Avec la guerre au Moyen-Orient, le prix du carburant est en forte hausse, les transporteurs routiers sont donc très inquiets. Selon la fédération régionale, l’activité est déjà en baisse. Certains ont mis leurs camions à l’arrêt mais d’autres tentent de s’adapter pour sauver les meubles : comme à Saint-Hippolyte (Haut-Rhin) où un transporteur limite la vitesse à 80 km/h pour réduire les coûts.
Cyrille Matthieu, chauffeur routier, a pris la route, ce lundi 30 mars, avec de nouvelles instructions. Pour se rendre dans la Creuse, depuis le Haut-Rhin, et livrer 27 tonnes d'engrais à un des clients de l'entreprise, il doit lever le pied pour rouler à 80 km/h au lieu de 90.
Ce trajet de 600 kilomètres, qu'il fait habituellement en sept heures, durera une heure de plus. "C'est surtout sur les longs trajets qu'on va perdre du temps. Quand c'est 1h ou 1h30, on ne perdra pas trop de temps mais quand on ira en Bretagne ou dans le Sud ouest, on perdra une bonne heure", explique-t-il. "Il faut s'adapter. Si ça peut permettre de faire des économies et de passer la crise, il ne faut pas hésiter".
"C'est 47 euros de plus"
Son objectif est de gagner deux litres au cent. Le prix du carburant est de plus en plus élevé à la pompe. Il est donc important d'économiser au maximum. "J'en ai pour 217 euros juste pour 100 litres, c'est 47 euros de plus que d'habitude. En temps normal, je paye 170 euros environ. Si je mets 800 litres, ça fait beaucoup d'argent et on ne fait pas même la semaine", déplore Cyrille Matthieu.
Le directeur a donc décidé d'ajuster la conduite de ses chauffeurs, à 80 km/h, pour tenter de freiner la flambée des factures. Depuis le conflit au Moyen-Orient, commencé il y a un mois, David Brun enregistre un surcoût de 30 000 euros sur ses dépenses de gasoil. Sa trésorerie en pâtit, évidemment... "Pour l'instant, on n'est pas encore officiellement dans le rouge mais si ça perdure, que ça continue ainsi, je pense que le mois prochain, on va commencer à attaquer le rouge et on va peut-être demander au gouvernement un crédit en avance de trésorerie", confie le gérant de la société de Transports Brun.
Une activité en baisse
Pour faire face à cette situation préoccupante, l'entreprise a dû aussi répercuter la hausse des prix sur ses clients. "Beaucoup d'entre eux nous comprennent. Ils ont accepté certaines augmentations. Ils ne peuvent pas tout prendre, c'est pour ça qu'on a décidé de passer à 80 km/h pour essayer de trouver une alternative et ne pas leur demander la totalité", raconte David Brun. "Cette semaine, c'est la première semaine où l'on passe à 80 km/h, on va faire une analyse en fin de semaine pour voir si c'est positif pour nous".
Chez un autre transporteur, l’activité est en baisse : six camions sur une centaine sont à l’arrêt faute de clients, eux aussi impactés par les cours du pétrole. "On a déjà eu des cas parce qu'il y a déjà eu des crises mais de façon aussi brutale, c'est la première fois", affirme David Roemer, vice-président de la Fédération nationale des transports routiers Alsace et président de l'entreprise Riss et Hammers. "Aujourd'hui pour faire tourner certains de nos véhicules, c'est 50 à 70 euros de plus, soit 1000 euros par mois de coût supplémentaire. C'est très difficile à répercuter sur nos clients".
"Les entreprises se battent pour leur survie"
Face à cette crise inédite, le gouvernement a annoncé un plan de 50 millions d'euros d'aides ciblées pour les entreprises les plus en difficulté mais cette mesure peine à convaincre et soulève des questions. "Les petites entreprises rencontrent des difficultés à demander ces aides parce que ça prend du temps et qu'aujourd'hui elles se battent surtout pour leur survie", explique David Roemer.
Suspendus à la conjoncture internationale, les transporteurs alsaciens n’excluent pas de rejoindre le mouvement de protestation nationale. Leurs représentants rencontreront le préfet mercredi. Ils demandent également à la Collectivité européenne d’Alsace un délai de six mois supplémentaires avant la mise en œuvre de la taxe poids lourds dans la région. Ils n'ont pas donné suite pour l'instant. Les équipes de France 3 les ont contactés mais la collectivité ne souhaite pas s’exprimer aujourd'hui.