C'est un scarabée pas plus grand qu'un grain de café mais qui fait partie des 20 insectes et bactéries les plus dangereux en Europe, d'un point de vue économique, environnemental et social. Deux individus viennent d'être découverts en France, des mesures sont prises conjointement par la France, l'Allemagne et la Suisse.
De gros pièges en plastique jaunes et verts ont été placés à Huningue (Haut-Rhin) jeudi 10 juillet pour définir les zones de présence du scarabée japonais, popillia japonica de son nom scientifique. À l’intérieur, des phéromones femelles pour attirer les mâles, parfois également des odeurs de fleurs pour attirer les femelles, et un système d'entonnoir inversé : l'insecte attiré tombe au fond du récipient et ne peut plus en sortir.
Pour plus d'efficacité, "on cherche surtout à attirer les mâles", explique Marion Delame, cheffe, du pôle d'inspection de Strasbourg DRAAF Grand Est. Ce procédé suffit à limiter l'expansion de cet insecte ravageur. Il est classifié comme "organisme de quarantaine prioritaire" par l'Union européenne. En d'autres termes, sa présence est considérée comme "dangereuse pour le territoire de l'Union" d'un point de vue économique, environnemental et social. Seuls 20 insectes et bactéries sont classés à ce niveau de dangerosité.
Le popillia japonica est en effet particulièrement gourmand. Polyphage, il peut s'attaquer à plus de 300 espèces différentes de plantes. Le spécimen adulte dévore les feuillages et la larve se nourrit de racines. Maïs, vignes, soja, pommiers, prunus ne sont que des exemples de ses victimes. Un risque important existe aussi pour les prairies enherbées, les gazons et les pelouses.
"Les Français étaient chanceux jusque-là"
En Suisse et en Allemagne, l'insecte a déjà été détecté, et le suivi a commencé dès les premiers individus capturés, en 2021 à Fribourg-en-Brisgau et Ludwigsburg, et en 2017 en Suisse. En France, les premiers individus ont été trouvés les 1er et 2 juillet derniers à Huningue. "Les Français étaient chanceux jusque-là", analyse Frauke Renke, responsable de la santé des plantes pour l'Institut LTZ (Landwirtschaftliche Technologiezentrum) d'Augustenberg, près de Karlsruhe, dans le Bade-Würtemberg. La scientifique participe régulièrement aux réunions tripartites transfrontalières, pour mettre au point le même dispositif partout et échanger les méthodes et informations.
Elle explique le principe adopté par tous : "dès que nous trouvons un scarabée japonais, nous installons 10 pièges dans un rayon d'un kilomètre autour, pour deux ans minimum. Le premier objectif c'est de définir la zone de présence de l'insecte. Une fois cette zone délimitée, commence une deuxième phase : nous établissons une zone tampon de 3 km autour, dans laquelle nous ne disposons aucun piège, pour éviter que les insectes ne soient attirés et sortent de la zone."
Nous sommes presque sûrs qu'ils sont venus à Fribourg grâce au ferroutage mis en place entre l'Italie et l'Allemagne.
Frauke Renke, Institut LTZ d'Augustenberg
À Fribourg pour l'instant, seuls des scarabées "autostoppeurs" ont été trouvés, comme en France. C'est-à-dire qu'ils sont venus seuls et ne se sont pas encore reproduits sur place. "Nous sommes presque sûrs qu'ils sont venus à Fribourg grâce au ferroutage mis en place entre l'Italie et l'Allemagne. Depuis les années 1960, un train transporte des camions de Novarra (Italie) à Fribourg. Quand ils sont déchargés en gare de Fribourg, ils restent souvent une heure sur place avant de reprendre la route." Le scarabée japonais est présent depuis 2014 en Italie, où son expansion est désormais difficilement contenue.
Une troisième étape est d'ores et déjà prévue, en cas de colonies avérées : "les insectes adultes sortent de terre de fin juin jusqu'en septembre. Nous sommes justement cette semaine en train d'analyser nos pièges à Fribourg pour savoir si nous avons plus que des individus autostoppeurs. Dans ce cas, l'étape suivante sera de couper tous les végétaux sur les zones infectées et de recouvrir la terre d'une couverture plastique pour étouffer les larves au stade pupal. Nous devrions rendre nos conclusions la semaine prochaine", conclut Frauke Renke.
Pour éviter les colonies, chaque signalement compte
Le scarabée japonais a la tête et le thorax vert et les ailes brunes, et fait la taille d'un grain de café. Un signe distinctif qui permet de le différencier des hannetons de jardin : il a cinq touffes de soies blanches sur ses côtés et deux à l'arrière.
Si vous en voyez un, il faut obligatoirement le signaler à la DRAAF-SRAL par courriel (santedesvegetaux.draaf-grand-est@agriculture.gouv.fr) en indiquant dans l’objet "Signalement Popillia" et en y joignant des photos. Toutes les explications et les signes distinctifs du scarabée japonais sont disponibles sur le site de la DRAAF du Grand Est.