Retrait des investitures des partis : entre financement de campagne et étiquettes, quelles conséquences pour les candidats ?

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À Strasbourg (Bas-Rhin), alors que le 2nd tour se profile, on assiste à la valse des étiquettes et parfois même à leur envol. Olivier Faure, le patron du PS, a menacé Catherine Trautmann de l'exclure du parti pour s'être alliée avec Pierre Jakubowicz. Ce dernier, lui, n'est officiellement plus estampillé Horizons puisque le parti soutient désormais le candidat LR Jean Philippe Vetter.

On pourrait dire que les deux font la paire. Pour diverses raisons.
A quelques heures du dépôt des listes pour le 2nd tour, Catherine Trautmann (PS), arrivée en tête du 1er tour à Strasbourg (Bas-Rhin), s'est alliée à Pierre Jakubowicz (Horizons). L'union, même surprenante, fait la force, un adage bien connu lors des conciliabules de l'entre-deux tours.

Ce qui rassemble aussi nos deux candidats, c'est qu'en tentant de remporter la mise dimanche prochain, ils ont perdu leur "étiquette" respective. Après l'annonce de leur union, par un effet domino, chacun de ses membres, a perdu le soutien de son parti. Le PS pour Catherine Trautmann, Horizons pour Pierre Jakubowicz.
Plus de rose, plus de jaune ni même d'orangé. Drapeau blanc.

Catherine Trautmann a été mise au ban du parti socialiste par son premier secrétaire en personne, tandis que le parti d'Edouard Philippe, autre méthode, a apporté son soutien à Jean-Philippe Vetter.
Un désaveu cinglant pour Pierre Jakubowicz, qui n’a recueilli que 5,1% des voix dimanche.
Un coup de tonnerre pour Catherine Trautmann, adhérente au PS depuis 1977.

Au-delà de cette situation épineuse, quelles sont les conséquences concrètes d'un tel retrait d'investiture pour ces candidats, hormis la liberté évidemment ?

Aucun effet juridique

Le retrait d’investiture entre les deux tours d’une élection municipale n’a pas d’effet juridique direct sur la candidature elle-même.
Le Code électoral distingue clairement : le candidat (personne physique) et l'investiture (soutien politique, purement partisan). Ainsi, le retrait de l'investiture ne signifie pas le retrait du candidat sauf démarche volontaire de ce dernier.
Catherine Trautmann et Pierre Jakubowicz peuvent maintenir leur liste.

Des retombées électorales incertaines

Plus embêtantes sont les conséquences politiques.

S'il est extrêmement difficile de les quantifier, ces valses d'étiquettes auront un impact dimanche sur les votes. Perdre l'investiture de son parti, c'est perdre plus qu'un logo, une couleur et sans doute aussi une famille (politique) : une légitimité.
Nos deux "dissidents" risquent ainsi de voir se détourner d'eux les sympathisants fidèles et les adhérents du parti socialiste et d'Horizons.

"Les adhérents du PS sont pour la plupart sur la liste de Trautmann, donc là pas de risques. Ensuite il faut voir les militants, certains, la trouvant trop au centre, ne la suivaient déjà plus. Pour l'électorat de base du PS, là, c'est un dilemme qui n'a finalement rien à voir avec l'étiquette mais plus avec les positions un peu floues du PS : soit entrer dans la logique, faire front contre LFI, soit dénoncer le glissement centriste / macroniste de Trautmann" explique Sébastien Michon, politologue.

S'il y a eu clarification des étiquettes par leur totale disparition, le message politique se brouille lui un peu plus encore. La liste de Catherine Trautmann et Pierre Jakubowicz est-elle encore socialiste ? Du centre ? Du centre gauche ?

"Nous avons vu lors des élections de 2020 que les bricolages politiques peuvent être rédhibitoires pour certains électeurs. Après des mois d'affrontements, la réconciliation à des fins électoralistes peut être mal perçue. Par exemple, la fusion Fontanel-Vetter au 2nd tour leur a fait "perdre" 500 voix par rapport à l'addition de leur score au premier tour. Jeanne Barseghian, seule, avait gagné près de 10 000 voix."

À moins, au contraire, et comme nous l'a assez bien montré le très bon score des listes citoyennes à Mulhouse, que les étiquettes n'aient, en fait, pas vraiment d'importance.
Que les électeurs, en local du moins, n'aient rien à faire des querelles d'appareil et qu'ils votent pour une personne et non un parti.
Les résultats seront en ce sens intéressants.

Le financement de la campagne

Le retrait d'investiture pourrait avoir des conséquences sur le financement de la campagne... si les partis en avaient encore les moyens.
Selon le Code électoral, le remboursement des frais de campagne dépend du score (≥ 5 % des suffrages exprimés) ainsi que du respect des règles comptables. Le remboursement est versé au candidat, pas au parti. Le retrait d'investiture n'annule donc pas le remboursement public.

Là où en revanche "cette exclusion" peut jouer, c'est dans les financements issus du parti en question. S'il y en a. Si l’investiture est retirée, le parti peut cesser tout financement, refuser de payer certaines dépenses engagées ou demander le remboursement d’avances.

"Cela fait longtemps que les partis ne donnent plus rien. En 2020, LFI n'a rien donné, Barseghian a bénéficié d'un don du parti communiste de 500 euros et d'un soutien logistique d'Europe Ecologie Les Verts. Les partis n'ont plus de locaux, plus d'argent. Peut-être parfois une aide à l'emprunt. Donc là franchement, Catherine Trautmann et Pierre Jakubowicz ne risquent rien" conclue Sébastien Michon.

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