La Fondation Val de Loire, à Saint-Jean-de-la-Ruelle, va voir un de ses services transformé ces prochaines semaines. Avec une réduction budgétaire à la clé, souhaitée par le conseil départemental du Loiret. Les salariés s'inquiètent d'une baisse de la qualité de l'accompagnement, et d'une mise en danger des enfants.
La mobilisation avait, de loin, l'air peu massive. Une quarantaine de personnes étaient rassemblées, ce jeudi 22 mai à 10h dans une impasse de Saint-Jean-de-la-Ruelle, près d'Orléans. Sauf qu'une quarantaine, c'est la quasi-totalité des personnels du Dapad, le Dispositif d’accompagnement au placement à domicile de la Fondation Val de Loire, qui se trouve là. Des personnels unanimes sur le danger qui les menace.
La Fondation Val de Loire est une association dédiée à la protection de l'enfance. Le Dapad en est une subdivision, chargée de s'occuper d'accompagner "de façon intensive" des enfants au sein de leurs familles, lorsqu'ils sont confrontés à des situations plus que difficiles : "Ce sont des enfants confiés à l'Aide sociale à l'enfance (ASE), dans des familles en difficulté sociale, avec des carences éducatives, ou de la maltraitance", résume Emeline Cornéat, intervenante sociale au Dapad et membre du CSE pour le syndicat Sud Santé-Sociaux Solidaires.
Le travail du Dapad consiste à s'assurer que tout est en place pour permettre à l'enfant de rester avec ses parents en toute sécurité. Même dans des situations extrêmement délicates, comme des violences physiques ou psychologiques. "On sait bien que, dans leur parcours, une séparation a de grosses conséquences."
Division du budget par deux
Au sein de la structure, trente-cinq intervenants et six psychologues se partagent la tâche d'accompagner ces enfants et leurs entourages, pour que les situations dangereuses cessent pour de bon. Mais un projet de réduction budgétaire, proposé par le conseil départemental du Loiret, a mis le feu aux poudres. Un arrêt de la Cour de cassation, datant de 2024, rend en effet illégale le placement à domicile, rendant caduque la mission même du Dapad. Bientôt, le tout sera renommé en action éducative en milieu ouvert (AEMO).
Concrètement, la différence entre placement à domicile et AEMO réside avant tout dans la terminologie. Dans les deux cas, l'enfant reste domicilié dans sa famille, et est accompagné par l'aide sociale à l'enfance. Mais dans le Loiret, "le Département se sert de ça pour réduire les moyens, explique Emeline Cornéat. Le budget va passer de 37 à 17 euros par enfant et par journée." Soit une diminution de plus de la moitié des moyens accordés pour le fonctionnement de la structure.
Auprès de France 3, le conseil départemental explique que, "ne s'agissant plus du même dispositif, on ne peut pas comparer le budget". Reste que, pour les salariés du Dapad, les conséquences sont bien concrètes. "On devrait avoir la suppression de plus de la moitié de l'équipe", prévoit la représentante syndicale.
Des risques plus élevés de placements
Moins d'intervenants pour le même nombre d'enfants, c'est plus d'enfants accompagnés par chaque intervenant. Et moins d'interventions auprès de chaque famille.
Jusqu'à présent, on venait en moyenne trois fois par semaine auprès de l'enfant, pour être très en lien avec la famille, l'école... On a du temps pour réfléchir au projet des enfants. Avec une visite par semaine, on ne pourra même plus s'assurer que l'enfant va bien dans sa famille.
Une éducatrice de la Fondation Val de Loire
"Ce sont des jeunes considérés en danger au sein de leur famille, donc moins on sera présent, plus le niveau de danger sera élevé", abonde Jocelyn Bouzid. Directeur général de la Fondation Val de Loire, il est venu à la rencontre des manifestants ce jeudi matin, et affirme que "leur combat est partagé".
Ici, on a des jeunes à la limite du placement. Comme on dégrade le suivi, le risque de danger, donc de placement ensuite, est plus fort.
Jocelyn Bouzid, directeur général Fondation Val de Loire
D'un point de vue strictement comptable, "ça va venir engorger un système qui est déjà saturé", souffle Emeline Cornéat. Ainsi, la maison de l'enfance d'Orléans, chargée d'accueillir des enfants placés, "reçoit 200 enfants pour une capacité de 117".
Les négociations se poursuivent
Reste que le projet n'est pas encore entériné. "Ce n'est encore qu'une hypothèse, rien n'est écrit, rien n'est signé, nous sommes encore en phase de discussion", précise Jocelyn Bouzid.
De son côté, le conseil département affirme poursuivre un objectif de "renforcement de la protection de l'enfance", avec la volonté d'ouvrir 150 nouvelles places d'accueil dans le cadre du projet de mandat 2021-2028. Le Département confirme rester "en phase de négociations [...] dans un climat de confiance et de respect du cadre juridique".
Malgré un budget général à la baisse en 2025 dans le Loiret, la collectivité a augmenté les dépenses de fonctionnement de l'Aide sociale à l'enfance entre 2024 et 2025, de 83 à 91 millions d'euros. Les négociations sur l'avenir du Dapad de Saint-Jean-de-la-Ruelle doivent se poursuivre le 10 juin.