Pollution aux PFAS au sud de Lyon : des experts de l'ONU interpellent la France sur des "violations présumées des droits humains"

Des rapporteurs spéciaux de l'ONU demandent à l'État français ainsi qu'aux industriels Arkema et Daikin de s'expliquer sur leurs efforts de lutte contre les PFAS dans la vallée de la chimie, au sud de Lyon. Ils évoquent de possibles "violations des droits humains" pouvant concerner 200 000 personnes dans 110 communes du Rhône, de la Loire et de l’Isère.

Quatre rapporteurs de l’ONU ont interpellé le gouvernement concernant des "violations présumées des droits humains", dans la vallée de la chimie, au sud de Lyon. Ces experts, qui sont mandatés par le Conseil des droits de l'homme mais ne s'expriment pas au nom de l'ONU, ont été alertés fin juillet 2025 par l'association écologiste Notre Affaire à Tous, qui vient de rendre publique cette procédure.

"Vive préoccupation"

Après avoir étudié les informations transmises par l'association, jugées "suffisamment fiables", les rapporteurs spéciaux ont adressé en mars des courriers au gouvernement français, ainsi qu'aux industriels Daikin et Arkema, qui émettent des PFAS sur la plateforme de Pierre-Bénite, située au sud de Lyon.

La plateforme industrielle de Pierre-Bénite, au sud de Lyon, est mise en cause pour ses rejets de PFAS dans l'environnement. © France 3 Rhône-Alpes

Dans le document mis en ligne sur leur site, les rapporteurs expriment leur "plus vive préoccupation quant aux effets néfastes sur les droits humains des activités d'Arkema France et de Daikin Chemical France [et leurs conséquences] sur les populations concernées dans les départements du Rhône, de la Loire et de l’Isère". Les experts indiquent dans leur rapport que 200 000 personnes pourraient être concernées dans 110 communes.

"La contamination généralisée, grave et persistante par les PFAS dans la vallée de la Chimie soulève des inquiétudes quant à la mise en œuvre par le gouvernement (...) de ses obligations en vertu du droit international", notamment de protéger ses populations contre "les violations commises par les entreprises sur son territoire", ajoutent-ils.

Pour ces rapporteurs spéciaux de l'ONU, "il est préoccupant que les autorités publiques françaises n'aient pas appliqué rapidement le principe de précaution" dans cette "région la plus contaminée de France" par les polluants éternels.

"Tout en reconnaissant les efforts récemment déployés par les autorités françaises pour réglementer" l'usage des PFAS, les rapporteurs jugent qu'"il semble manquer une vision à long terme" pour s'en passer sans affecter l'emploi.

La vallée de la chimie, au sud de Lyon © France tv

Demande de précisions

Ces experts demandent donc au gouvernement et aux deux industriels de préciser les mesures déjà prises ou à venir, notamment pour réguler, informer, mesurer ou encore éliminer cette pollution, et ils leur donnent 60 jours pour répondre. Contacté par l'AFP, le gouvernement n'a pas réagi dans l'immédiat.

Arkema France, qui leur a fait parvenir sa réponse, assurait ce 13 mai à l'AFP que le courrier des experts de l'ONU "contient de nombreuses allégations factuellement inexactes" et rappelle que le site de Pierre-Bénite est "conforme aux réglementations applicables". "Arkema France s'engage à coopérer de bonne foi avec les mécanismes des Nations Unies", ajoute-t-elle.

De son côté, Daikin a fait savoir qu'elle répondrait aux rapporteurs spéciaux de l'ONU "dans les délais, dans un esprit de transparence et de coopération", et assure avoir "accéléré ses investissements" pour mieux maîtriser ses émissions de PFAS.

"Historique"

"C'est la première fois en France que des représentants des Nations Unies dénoncent la gestion des PFAS, mais aussi la première fois que le rôle de l'État dans cette pollution est officiellement mis en question", indique l'association dans son communiqué du 12 mai. "Cette prise de parole des Nations Unies sur le scandale des PFAS en France marque une étape historique de notre combat", réagit Jérémie Suissa, le délégué général de l'association.

Mais l'association ne veut pas en rester là et entend interpeller "les acteurs de la contamination" aux PFAS. Pour le collectif, l'État et les deux industriels ne sont pas seuls responsables. L'association évoque "tout un écosystème d’acteurs" (lobbies, acteurs financiers, entreprises utilisatrices de PFAS, assureurs, partenaires, etc.).

108 sites en France

Quasi indestructibles, les substances per- et polyfluoroalkylées, ou PFAS, massivement utilisées dans l'industrie chimique, s'accumulent avec le temps dans l'air, le sol, les eaux des rivières, la nourriture et jusqu'au corps humain, d'où leur surnom de polluants éternels. Certains ont des effets délétères pour la santé.

L'association "Notre Affaire à tous" rappelle que le scandale des PFAS a éclaté le 12 mai 2022. Mais, "la Vallée de la Chimie n'est pas le seul hotspot de la contamination aux PFAS". Elle avance le chiffre de 108 sites dans l'hexagone et plus de 2300 en Europe.

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