Le troupeau de vaches avait été évacué en urgence, en janvier 2024, après la diffusion d'une vidéo de l'association L214. L'éleveur, jugé mardi 12 mai 2026, par le Tribunal correctionnel de Saint-Malo, n'a pas reconnu les faits de maltraitance.
"Les animaux étaient dans un état de faiblesse, de maigreur, d'abandon, avec des dermatites sur la peau, et des dépilations, c'était vraiment un état de -"misère physiologique"- c'est le terme qui est employé dans ce cas-là," détaille l'avocat de l'association L214, qui lutte contre la maltraitance des animaux d'élevage.
Deux ans et demi après la diffusion d’une vidéo de l’association L214 montrant ses vaches et ses veaux enfoncés dans la boue, l'éleveur de Meillac, au Nord de l'Ille-et-Vilaine, a comparu devant le tribunal correctionnel de Saint-Malo, mardi 12 mai 2026. Pendant les deux heures d'audience, il n’a reconnu ni les mauvais traitements envers les animaux, ni la détention de cadavre.
58 vaches à évacuer en urgence
"Certaines étaient mortes, laissées sur le tas de fumier et à moitié ensevelies", poursuit Olivier Vidal, qui représente L214. Ce jour de janvier 2024, lorsque les services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine se rendent à Meillac, deux vaches sont effectivement mortes, sur les 60 que compte le troupeau. Contactée ce jour-là, l'Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs (OABA), l'association mandatée pour évacuer le troupeau, s'alarme aussi des chances de survie de certaines de celles qu'elle charge dans les bétaillères.
L'élevage de Meillac avait fait l'objet de mises en garde, en 2020 et 2021, par les services vétérinaires de la préfecture, la Direction départementale de la protection de la population (DDPP). Mais les enclos inadaptés avaient été conservés, et l'étable nécessaire n'avait pas été construite.
"Il fallait de l'argent et mon tracteur est tombé en panne"
“Je voulais construire un bâtiment pour les bêtes, a dit l'éleveur, âgé de 46 ans, à l'audience. Il fallait de l’argent et mon tracteur est tombé en panne.” À propos de la mer de boue et de lisier qui s'était formée dans les enclos des vaches, il a expliqué qu' “en décembre et en janvier, il a beaucoup plu. Quand il pleut, il pleut. Je mettais de la paille le matin et le soir.”
Pour le cadavre de vache abandonné, il précise : "j’ai vu la bête morte. Le lendemain, le tracteur est tombé en panne. Sans tracteur, je ne pouvais pas enlever le cadavre.”
L'interdiction de détenir un animal requise
L'éleveur a répété qu'il "a fait ce qu'il a pu". "Il pensait qu'il faisait de son mieux, il aimait ses bêtes", assure son avocat, Pierre Stichelbault. "Il était seul, pas de famille, pas d'amis. Peut-être qu'il a délaissé ses bêtes pendant quelques heures ou quelques jours, mais il n'y avait pas d'intention de leur apporter de mauvais traitement".
Quatre associations de défense des animaux se sont portées parties civiles: l’Association des OEuvres d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA), l’association L214, l'association Stéphane Lamart, et la fondation Brigitte Bardot. Elles ont demandé, au total, 9 000 € pour leur préjudice moral, et 5 400 € pour les frais de justice.
Le procureur a requis six mois de prison avec sursis et une amende de 500 € avec sursis. Comme peine complémentaire, l’interdiction de détenir un animal à titre définitif et d’exercer une activité professionnelle en tant qu’exploitant d’élevage. Le tribunal rendra son jugement le 9 juin 2026.
/regions/2026/05/20/6a0de4dceb076852428442.jpg)