Michelin, le géant clermontois du pneumatique a annoncé ce jeudi 28 mai, un plan de réduction d'effectifs en France, présenté comme un "projet d'adaptation basé sur le volontariat". Jusqu'à 1 500 postes seraient concernés sur trois ans, majoritairement dans les fonctions tertiaires.
Michelin a annoncé ce jeudi 28 mai un plan de réduction d'effectifs en France, présenté comme un "projet d'adaptation basé sur le volontariat". Jusqu'à 1 500 postes sont concernés sur trois ans, majoritairement dans les fonctions tertiaires. Le géant clermontois du pneumatique justifie cette décision par un "environnement mondial de plus en plus instable", une "concurrence chinoise forte" et un contexte français jugé “pénalisant”.
Jusqu’à 1 500 postes concernés
Deux tiers des postes visés se trouvent dans les fonctions tertiaires (directions corporate, fonctions support à portée mondiale) et un tiers dans l'industrie. En conférence de presse, la direction insiste : “C’est un plan basé sur l'effort collectif. Aucun site, aucune fonction n'est spécifiquement ciblée. Toutes les équipes sont appelées à contribuer à l'optimisation”. Toutefois, selon les syndicats, ces suppressions dans le tertiaire concerneraient majoritairement le siège social de Clermont-Ferrand, où sont concentrées les grandes directions du groupe. Le délégué syndical CFDT Laurent Bador estime que près de 1 100 personnes seraient concernées :"Ce seraient environ 1 000 dans le tertiaire et une centaine dans l'industrie, notamment au service compétition. Sur les quelque 10 000 salariés que compte le site clermontois, cela représenterait plus de 10 % des effectifs locaux", précise-t-il
L’entreprise auvergnate insiste sur le chiffre des 1 500 postes concernés : “Il s'agit d'un plafond, pas d'un objectif, a précisé Nicolas Mallet, directeur des relations sociales chez Michelin. "C'est un maximum pour que les équipes travaillent sur des scénarios".
Sur le plan juridique, le dispositif reposera sur deux outils. D'abord un accord de Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels (GEPP), pour organiser les mobilités internes et les reconversions. Ensuite des accords annuels de Rupture Conventionnelle Collective (RCC) pour encadrer les départs externes volontaires, assortis de parcours de formation "vers des métiers d'avenir".
Un “projet d'adaptation” bien différent d’un “plan de départs volontaires”. Un plan de départs volontaires traditionnel est encadré par certaines règles juridiques : il oblige l'entreprise à justifier ses difficultés, l'expose à des recours devant les prud'hommes et déclenche des obligations légales renforcées dès lors qu'il dépasse un certain nombre de suppressions de postes. Le dispositif retenu par Michelin, une combinaison de GEPP et de RCC étalée sur trois ans, permet d'éviter ces contraintes.
La réaction des syndicats : entre stupeur et colère
L'annonce intervient dans un contexte déjà tendu. Michelin sort à peine de la fermeture de ses usines de Vannes et de Cholet, deux plans sociaux douloureux qui ont concerné plusieurs centaines de salariés dans les secteurs industriels. "Quand est-ce que ça va s'arrêter chez Michelin ?", s’indigne Romain Baciak, délégué syndical central CGT. "Nous voyons que les suppressions de postes continuent, On vient à peine de finir Vannes et Cholet qu'on rattaque un nouveau plan. On constate juste que l'entreprise est capable de sortir de l'argent pour ses actionnaires, et supprime 1 500 postes dans le même temps”.
"Nous sommes abasourdis", fustige, de son côté, Laurent Bador, délégué syndical CFDT à Clermont-Ferrand. "C'est une nouvelle qui n'est bonne ni pour la société, ni pour les salariés. Nous avons des discussions régulières avec la direction, des mentions d'effectifs trop élevés ont été faites en CSE, mais nous ne nous attendions pas à un plan aussi massif et brutal."
Plusieurs interrogations
La direction a beau marteler le mot "volontariat", les syndicats restent sur leurs gardes. "Il faut que ce soient des volontaires vraiment volontaires, et non des gens que l'on pousse vers la sortie", insiste Laurent Bador, qui annonce vouloir "mettre tous les verrous possibles" lors des négociations. Romain Baciak est plus direct :" dans les précédentes GEPP, explique-t-il, annoncer à un salarié que son poste part à l'étranger revient à lui forcer la main. Certes, ça reste du volontariat sur le papier, mais un volontariat un peu poussé."
La question de la situation des salariés proches de la retraite reste également une zone de floue pour les syndicats. Sur ce dernier point, la direction reconnaît que "c'est tout l'enjeu des négociations à venir", sans apporter de garanties supplémentaires à ce stade.
Sur le plan financier, la direction n'a communiqué aucun chiffre précis sur les économies attendues. Sur la question d'une éventuelle délocalisation des postes supprimés, elle a été évasive : Michelin "crée de nouvelles fonctions là où c'est le plus approprié, en Asie ou en Amérique, selon les centres de compétences”, indique l’entreprise. Une formule qui n'exclut rien et que la CGT interprète sans détour comme “une confirmation que ces emplois français seront recréés ailleurs, à moindre coût”.
Reste enfin la promesse que ce plan sera le dernier. La direction affirme ne pas avoir "en tête de nouveau plan social après celui-ci", et présente ce projet comme une démarche de long terme, "pas une décision par coup". Une première réunion du CSE Central est prévue le 10 juin pour ouvrir officiellement les négociations, qui devraient s'étaler jusqu'en septembre ou octobre.