Leur intersyndicale espère mobiliser largement les professeurs et les personnels éducatifs ce mardi 31 mars dans l'Académie de Reims : la carte scolaire en cours de négociation prévoit la suppression de 99 postes ou équivalents temps plein pour le premier degré (de la maternelle au CM2) et le retrait de 58 postes d'enseignants (ou ETP) pour le second degré (collèges et lycées).
Par expérience, la mi-mars, c'est le moment de se mobiliser pour les professeurs en pleine négociation de la carte scolaire. Mais ce 30 mars 2026, les syndicats enseignants sont particulièrement remontés contre le projet du Rectorat, contraint par un budget de l'Education Nationale qui les alarme. Ils doivent le dire en manifestant à 12h30 dans les Ardennes devant la Direction départementale de l'Education à Charleville-Mézières, à 14H à Troyes au départ de la Maison des Syndicats, à 16H devant le rectorat de Reims.
Les élections municipales ont retardé les rencontres de préparation de la carte avec les syndicats ou les représentants des communes et le climat est tendu.
Depuis deux mois, le rectorat de l'académie de Reims a dévoilé le montant global du nombre de postes à rendre "pour tenir compte de la baisse démographique". Il a estimé la baisse à 2 853 élèves en moins par rapport à la rentrée 2025 (soit -2,89 %) dans le 1er degré et 1 013 élèves en moins (soit -1,15 %) dans le second degré. La chute la plus forte a eu lieu dans les Ardennes avec -3, 2% soit plus de 600 élèves " perdus". Dans la Marne, le nombre d'élèves a chuté de -2,7%, -2,9% dans l'Aube et -2,8% en Haute-Marne.
"Une saignée dans le premier degré"
A ce stade, la conséquence, ce serait le retrait de 99 postes pour le premier degré et 58 pour le second degré, dans les 4 départements. La diminution de ces effectifs était déjà à l'œuvre depuis plusieurs années mais pour le premier degré, elle s'accentue vraiment selon les syndicats.
"C'est une véritable saignée, ça dépasse tout ce que l'on a vu" commente Yohann Odivart de la FSU. Il regrette, comme tous les autres, une "logique uniquement comptable. Nous avons voté contre lors du Comité Social d'administration de l'Académie de Reims le mardi 24 mars pour qu'ils revoient leur copie. L'instance est reconvoquée ce mardi 31 mais nous la boycottons. Ce projet est à contre-courant de ce que demandent les gens, ils veulent des services publics plus forts."
Pour le premier degré, des ventilations chiffrées par départements ont fuité grâce aux syndicats. Ils font état de la suppression de 23 postes dans les Ardennes, 35 dans la marne, 21 dans l'Aube et 20 en Haute-Marne.
Selon Gaëlle Chable, enseignante pour une classe d'Ulis (unité localisée pour l'inclusion scolaire) et trésorière du Snuipp FSU dans l'Aube, " 21 équivalents temps plein en moins c'est énorme pour notre département, le double de la baisse organisée l'année dernière. Et selon nos informations, cela se traduirait par 38 fermetures de classes. C'est vraiment une occasion ratée de changer le système. Ce que nous ne comprenons pas bien, c'est que le Rectorat enlève systématiquement des postes" face aux élèves". Il a créé l'an passé un nouveau dispositif, le Pôle d'appui à la scolarité, au sein duquel il va placer des enseignants qui conseillent ou orientent les familles. Mais ce sont autant de professeurs qui ne sont pas en classe" explique-t-elle.
Dans les Ardennes, la secrétaire départementale de la FSU Karine Fuselier est tout aussi critique. Elle ne conteste pas la baisse démographique, mais elle souligne "les nombreuses difficultés rencontrées dans les établissements et notamment "la santé mentale des jeunes, les problématiques sociétales multiples, réseaux sociaux, contexte international, qui « percutent » l’Ecole".
Professeur des écoles à Saint Dizier, Edouard Gonzalez du Snuipp FSU fait le même constat. Il insiste aussi sur "l'abandon de la ruralité. Si les listings sont loin d'être définitifs, on sait déjà que l'école d'Echenay par exemple est menacée d'une perte de classe. La ville la plus proche, Joinville, est à au moins 15 minutes. Dans ce contexte passer de 3 à 2 classes, ce n'est pas anodin, ajoute-t-il.
Second degré : des classes qui explosent ?
Les projections concernant le second degré font également bondir les syndicats et, parfois aussi, les parents d'élèves.
