Témoignages. Dermatose nodulaire : "Un grand vide au fond de moi-même", ces éleveurs ont tout perdu après l'abattage de leur troupeau

Il était un symbole de la lutte contre l'abattage total des troupeaux face à la dermatose nodulaire. Après avoir bloqué son exploitation, Pierre-Jean Duchêne a dû se résoudre à l’euthanasie de ses vaches. Une fois le choc passé, l'avenir reste difficile à envisager pour les éleveurs touchés par la maladie.

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Une étable totalement déserte, sans aucune vache laitière. "On a tout arrêté : les ventilateurs, les robots de traite, le tank à lait", liste Pierre-Jean Duchêne, désemparé après l'abattage de ses 80 vaches laitières. Le troupeau a été euthanasié le 22 juillet après la découverte de cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une maladie touchant les bovins, non transmissible à l'homme, qui se répand rapidement en Savoie et en Haute-Savoie.

"On a l'impression d'être dans un cauchemar et on a juste envie de se réveiller. Mais le cauchemar ce n'est pas quand je ferme les yeux, c'est quand je me réveille. (...) Je ne souhaite ça à personne", souffle l'éleveur du GAEC Duchêne, une ferme familiale d'Entrelacs (Savoie) transmise depuis quatre générations.

Pierre-Jean était devenu un symbole de la lutte contre l'abattage total des troupeaux. Après une dizaine de jours de blocage de son exploitation, il a dû se résoudre à l’euthanasie de ses bêtes. "Je ressens un grand vide au fond de moi-même, encore plus quand je rentre dans ce bâtiment. Mon père n'a pas pu y remettre les pieds. Ma mère est revenue toute seule hier soir, je l'ai vue en pleurs en ressortant", se désole-t-il.

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Il était un symbole de la lutte contre l'abattage total des troupeaux face à la dermatose nodulaire. Après avoir bloqué son exploitation, Pierre-Jean Duchêne a dû se résoudre à l’euthanasie de ses vaches. ©France Télévisions

"La pire des choses qu'on pouvait imaginer"

"Je vois toutes encore mes vaches qui étaient alignées aux cornadis il y a quelques jours et ce que je ressens ici, c'est un dégoût. Ce bâtiment, j'y suis presque né. J'ai grandi ici toute mon enfance, au milieu de ce troupeau que mes parents ont fait évoluer, se rappelle l'éleveur de 28 ans. C'était une fierté de reprendre cet héritage familial, de le faire évoluer et on m'a tout enlevé. Je n'aurais jamais cru vivre ça."

Le voisin de Pierre-Jean a vécu la même épreuve avec "tristesse, incompréhension et colère". Cinq jours après l'abattage de ses 25 vaches laitières, Claude Germain n’a toujours pas remis les pieds dans son étable. "Rien que savoir ce qui a dû se passer... C'est vide, il n'y a plus rien. Toute notre vie, on était avec nos vaches. (...) Savoir qu'elles ont été euthanasiées dans leur bâtiment, c'est la pire des choses qu'on pouvait imaginer", assure l'éleveur qui peine désormais à se projeter dans l'avenir.

"On est dégoûtés, ça ne donne plus envie. Il faudrait peut-être prendre un peu de recul... Il me reste deux ans à faire (avant la retraite). Tout recommencer pour deux ans, ça va être compliqué", regrette-t-il. Pierre-Jean Duchêne espère, pour sa part, relancer l'activité de sa ferme. Il compte notamment sur ses 65 génisses en alpage pour repeupler une partie de son troupeau.

Un avenir flou

Dans l’attente d’être vaccinées, elles ne sont toujours pas hors de danger. "Il y a encore trois semaines à serrer les dents et à se lever la boule au ventre en espérant qu'aucune d'entre elles ne présentera de symptôme. Malgré la vaccination, s'il y en a une qui sort positive, tout le lot sera euthanasié. Ce qui est dur à vivre avec cette maladie, c'est qu'on a déjà perdu la moitié de notre cheptel et ce n'est pas fini. On peut encore tout perdre jour après jour", craint-il.

En date du 25 juillet, 39 foyers de DNC ont été détectés en France. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, s'est rendue en Savoie et en Haute-Savoie ce jeudi pour faire le point sur les mesures de lutte contre la maladie bovine et les indemnisations proposées aux éleveurs touchés. "Il y a quelque chose d’héroïque à accepter l’abattage d’animaux qu’on aime", a-t-elle souligné, présentant cette mesure "comme un sacrifice qui permet de sauver le cheptel français".

Pour Pierre-Jean Duchêne, l'abattage total des troupeaux touchés par la maladie reste "une hérésie". "J'assume ce que j'ai dit, ce que j'ai fait et je ne regrette pas. J'assume pour tous ceux qui me soutiennent. Je dénonce depuis le début un manque d'anticipation", ajoute-t-il, mentionnant notamment les délais d'obtention des vaccins.

"Demain, il va falloir réhabituer le consommateur à venir acheter nos produits. Il va falloir retrouver des vaches pour ceux qui souhaiteront repartir et qui le pourront, produire du lait rapidement pour refaire du fromage et éviter de perdre les marchés que nos anciens ont mis tant d'années à conforter", anticipe Pierre-Jean qui reste dans l'attente des indemnisations promises par l'Etat. A l'aube de sa carrière, l'agriculteur est à jamais marqué par la crise de la dermatose nodulaire mais reste déterminé à repeupler son étable "par passion" pour l'élevage.

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