L’Observatoire de l’environnement en Bretagne (OEB) publie ce 22 mai 2025 une étude sur le climat en Bretagne en 2100. C’est la première publication régionale en France, et trois ans de travail. L'état des lieux est alarmant entre extrêmes et aléas climatiques.
Les chiffres et projections, déclinés sous forme de cartes et d'infographies dans ce rapport de l'Observatoire de l'Environnement en Bretagne, ne laissent plus de place au doute : le climat breton change vite et fort d'ici 2100, dans une France à + 4°c. Cette publication vise à éclairer les décideurs, les collectivités, les acteurs économiques et les citoyens sur l’ampleur des transformations à venir.
C’est la première publication régionale en France qui dresse un état des lieux de l’évolution du climat, des extrêmes et des aléas climatiques suivant la trajectoire de référence pour l’adaptation (TRACC) définie par l’État. Sur la base des données du GIEC, elle définit les niveaux de réchauffement attendus par rapport à l’ère préindustrielle, selon trois horizons temporels : 2030, 2050 et 2100.
Cette première édition des chiffres clés du climat en Bretagne s’appuie sur les horizons de la TRACC pour présenter un état des lieux régional des connaissances et appréhender les évolutions climatiques à venir. "C'est trois ans de travail et la publication a été relue par une trentaine de personnes. Le but de cette publication est d'avoir toutes les clés en main pour anticiper", introduit Pierre d'Arrentières, chef de projet de la mission climat de l'OEB, qui a traité ces données climatiques présentées dans la brochure.
Alors que faut-il retenir ? On vous explique en quelques points :
Des records de température : "On va très probablement dépasser les 46°C l'été"
Les températures continuent d'augmenter, atteignant en moyenne + 2,7 à + 3,3°C par rapport à la période 1976-2005. L'évolution ira vers de fortes chaleurs l'été. Les records de température dépasseront probablement 46°C, voire 51°C localement selon les modèles les plus pessimistes. Les étés aussi chauds que 2022 seront perçus en 2100 comme anormalement frais.
Ces températures entraîneront également 25 jours de plus de conditions météo favorables aux feux de forêt.
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Les vagues de chaleur et leur durée : "la plus longue pourrait durer 2 mois"
Les pires années, on pourrait avoir jusqu’à six à huit vagues de chaleur dans l'année.
Des vagues de chaleur comparables ou supérieures à la canicule de 2003 ont une probabilité de se produire une fois tous les 3 ans. La plus longue pourrait durer plus de deux mois.
La Bretagne très impactée en matière de sécheresse des sols
Dans une France à + 4°C, les caractéristiques hydrologiques de la Bretagne la rendent plus vulnérables que d'autres régions. "En Bretagne, on a un sol qui ne retient pas l'eau et comme 75 % de la réserve d'eau potable est en surface, nous sommes très touchés par les sécheresses", explique Pierre d'Arrentières, chef de projet de la mission climat de l'OEB. Et cette situation va s'aggraver dans le futur. En cause : l'eau qui s'évapore beaucoup plus du sol et des plantes (+ 18 %) du fait de l'augmentation des températures, et une moindre pluviométrie en été (- 26 %).
Conséquences : En 2100, selon les projections, la sécheresse des sols sera plus longue d'1 mois et plus intense (+ 47 % d’intensité). La sécheresse de 2022 devient plus fréquente voire habituelle selon les modèles.
Le débit des cours d'eau en chute de 37 %
De la même manière, les sécheresses hydrologiques sont très présentes, avec une baisse de 37 % des débits des cours d’eau en fin d’été et l'allongement de 27 jours de la période d’étiage (période pendant laquelle les débits sont traditionnellement plus faibles). On note aussi + 43 % d’événements secs sur les nappes phréatiques à l'échelle de l’année, qui augmentent aussi en intensité.
Davantage de pluie en hiver : une augmentation de 14 %
En moyenne, les précipitations baissent de 26 % en été et augmentent de 14 % en hiver. Elles restent très aléatoires d’une année sur l’autre. Les fortes pluies s’intensifient, mais avec une ampleur incertaine (+ 6 % à + 34 %).
La hausse des pluies hivernales conduit à une augmentation des débits de crue, entraînant des conditions hydrologiques plus favorables aux inondations. L’amplitude de cette augmentation reste très incertaine. L'augmentation des débits de crues pourrait augmenter de 10 % en moyenne, jusqu'à + 73 % pour les modélisations les plus pessimistes.
Les précipitations extrêmes à l’origine des inondations par ruissellement s’intensifient sur l’année (+ 9 % à + 44 % selon les projections).
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La mer va continuer à s'acidifier et sa température augmentera d'1,5°C
Il y aura davantage de vagues de chaleur marines. Plus globalement, l'acidité et la température des eaux côtières et des océans va augmenter (+ 1,5°C). Le niveau de la mer devrait, quant à lui, augmenter de 36 à 69 cm, renforçant encore l'impact des tempêtes.