Ce 30 mars, le rectorat nous dit qu'il a ramené à 52 postes le nombre de suppressions alors que la plupart des représentants l'estiment encore à 58. La différence, selon le rectorat, concerne "le financement d'heures supplémentaires réalisées par les enseignants au-delà de leur service obligatoire pour répondre à des besoins pédagogiques supplémentaires comme l’organisation de projets éducatifs spécifiques".
Et si l'on s'intéresse à la ventilation par département ou par établissement, il est encore très compliqué d'obtenir des réponses chiffrées fiables, ce qui laisse, dit le rectorat, une place pour des ajustements, en fonction des évolutions de la population.
Le traumatisme reste fort pour Rudy Trevet, responsable du Snes FSU de l'Aube qui dispose de chiffres pour son département. "Nous devrions perdre 15 postes en lycée et 14 en collège. Et en nombre de divisions, c'est -à-dire de classes, nous savons déjà que nous en perdons 19 l'an prochain. Je n'ai jamais vu ça" affirme ce professeur de mathématiques. "D'habitude, c'est 5 ou 6. Plus de la moitié des collèges de l'Aube seraient impactés." Quand on lui demande si le collège Brosssolette de la Chapelle Saint-Luc où il enseigne est concerné, il reconnaît que ce n'est pas le cas mais s'inquiète. "L'année prochaine, ce sera notre tour. On prépare déjà les esprits en évoquant la baisse démographique."
Dans la Marne, Yohann Odivart du FSU, enseignant en histoire-géographie, ne peut pas donner de chiffres mais redoute déjà des classes dans certains lycées à 36,37 ou 38 élèves dès la seconde." Il y a une violence envers les enseignants mais aussi envers les élèves." fustige-t-il. "C'est déjà très difficile de les identifier, alors apporter une aide spécifique cela devient très compliqué. Le risque, c'est de plus en plus de démissions ou de mises en arrêt des professeurs. Mais aussi la baisse dans les classements type OCDE qui s'accentue."
Des collectifs dans plusieurs établissements
Certains établissements n'ont pas attendu la journée de mobilisation pour protester, ayant appris qu'ils pouvaient être menacés, du lycée Jean Jaurès à Reims (Marne), où l'on craint le retrait d'un demi-poste de CPE, au collège de la Villeneuve à Saint-André-les-Vergers (Aube), où deux classes de 4e et de 5e générale sont en balance.
Le collège de Rimogne dans les Ardennes a fait parler de lui car des élus dont le maire et des parents d'élèves se sont associés à plusieurs reprises pour lutter contre la suppression d'un poste de directeur de la section SEGPA. Ce lundi 30 mars à 17h, le collectif a réalisé du tractage et posé avec des affiches, comme il l'avait fait le 24 mars et le 27 mars pour une opération "collège mort".
"Nous avons 46 élèves en Segpa, des jeunes aux parcours de vie difficiles et chez nous il n'y a pas de baisse démographique, évoque Yannick Rossato, le maire de Rimogne. Le collège est occupé à 91%. Nous venons de refaire des travaux. Il y a quelques années, on nous a supprimé le poste de principal adjoint et grâce à M. Huertas, le collège s'en sort quand même très bien. Supprimer ce poste, ce serait mettre fin à tout un processus d'inclusion" plaide-t-il. "Ce serait catastrophique" renchérit une mère d'élève. "Il est passionné et présent."
L'école Yvonne de Gaulle de Colombey-les-deux-églises doit faire son rassemblement ce mardi 31 mars à 18h. Elle ne se satisfait pas de la perte possible d'un enseignant sur les 6 qu'elle possède. "Nous avons un climat social serein alors pourquoi le dégrader en passant de 19 à 23 élèves par classe ? Pourquoi faire repartir un enseignant qui s'est installé cette année? L'Amicale des parents a déjà recueilli 349 signatures avec une pétition sur change.org. Dans cette petite commune rurale, un parent anonyme déplore que l'éducation soit "vue comme une charge et non comme un investissement".
Le CDEN tranchera
Les conseils départementaux de l’Éducation nationale (CDEN) vont trancher et, même si certains syndicats appellent au boycott de ces instances, la carte devrait être entérinée, d'autant que le gouvernement a rehaussé le poids des préfets dans ces instances. Ils n'avaient jusqu'ici qu'un avis consultatif.
Ces CDEN vont se dérouler dès le jeudi 4 avril en Haute-Marne, mardi 7 avril dans les Ardennes et l'Aube et vendredi 10 avril dans la Marne.