers une voie sans issue".
La 43ème édition des Ghjurnate Internaziunale di Corti, organisée par le mouvement indépendantiste, se tiendra les 2 et 3 août prochain, en présence, comme chaque année, de délégations internationales.
La comparaison des processus Corse-Kanaky
Au programme, des conférences portant sur des thèmes variés, avec notamment un regard croisé autour des processus engagés sur l'avenir institutionnel de la Corse et celui de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie.
"Nous avons deux processus avec deux choix stratégiques différents, note Josepha Giacometti-Piredda, élu Nazione à l'Assemblée territoriale. Les écritures constitutionnelles telles que validées dans les accords de Beauvau mettent des entraves plus qu'elles n'ouvrent des perspectives, notamment sur le statut de résident ou la reconnaissance du peuple corse."
"Et on le voit avec l'avis rendu par le Conseil d'Etat : nous savons très bien que même si celui n'est que consultatif, il laisse présager les débats et la teneur de ce qu'il restera d'accord, qui n'était déjà pas grand-chose", regrette-t-elle.
"Nous continuons de dire que ce projet est néfaste pour la Corse, et qu’il doit être retiré pour repartir sur de nouvelles bases, poursuit Petr'Anto Tomasi, porte-parole du mouvement indépendantiste. Nous allons le mettre en parallèle avec l'accord de Bougival pour la Kanaky, qui offre, lui, des perspectives nouvelles. Indépendamment de ce que pourront dire les indépendantistes kanaks, qui sont les seuls légitimes pour juger de cet accord, on note qu'il est fait état d'un Etat, d'une nationalité, d'une constitution. Alors que l'accord de Beauvau nie l'existence d'un peuple, on parle d'une communauté, voire d'une population."
L'ambition d'une stratégie du mouvement national pour les municipales
Un rendez-vous qui sera aussi l'occasion pour Nazione d'aborder la question des municipales, à l'approche des élections, qui se tiendront en mars prochain.
"Nous aurons des éclairages, notamment du Pays basque, de la Catalogne et de la Sardaigne, dans la perspective d'approcher les élections municipales non pas comme des arrangements tactiques, mais véritablement des choix stratégiques pour le mouvement national", indique Josepha Giacometti-Piredda.
En insistant : "Les maires, et certains l'ont fait, peuvent faire le choix déterminé de prendre des décisions qui ancrent une stratégie du mouvement national sur leur territoire."
"On voit bien qu'il y a une volonté de criminaliser une lutte politique"
Pour Nazione, cette nouvelle édition des Ghjurnate Internaziunale intervient dans un contexte particulier, marqué, notamment, par des tensions survenues avec l'Etat. Une situation récemment dénoncée par le mouvement dans une conférence de presse. Celle-ci faisait suite à la mention de plusieurs des militants du parti dans une note secrète du service d’information de renseignement de la criminalité organisée consacrée au crime organisé en Corse.
"Nous, nous disons qu'il y a aujourd'hui une stratégie de l'Etat qui est celle de la calomnie, de l'intoxication, et qui est une stratégie de long cours, tranche Petr'Anto Tomasi. Je rappelle qu'en 2022, des militants indépendantistes de notre courant avaient été interpellés sur des motifs politiques. Gérald Darmanin, alors ministre de l'Intérieur, avait fait une déclaration visant à dire que c'était la grande criminalité qui était visée. On voit bien qu'il y a la volonté de criminaliser une lutte politique."
Le porte-parole du mouvement l'assure : "Nous n'allons pas nous laisser faire. Ces Ghjurnate seront l'occasion de continuer à positionner Nazione au cœur du débat politique, en proposant une alternative qui ne correspond ni à l'offre de la majorité territoriale actuelle autonomiste qui est un échec sur un tout, ni à une alternative fondée sur les anciens clans."