[À L'ANTENNE] En centre Bretagne, Romane, Solenn et Aleksandra rêvent de reprendre une ferme. Trois femmes qui ont quitté la ville pour se former en grandes cultures, en maraîchage bio et en élevage de chèvres et de brebis. Madeleine Leroyer, leur consacre un documentaire : "Reprendre la terre".
Romane, Solenn et Aleksandra vivent dans un collectif militant, à Plouray, dans le Morbihan. Au quotidien, elles jonglent entre leurs stages à la ferme et leurs cours à réviser.
Romane se forme en école agricole, avec l'idée de faire pousser des céréales et des légumineuse et d'élever des moutons. Solenn, elle, est en formation agricole spécialité élevage. Quant à Aleksandra, elle passe un brevet professionnel d'exploitation agricole.
Ces trois femmes, partagent le même projet. Celui de "Reprendre la terre". Un projet ambitieux, autant qu'un engagement politique d'envergure.
Car ce qu'elles défendent, c'est une agriculture paysanne, à petite échelle, en partie autonome et respectueuse du vivant.
La question, ce n'est pas comment produire plus, mais comment répartir mieux, rémunérer de manière juste les paysannes et paysans. Sortir l'alimentation du système capitaliste, c'est révolutionnaire.
Solenndans "Reprendre la Terre"
Trois parcours, une même ambition
Romane a fait 12 ans d'études. Elle vient "d'une famille de bobo parisien", dit-elle. Aujourd'hui, elle apprend à "déboulonner, visser et conduire le tracteur". "J'ai fait un lycée international Art et Sciences, puis j'ai intégré l'école normale SUP en master de Sciences Sociale, et enfin, j’ai fait un doctorat politique qui portait sur l'engagement militant en milieu rurale. À la fin de tout ça je me suis dit, à moi de mettre les mains dans la terre".
Je mange du pain tous les jours, mais je ne savais pas comment planter du blé. C'est comme Martine à la ferme, on va apprendre !
Romanedans "Reprendre la Terre"
Aleksandra, se qualifierait de paysanne militante "professionnelle". Elle est aussi vidéaste et photographe. Avant d'arriver en Bretagne, elle a grandi en Létonie, dans un milieu précaire. "Je suis arrivée à Paris à 18 ans, sans parler français, avec 400 balles en poche" explique-t-elle.
À force d'observer les gens qui font la queue au resto du cœur et ma propre précarité, je me suis posé des questions sur l'autonomie.
Aleksandradans "Reprendre la Terre"
Pour Solenn, reprendre une ferme est intrinsèquement politique."J'ai fait des études en géographie, j'ai voyagé, j'ai voulu travailler dans l'humanitaire, j'en suis revenue, j'ai travaillé alors dans les associations. Pour moi reprendre une ferme, c'est intrinsèquement politique", confie aussi Solenn.
Ce n'est plus possible de vivre dans un pays qui produit autant de nourriture, et dont 1/5ᵉ de la population vit dans la précarité alimentaire.
Solenndans "Reprendre la Terre"
Sous l'œil des radars de la puissante agro-industrie
Contrairement à la plupart des étudiants en agriculture, de plus en plus nombreux, elles ne sont pas, elles, issues du monde agricole. Mais ce n'est pas ce qui les impressionne le plus. Engagées politiquement, elles savent qu'elles vont se heurter à un modèle économique agricole dominant, très libéral, qu'elles ne cautionnent pas.
Les trois jeunes femmes y sont préparées. Pour elles, les différentes actions menées par leur collectif, sont indispensables pour faire bouger les lignes, quitte à enfreindre la loi.
On n’arrête pas un train de céréale hors sol, par plaisir. L'action de blocage, c'était l'introduction. Le procès et l'appel font partie aussi de l'action.
RomaneDans "Reprendre la Terre"
Une génération à la limite de l'éco-anxiété
Ces jeunes femmes appartiennent aussi à cette génération qui a cru que l'urgence climatique allait prendre le pas sur un système de surproduction, de surconsommation et de pollution. Alors, face à leur désillusion, face à leur parcours de vie aussi, parfois fragile, elles ont décidé de prendre les choses en main, d'être actives et engagées.
"Je fais partie d'une génération qui a cru que l'urgence climatique allait prendre de l'ampleur dans l'espace, et j'accorde une valeur au consensus scientifique du GIEC", explique Solenn.
Elle dit aussi que lors des derniers incendies en Californie, par exemple, elle s'est sentie submergée. "Pendant les incendies de Los Angeles, j’ai fait des cauchemars et avec le traitement médiatique de ces informations, tout ça m'a submergé" dit-elle.
J'ai l'impression qu'on s'époumone depuis des années et que ça ne bouge pas. Ce qui me porte, c'est ce qu'on fait collectivement, la réponse à ça, c'est de reconstruire des communs, de la solidarité, de l'entraide.
Solenndans "Reprendre la terre"
Reproduire du commun, de la solidarité, dans un écosystème
Aleksandra, Romane et Solen, dans leur lancée, s'interrogent aussi pour savoir s'il n'y a pas moyen de créer un collectif solidaire en écosystème, comme cela se faisait autrefois. Une en élevage, une en maraîchage et l'autre en grande culture. La discussion est ouverte.
"Ce serait une belle continuité de notre aventure", précise Aleksandra. "Et ce qui nous réussit, c'est de mettre sa vie au service d'un engagement pour un monde meilleur ", ajoute Roxane. "Je ne dis pas qu'on n’est pas capable mais qu'est-ce qu'on a comme bagage pour le faire ?", se demande Solenn.
Pour moi, on est en bas de la montagne, la formation, c'est tellement de matière, je sens que je suis toujours dans ce plaisir d'apprendre et de faire.
Romanedans "Reprendre la Terre"
Une démocratie sociale, une agriculture décisionnaire de ce qu'elle produit en fonction des besoins sur le territoire, des prix accessibles, l'acquisition de terre, ou des nombreuses terres à l'abandon, sont autant de thématiques que les jeunes paysannes en devenir, abordent aujourd'hui.
Le film de Madeleine Leroyer "Reprendre la terre", est à voir sur France 3 Bretagne, jeudi 16 octobre à 22h50 et dès à présent sur France.tv.