C'était l'un des objectifs du premier quinquennat d'Emmanuel Macron : développer l'apprentissage. Un pari tenu, depuis 2018 le nombre d'inscrits dans les formations en alternance a triplé. Mais beaucoup s'interrogent sur le maintien de cette dynamique. Les aides gouvernementales sont en berne, 90 % de baisse et le mode de financement des établissements pose question.
Ils étaient 854 000 en 2024 selon les chiffres de l'INSEE. Un record, mais depuis le reflux est sensible, on comptabilisait 768 000 apprentis/alternants en 2025. Une baisse qui s'explique notamment par la diminution des aides de l'Etat. Roger Leborre, Un artisan, dirige une PME spécialisée dans les travaux de plomberie et d'électricité. Les subventions sont passées de 6000 à 5000 euros par an pour le contrat de son apprenti.
Un apprenti ce n'est pas un salarié , il faut passer du temps avec lui pour le former, il faut lui montrer les choses . Un apprenti c'est un investissement dans le temps mais c'est une perte de temps l'instant T
Roger Leborre, chef d'entreprise
L’exonération des charges payées par l'employeur sur salaire de l'apprenti ne porte plus que sur l'équivalent de 50 % du SMIC contre 70% précédemment. "Après le COVID les contrats étaient beaucoup plus attractifs, certains de mes collègues renoncent désormais à conserver ou employer des apprentis" ajoute celui qui est également administrateur de la CAPEB (confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment). Si Ali Camara l’apprenti électricien restera dans l'entreprise l'an prochain Roger Leborre envisage de séparer de l'alternante en communication qui gère la communication de la société sur les réseaux sociaux.
Des organismes de formation inquiets sur le montant des prises en charge des formations
Les aides attribuées aux employeurs restent différenciées en fonction de leurs tailles et du niveau d'étude des apprentis. Seules les sociétés de moins de 250 salariés restent désormais éligibles au montant maximal.
Le reflux des contrats d'alternance est particulièrement sensible dans les formations post-bacs : moins 6,3% entre 2024 et 2025. À Orléans, les étudiants inscrits à l'AFTEC confient être soutenus par leur organisme de formation pour trouver l'employeur qui va les accueillir. Mais les opportunités sont plus rares: " même si nous sommes accompagnés, il faut aller auprès des entreprises, il faut savoir se vendre, ce n’est pas évident" indique Antoine élève en BTS assurance. Le contexte économique rend les démarches plus difficiles. Entre juin et septembre 2025 les deux tiers des 60 000 suppressions d'emploi du secteur privé concernent l'alternance.
Philippe Meyjonnade le directeur de l'AFTEC confirme un repli du nombre d'inscrits dans son établissement. Un autre paramètre l'inquiète celui du niveau de prise en charge des formations : le coût-contrat. Depuis la réforme de 2018 le financement du fonctionnement des organismes de formation est passé de la région à l'Etat. Le montant du financement de l'apprentissage a explosé en France :14 milliards en 2023 soit 14900 euros par apprenti/alternant chaque année.
Les niveaux de prise en charge doivent être révisés cet été. De nombreux organismes de formation craignent une baisse de ces coûts contrat pour maîtriser les dépenses de l'Etat.
On a un manque de visibilité, après une période de forte croissance des effectifs on a plutôt une décroissance En fonction des formations que l'on propose, certaines vont être plus ou moins impactées par la révision des couts-contrats. Cela pourrait impacter notre trésorerie
Philippe Meyjonnade , vice-président des directeurs de CFA du Centre-val de Loire
Les CFA BTP particulièrement fragilisés
Le coût-contrat est versé aux organismes de formation pour chaque apprenti inscrit selon un barème établi par niveau et par spécialité. Un mode de financement qui expose les petits établissements des départements les moins peuplés. Ceux-ci éprouvent des difficultés en raison de leurs effectifs réduits à financer leurs formations.
Le Centre val de Loire compte 5 CFA BTP, un par département, 3000 apprentis suivent dans ces centres des formations de carreleurs, plâtriers, maçons, électriciens. Aujourd'hui dans cette région comme dans d'autres la couverture territoriale est menacée car l'équilibre budgétaire n'est plus atteint dans les petits établissements.
Les CFA de 300 apprentis sont aujourd'hui fortement menacés de fermeture. Les fermetures commenceront par des sections ou des formations qui n'ont pas le niveau de rentabilité attendu
Franck Pretre, secrétaire régional des CFA-BTP de Centre-Val de Loire
Une analyse que Christine Massias du syndicat CGT, enseignante à la chambre des arts et métiers d'Orléans rejoint: "les formations liées à l’horlogerie, à la joaillerie, aux métiers d'art en général n'atteignent pas les effectifs requis". Des filières d'apprentissage exposées aussi par le coût élevé de leurs plateaux techniques. Les subventions d'investissement qui restent encore à la charge des régions sont également en net repli.