Créateur de la Folle Journée de Nantes, René Martin était aussi, depuis 1988, le directeur artistique du festival de la Grange de Meslay. Face aux accusations qui pèsent sur lui et à l'ouverture d'une enquête judiciaire, René Martin a démissionné le 27 octobre dernier.
"Les fausses notes financières de René Martin", puis "René Martin : un management entre aura, humiliations et hypersexualisation", l'enquête en deux volets publiée à la mi-septembre 2025 par les journalistes Pauline Demange-Dilasser (La lettre du musicien) et Thibault Dumas (Médiacités) a sérieusement secoué le monde de la musique classique. Car René Martin, au fil des décennies, en est devenu un personnage incontournable : à la tête du Créa (Centre de réalisations et d'Études artistiques, fondé à Nantes en 1978), l'homme, aujourd'hui âgé de 75 ans, assure la direction artistique de 14 festivals ou saisons de concert, programme 1500 concerts par an en France et dans le monde.
Niant en bloc ces accusations de gestion défaillante de l'argent public et de comportements déplacés au travail, René Martin n'en a pas moins démissionné de ses fonctions au Créa le 27 octobre dernier. Quelques jours plus tôt, la ville de Nantes avait annoncé cesser toute collaboration avec le père de la Folle Journée. Et le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, avait annoncé l'ouverture d'une enquête, au terme de laquelle il déciderait des suites judiciaires à donner.
Un "moment difficile" pour le festival tourangeau
René Martin assurait depuis 1988 la programmation du très renommé festival de la Grange de Meslay. Créé par le génie russe du piano Sviatoslav Richter en juin 1964, cet évènement accueille en Touraine depuis soixante et un ans les plus grands musiciens et ensembles de la musique classique. René Martin, son inégalable carnet d'adresses, ses relations avec les artistes du monde entier, y ont grandement contribué.
Mais cette démission prive de fait aujourd'hui le festival de la Grange de Meslay de son directeur artistique. Un coup dur, assurément, pour Les Fêtes Musicales en Touraine, l'association en charge de l'organisation :
"Nous traversons un moment compliqué, difficile, explique Danielle Mommeja, présidente des Fêtes Musicales en Touraine. Mais parler de coup dur, c'est un peu sous-entendre que nous n'allons pas nous en remettre, comme si nous étions incapables d'avancer, dans une organisation qui a un conseil d'administration, qui réfléchit, qui sait ce qu'il fait... Nous sommes actuellement 16 élus, un groupe dont la seule ambition, qui était partagée avec notre directeur artistique, est de donner à ce festival qui a une longue histoire la possibilité d'avancer en innovant vers son 70ème anniversaire. C'est un engagement, un but noble et désintéressé, car, à part le secrétariat, notre association ne fonctionne qu'avec des bénévoles."
Un étonnement absolu
Des bénévoles qui sont tombés de haut en découvrant en septembre les articles consacrés à René Martin :
"C'est un étonnement absolu, nous n'avions rien remarqué depuis que nous travaillons avec René Martin, poursuit la présidente. Il est peut-être parfois un peu prompt à dire de façon forte ce qui pourrait être dit autrement. Mais rien qui puisse expliquer ce qui est en train de se produire et que les médias relaient à qui mieux mieux depuis que l'info est sortie. Nous avons travaillé avec René Martin dans un climat de confiance, de partage, nous avons construit beaucoup de choses innovantes, c'est une satisfaction que je crois réciproque. Oui, il y a son carnet d'adresses, ses relations internationales, mais il a aussi cette capacité à mettre en avant, à percevoir les jeunes talents que peu de gens sont capables d'avoir. Cette volonté d'associer des grands noms et des jeunes est une de ses caractéristiques fortes, une attention à la carrière de chacun des musiciens que l'on trouve assez peu dans les directions musicales d'aujourd'hui."
La collégialité pour une programmation de même niveau
Considérant qu’il serait prématuré de choisir, dans l’urgence, une direction artistique qui maintienne le haut niveau et l’originalité des propositions artistiques antérieures, le conseil d'administration tient tout de même à rassurer les quelque 400 adhérents de l'association et, au-delà, l'ensemble des mélomanes tourangeaux :
Les éléments dont nous disposons et les liens multiples tissés au fil de notre longue histoire, vont permettre d’assurer sereinement, avec une ambition intacte, les trois séries de concerts de l’année 2026.
Les Fêtes Musicales en Touraine, communiqué de presse, 18/09/25
"Quand on traverse une difficulté de cet ordre-là, on pourrait choisir de baisser les bras, précise Danielle Mommeja. Il faut au contraire faire en sorte de la transformer en innovation, pour nous permettre d'avancer. Nous misons sur la collégialité, un dialogue doit s'installer entre des compétences différentes, complémentaires. Nous allons construire tranquillement, mais avec beaucoup de travail, une programmation qui sera de même niveau. Nous aurons au mois de juin un très fort festival de la Grange de Meslay, puis courant 2026, nous aurons construit une nouvelle direction artistique."
Nous ne sommes pas moroses, nous sommes déterminés et, avec les soutiens dont nous bénéficions, nous sommes sûrs d'avancer. La ligne du festival de Meslay, nous allons la porter, non pas pour la garder dans la naphtaline mais en nous projetant vers la prochaine décade avec les innovations nécessaires.
Danielle Mommeja, présidente des Fêtes Musicales en Touraine
La culture, ciment de la vie sociale
Parmi les soutiens, précieux, de l'association, les trois collectivités ; ville de Tours, département d'Indre-et-Loire et Région Centre-Val de Loire, ont d'ores et déjà affirmé qu'elles maintiendront leurs aides, financières ou autres.
"Ils apprécient ce que l'on fait et c'est très important pour nous, reprend la présidente. Ils savent que nous allons faire face et, pour eux comme pour nous, la culture est un ciment de la vie sociale."
Les Mélomanes n'auront pas à attendre longtemps pour goûter à nouveau aux délices de la programmation des Fêtes Musicales : dès les 26 et 27 novembre prochains, l'association organise une série de 4 concerts à l'hôtel de ville de Tours baptisée "Une nuit à Vienne". Le menu est à découvrir sur le site de l'association.