À Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, la mairie et l'intercommunalité vont verser, à partir du 1er janvier 2026, une prime de 1000 euros en bons d'achat aux mères venant accoucher dans la maternité locale. Une manière de faire remonter les chiffres de l'établissement, menacé de fermeture.
La maternité de Saint-Amand-Montrond craint pour sa survie depuis de nombreuses années, et son destin semble inexorable. De 400 naissances en 2010, l'établissement est passé à moins de 250 accouchements réalisés en 2024. Et, si rien ne change, "les prévisions disent qu'on pourrait passer sous les 200 en 2026", craint Emmanuel Riotte, maire (élu avec l'étiquette LR) de la commune.
Et moins une maternité pratique d'accouchements, plus elle risque la fermeture pure et simple. Pour tenter de contrer la fatalité, face à une baisse de la natalité dans le Cher, la mairie et la communauté de communes ont décidé d'offrir une prime de 1 000 euros en bons d'achat à chaque maman venant accoucher dans la maternité de Saint-Amand. Annonce faite vendredi 28 novembre, en conférence de presse.
On veut limiter les fuites de mamans, entre guillemets. Celles qui préfèrent aller accoucher à Bourges. Et récupérer des mamans en limite de département, qui peuvent venir ici plutôt que Nevers ou Montluçon.
Emmanuel Riotte, maire (LR) de Saint-Amand-Montrond
Objectif : remonter à 300 naissances en 2025. Et "si c'est 400, tant mieux, la maternité a les moyens d'assurer ces naissances". Trois cents naissances par an, c'est le seuil minimal fixé "au regard d’exigences de qualité et de sécurité des soins", comme le rappelle un rapport de la Cour des comptes datant de mai 2024. Plus généralement, les maternités pratiquant moins de mille naissances par an peine "à attirer et conserver des personnels qualifiés".
Le cercle vicieux des petites maternités
Autant dire que les 241 naissances de 2024 placent Saint-Amand-Montrond sur la liste des petites maternités en sursis. Comme l'ont été, avant elle, celles de Pithiviers, Châteaudun et Le Blanc, toutes fermées entre 2016 et 2018 sur décision de l'Agence régionale de Santé (ARS), décisionnaire.
"Le seul critère pouvant conduire à suspendre" l'activité d'une maternité "relève d’un défaut de sécurité, c’est-à-dire généralement l’incapacité d’une structure à assurer la présence d’équipes complètes (gynécologues, anesthésistes…), 7 jours sur 7 et 24h sur 24", expliquait l'ARS Centre-Val de Loire à France 3 en septembre 2024.
Assurer la continuité des soins est un défi pour de plus en plus de petites maternités. Selon le même rapport de la Cour des comptes de 2024, moins une maternité réalise d'accouchements, plus elle peine "à attirer et conserver des personnels qualifiés". Et une maternité sans personnels pendant quelque temps peut être amenée à fermer temporairement (comme celle de Chinon). À la fin de l'année, le nombre de naissances dans l'établissement aura baissé, diminuant son attractivité. Et ainsi de suite.
Un répit de trois ans
Une fermeture à laquelle les collectivités locales ne peuvent se résoudre. "Là où une maternité ferme, les familles s'installent moins, les entreprises hésitent, la vitalité du territoire s'essouffle, note Daniel Bône, président de la communauté de communes Cœur de France. Il faut éviter ce cercle vicieux, et installer un cercle vertueux pour prévoir l'avenir." Ce qui passe par "la défense d'un service essentiel et structurant pour 50 000 habitants".
Le 15 mai 2025, les députés ont voté une proposition de loi du groupe Liot, imposant un moratoire de trois ans sur la fermeture de maternités. Un répit pour les petits établissements de ruralité, de courte durée. "On veut prendre les devants, on ne veut pas ressembler au Blanc où la fermeture a été dramatique, et devenir un simple centre de suivi de grossesse pour des mères qui iront accoucher à 50 kilomètres", plaide Emmanuel Riotte.
Et le temps presse : la maternité saint-amandoise a reçu une visite de l'inspection générale des affaires sociales en juin 2025. "La fermeture est un sujet, ils ne sont pas venus pour rien, souffle le maire. Je n'ai pas eu les résultats de l'inspection, mais le sujet a été abordé, oui."
L'inexorable déclin démographique du Cher
Concrètement, le dispositif prévoit le versement de 1000 euros à chaque maman venue accoucher à Saint-Amand, sous forme de bons d'achat à dépenser dans les commerces du territoire de la communauté de communes. "Le papa peut aller acheter le landau dans un de nos commerces pendant que la maman est à la maternité", défend Daniel Bône. De quoi faire d'une pierre deux coups pour les collectivités : booster les chiffres de la maternité, et soutenir les commerces locaux.
La somme sera coupée en deux : 500 euros fournis par la ville, et 500 par la communauté de communes. Le dispositif a été approuvé à l'unanimité par les maires de l'intercommunalité, à en croire son président. Le dispositif sera soumis au vote du conseil municipal le 4 décembre,pour durer du 1er janvier au 31 décembre 2026. Au moins. "On souhaite que cette action dure dans le temps", explique Daniel Bône. Qui invite les autres communautés de communes environnantes à le rejoindre pour soutenir la maternité de Saint-Amand-Montrond.
Le Cher a enregistré 2 374 naissances en 2024, soit 1000 de moins que 25 ans plus tôt, en l'an 2000. Le département a également perdu 13 000 habitants en 20 ans, avoisinant les 300 000 résidents en 2020. Et l'Insee estime que le département devrait perdre encore 50 000 habitants d'ici à 2070.