Depuis le printemps, 2026 ne cesse de battre des records en matière de canicule. Ces multiples épisodes de chaleur sont couplés à une pluviométrie quasi nulle. Les débits des cours d'eau ont chuté, le niveau de la Loire inquiète les habitants et les associations environnementales, mais l'impact sur les centrales nucléaires est, pour l'instant, assez faible.
"J'ai l'impression que je ne l'ai jamais vue aussi basse", cette réflexion d'une Orléanaise devant son fleuve vous l'avez sans doute eue, vous aussi, si vous résidez sur l'axe ligérien. Certes, les bancs de sable sont particulièrement visibles cette année, que vous habitiez au cœur de Tours, de Blois ou de Gien.
Justement c'est à Gien que l'on estime si le fleuve a besoin d'un peu d'eau supplémentaire au cours des étés chauds et secs. En débit normal, le fleuve coule à 60m3 par seconde à Gien, lors des périodes estivales on tombe régulièrement aux alentours de 40m3/s.
Le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré
En 2003, l'année de la première grande sécheresse au 21e siècle, sans intervention de l'Etablissement Public Loire, le gestionnaire du fleuve, le débit à Gien serait descendu en dessous de 10m3/s. Ce n'est pas arrivé car, durant l'été et le début de l'automne 2003, 180 millions de m3 d'eau avaient été relâchés dans la Loire. 110 millions de m3 provenaient du barrage de Naussac (Lozère) et 70 millions de la retenue de Villerest (Allier).
Cette année le scénario météorologique est tout aussi préoccupant. Selon Météo France "avec une température moyenne de 24,9 °C, juillet 2026 est le mois le plus chaud, tous mois confondus, jamais enregistré en France". Dans son bilan climatique estival, Météo France ajoute que le déficit de pluie est de 70% en juillet, ce qui en fait le 3ème de l'histoire après 2022 (85%) et 2020 (75%).
Le niveau de la Loire est donc effectivement bas et les débits sont, par endroits, faméliques. À Gien il est de 43m3/seconde en ce début août et cela n'est possible qu'en raison de l'apport journalier des deux barrages de Villerest et Naussac. Par exemple, ce mardi 4 août les deux barrages fournissent de l'eau en continu pour la Loire, tous deux aux alentours de 14m3 par seconde.
En dépit de cette aide substantielle le barrage de Villerest est encore à 50% de son volume maximum et celui de Naussac à 74%.
On est donc loin de la catastrophe potentielle qui obligerait EDF à arrêter un ou plusieurs réacteurs nucléaires du Centre-Val de Loire, Belleville (Cher), Dampierre-en-Burly (Loiret), Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) ou Chinon (Indre-et-Loire). D'ailleurs EDF a communiqué en juillet pour rassurer les éventuels inquiets.
Dès que le débit naturel de la Loire passe en dessous du débit de 60m3, une surveillance renforcée est assurée au niveau des quatre centrales nucléaires de Centre Val de Loire - Belleville, Dampierre, Saint-Laurent et Chinon. La sûreté des installations peut être assurée avec une quantité d’eau beaucoup plus faible. A ce stade, il n'y a pas de messages de prévenance sur la Loire
Communication d'EDF Centre-Val de Loire
L'interrogation vient plutôt des réglementations, imposées à EDF par l'État, en matière d'environnement. Depuis le début du siècle la plupart des arrêts estivaux de réacteurs ont été décidés pour préserver la flore et la faune des cours d'eau refroidissant les centrales.
La législation précise que la température de l'eau à la sortie des centrales ne doit pas être supérieure de plus de trois degrés à celle du fleuve, ou de la rivière, en amont des ouvrages de production d'énergie nucléaire.
Cette législation est régulièrement l'objet de contrôles effectués par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Elle a d'ailleurs réalisé récemment des visites inopinées de centrales de la région sur le thème "Agression climatique - Grand chaud". Elles ont eu lieu le 26 juin à Belleville-sur-Loire, Dampierre-en-Burly et Saint-Laurent-des-Eaux.
Selon l'antenne orléanaise de l'Autorité de sûreté nucléaire ces contrôles n'ont pas révélé de dysfonctionnement imposant des mesures d'urgence. Pour la centrale de Saint-Laurent, l'ASNR formule plusieurs demandes visant à renforcer la robustesse de l'organisation mise en œuvre et à assurer une meilleure traçabilité des actions réalisées.
Pour celle de Dampierre, l'ASNR note l'absence de prévision d'un potentiel dépassement de la température de sortie des dispositifs aéroréfrigérants. Enfin pour le CNPE (Centre nucléaire de production d'électricité) de Belleville, l'inspection s'est avérée satisfaisante.
Des réacteurs à l'arrêt en Occitanie et dans le Grand Est
Les effets du réchauffement climatique ont, jusqu'à présent, peu entamé les capacités de production nucléaire. Depuis 2000, les pertes, pour cause de température élevée et de faible débit des fleuves, ont représenté en moyenne 0,3 % de la production d'électricité annuelle du parc nucléaire français. Néanmoins l'été 2026 a effectivement pesé sur ce bilan.
En ce début du mois d'août 3 réacteurs ont été mis à l'arrêt à Golfech (Tarn-et-Garonne), Nogent-sur-Seine (Aube) et le Bugey (Ain). Dans ces trois cas la décision a été imposée par l'Autorité de sûreté nucléaire, en collaboration avec EDF, afin d'éviter une surchauffe des cours d'eau en aval des centrales.