En l'espace de six semaines, le collectif Pas d'Enfant à la Rue de Tours a déboursé plus de 4 000 euros pour héberger des familles à l'hôtel. Les membres du collectif annoncent cesser cette pratique. Ils pointent la normalisation de leur action face à l'inaction des pouvoirs publics, alors que toujours autant de familles avec enfants sont à la rue.
À peine la rentrée effectuée le collectif tourangeau Pas d'Enfant à la Rue l'a annoncé le 12 septembre 2025, il cessera de payer des chambres d'hôtel aux familles qui ne peuvent pas être accueillies par le 115. "Ce fonctionnement n'est pas normal. On fait le travail du 115 et ça invisibilise le problème, pointe Vanessa Rigolet , enseignante et membre du collectif. Il n'y a plus de familles à la rue parce qu'on les met toutes à l'abri !"
Mais le travail effectué par le collectif devient de plus en plus compliqué. Plus encore, il devrait être effectué par les services de l'État, qui laissent toujours "20 à 30 personnes dont une majorité d'enfants toutes les semaines à la rue". Le collectif appelle les institutions à prendre leurs responsabilités et que d'autres rejoignent le mouvement, porté à bout de bras par une quinzaine de personnes.
"On ne veut pas devenir une institution et que notre travail soit normalisé"
"C'est énormément de travail, de temps passé, de gestion et de stress. On le fait depuis deux ans et demi, mais là, on ne peut plus", avoue, désabusée, la membre du collectif Pas d'Enfant à la Rue, Vanessa Rigolet. Par communiqué, le collectif a annoncé avoir "pris la décision de mettre fin à la cagnotte solidaire et aux mises à l’abri en hôtels", à compter du mardi 16 septembre 2025, jour des admissions au 115.
"Nous avions annoncé qu'on ne continuerait pas pendant l'été, mais malgré tout, en juillet, nous nous sommes occupés de familles en mettant en place des hébergements solidaires, raconte Vanessa Rigolet. Nous avons repris l'activité mi-août face à l'ampleur des demandes, mais ce n'était pas prévu. Nous avons donc fait appel à la solidarité des gens par l'intermédiaire de dons." En l'espace de six semaines, le collectif a déboursé 4 290 € afin d'assurer "471 nuitées d’hôtel pour 9 familles laissées à la rue par les services de l’État".
Pour les membres du collectif, la tâche devient trop importante comme le répète l'enseignante : "Tous les mardis, on se fait peur. On va y laisser notre peau et ça ne résout pas le problème !" Car selon elle, le collectif Pas d'Enfant à la Rue devient une institution qui se substitue à la préfecture. "On ne veut pas devenir une institution et que notre travail soit normalisé. Il y a des institutions dont héberger ces familles relève de leur responsabilité légale", dénonce Vanessa Rigolet.
Plus de mise à l'abri, mais un engagement qui continue
Malgré tout, le collectif Pas d'Enfant à la Rue promet qu'il ne laissera pas tomber les familles qui, chaque semaine, ont besoin de son aide. "Nous réfléchissons à d'autres modes d'action. Il y a des parlementaires qui nous suivent et vont proposer des choses à l'Assemblée nationale, révèle Vanessa Rigolet. Nous n'avons pas encore rencontré le nouveau préfet d'Indre-et-Loire. Nous sommes toujours en lien avec la mairie de Tours et nous allons sûrement la solliciter prochainement aussi."
Le collectif invite aussi quiconque au contact de familles à la rue ou sensible à la cause, à les rejoindre. "Ce n'est pas possible que tout cela soit gérer par seulement 15 personnes, il faut que nous mobilisions plus de monde", espère Vanessa Rigolet. Mais plus encore, Pas d'Enfant à la Rue espère "remettre les familles au cœur des décisions". "Nous les rencontrons le 14 septembre afin de leur expliquer notre démarche et leur demander ce qu’eux se sentent en capacité de faire", précise l'enseignante.
C'est à cette occasion que seront décidées également les actions à mener sur le terrain à compter du mardi 16 septembre prochain. Car, comme tous les mardis, le collectif Pas d'Enfant à la Rue s'attend à être sollicité par 15 à 20 personnes dont une immense majorité d'enfants qui ne seront pas pris en charge par le 115. Et ce n'est qu'une partie du problème, rappelle Vanessa Rigolet : "Il y a aussi toutes les familles sans enfants et les femmes seules qu'on ne prend pas en charge."