Maltraitance animale : "Un des pires cas que j’ai jamais vu", trois élevages des Côtes d’Armor devant le tribunal

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Ce 2 avril 2026, le cas de trois exploitations porcines, détenues par un même éleveur sera étudié par le tribunal de Saint-Malo. Dès 2020, les services de l’Etat ont constaté des manquements, des animaux privés de soin dans des bâtiments délabrés. L’agriculteur a pourtant poursuivi son activité jusqu’en 2025. "On a laissé des animaux souffrir " s’indigne L214 qui s'est constituée partie civile.

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"Tragique, atroce", Caroline Lanty cherche ses mots. Ancienne présidente de la SPA, elle est l’avocate de l’association L214 depuis 2008. "Mais là, c’est un des pires cas que j’ai vus, confie-t-elle. Je n’avais jamais vu des porcs dans un tel état de maigreur, jamais vu des animaux blessés, agonisants, avec des hernies, des plaies de cannibalisme. L’horreur."

Des années de mauvais traitements

Les mauvais traitements sur les animaux ont été découverts en 2020, "mais on peut imaginer que la situation perdurait déjà depuis quelque temps", souligne l’avocate. Cette année-là, un contrôle de la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) des Côtes d’Armor révèle des manquements à la réglementation.

L’association L214, (qui tire son nom de l'article du Code rural qui interdit d'exercer des mauvais traitements envers les animaux) évoque des porcs " privés d'eau et de nourriture, vivant dans leurs excréments et dans l'obscurité totale, des cadavres d'animaux laissés parmi les vivants, parfois en décomposition avancée, et certains dévorés par les survivants".

"L’État a multiplié les contrôles, les rappels à l’ordre, les mises en demeure. En vain", s’agace l’avocate. La situation a perduré et aurait même continué de se dégrader. En 2021, le préfet a prononcé la suspension de l’activité des élevages mais "là encore, explique Caroline Lanty, l’éleveur a poursuivi."

Un éleveur qui ne fait plus face ?

L’avocate s’interroge sur le profil de l’agriculteur. "Il dit que ses cochons étaient heureux, est-ce qu’il est dans le déni ? Il dit aussi qu’il était débordé, qu’il n’avait pas les moyens, qu’il ne pouvait plus faire face. C’est lui qui a décidé d’avoir plusieurs exploitations, c’est lui qui a choisi…"

Les animaux de ces élevages des Côtes d'Armor étaient privés de soin. © DR

Et l’avocate de rappeler, "si vous n’y arrivez pas, vous recrutez, vous fermez un des sites. Une bande de cochons, ça dure 6 mois… Vous finissez la bande et vous arrêtez."

Elle s’attend aux propos qu’elle va entendre devant la cour. "C’est toujours les mêmes excuses qui sont servies au tribunal : il y a toujours une maladie, un divorce ou un mort…"

La responsabilité de l'Etat ?

Mais au-delà de l’histoire, sans doute très triste de l’éleveur, l’affaire pose une question essentielle. "L’'État est-il vraiment en mesure de faire respecter la réglementation dans les élevages ?" demande Brigitte Gothière, cofondatrice de L214.

"Inspections, mises en demeure, arrêtés de suspension… Pendant plus de six ans, rien n'a changé. Les animaux ont continué à souffrir et à mourir, enfermés dans des bâtiments à l’abri des regards."

Certains animaux des élevages présentaient des plaies, des abcès, des escarres. © DR

Depuis plusieurs années, l’association attaque régulièrement l’Etat pour carence fautive à ses missions de contrôle de la réglementation relative au bien-être animal. Elle a déjà obtenu dix condamnations. "Dix condamnations, ce n'est plus un accident, c'est un système, dénonce Brigitte Gothière. L'État sait, et pourtant rien ne change."

Chaque nouvelle décision confirme le même constat indique L214, "l'État est structurellement dans l'incapacité de remplir ses missions de contrôle des élevages et des abattoirs. Les services vétérinaires, censés “protéger les animaux”, ne détectent pas ou ne sanctionnent pas des infractions graves, visibles et prolongées."

Caroline Lanty enfonce le clou. "Les agriculteurs dénoncent parfois la pression des contrôles, dit-elle. Il faut savoir qu’elle est de 1%. Ça veut dire que si dans un département, il y a 100 élevages, il y en a un qui sera contrôlé dans l’année. S’il y a 300 élevages, il y aura 3 contrôles !"

Une peine pouvant aller jusqu'à 3 ans de prison

Ce 2 avril 2026, c’est l’éleveur qui devra répondre de ses actes. Il est poursuivi pour mauvais traitements, sévices graves, abandon d’animaux. Il encourt jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende. L’association L214 qui s’est constituée partie civile dans ce dossier compte demander une interdiction d’exercice professionnel et l’interdiction de détenir des animaux.

Aujourd’hui, ses élevages de porcs sont fermés mais il a toujours des bovins. "La DDPP nous dit que tout va bien, on aimerait en être sûrs ", conclut Caroline Lanty.

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