240 € pour se chauffer tout l'hiver : les affouages, cette tradition du Moyen Âge qui permet la collecte de bois à moindre coût

La saison des affouages est ouverte dans la plupart des communes du Grand Est depuis début novembre. Pour les habitants, c'est une occasion de se fournir en bois de chauffage à un prix très intéressant par rapport au coût actuel des énergies conventionnelles. Daniel Andreotti, conseiller municipal à Arc-en-Barrois (Haute-Marne) et affouagiste depuis des dizaines d'années, en dit plus sur cette tradition.

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Vous avez peut-être entendu des tronçonneuses dans les forêts du Grand Est ces derniers temps. À Arc-en-Barrois en Haute-Marne en tout cas, depuis le 1er novembre, la saison des affouages a commencé et les affouagistes ont commencé à prélever le bois pour l'hiver prochain.

Que sont les affouages ?

L'affouage se pratique depuis le Moyen Âge. À l'époque, le seigneur local octroyait au peuple le droit de récolter du bois de chauffage dans les forêts. Le terme "affouer" vient d'ailleurs de l’ancien français et se traduirait aujourd'hui par "allumer". D'où le fait que la coupe et la collecte de bois de chauffage aient aujourd'hui le nom d'affouage.

Aujourd'hui, cette tradition est majoritairement perpétuée dans le quart nord-est de la France. C'est l'Office national des forêts qui est chargé de déterminer quelles parcelles d'arbres vont être rendues disponibles pour être transformées en bois de chauffage. Un marchand de bois va abattre l'arbre et emmener la grume (le tronc ou une partie) et laisser aux affouagistes le soin de couper et récupérer le reste.

Le bois coupé en bûches est empilé dans la forêt avant d'être stocké par les particuliers. © Jean-Marc Quinet / MAXPPP

Un million de mètres cubes sont ainsi mis à disposition des communes chaque année dans l'Hexagone. Mais selon l'ONF, "au fil des années, cette pratique se perd". Ces dernières décennies, le volume subit une décroissance régulière. Selon une étude de Solagro, de 2 millions de mètres cubes de volume de bois collectés pour l'affouage annuel en 1985, il ne restait plus qu'1,1 million en 2005.

Pourtant à Arc-en-Barrois, le nombre d'affouagistes a augmenté ces dernières décennies. D'une année à l'autre, ils sont ainsi passés d'une vingtaine de personnes à plus d'une quarantaine. Cette année, les riverains intéressés sont 30 environ. Certains ont déjà fait leur bois pour deux ans l'année dernière et choisissent de ne pas y aller chaque saison.

240 € par hiver pour se chauffer au bois

Aussi loin que remontent ses souvenirs, Daniel Andreotti a "toujours fait les affouages". "À mes 20 ans je faisais déjà les affouages", précise-t-il. "Mes parents se sont aussi chauffés au bois donc je filais un coup de main. Moi je me suis toujours chauffé et je me chauffe encore au bois aujourd'hui."

Ce retraité de 76 ans est aujourd'hui conseiller municipal et en charge des affouages depuis de nombreuses années. Il fait partie des fervents défenseurs de cette tradition. "Déjà c'est un coût de chauffage qui est incomparable avec les tarifs d'aujourd'hui avec le gaz ou l'électricité", argumente-t-il. "Certains avaient arrêté de faire les affouages, mais on voit que ces dernières années ils sont plusieurs à vouloir se réinscrire pour au moins se chauffer en partie au bois."

Pour un hiver entier, Daniel Andreotti ne consomme que 15 stères de bois — une stère équivaut à un volume d'1 mètre cube de bois. Pour ses 15 stères, il va débourser 8 € par unité (suivant l'année le tarif peut varier) et entre 8 et 9 € pour le débardage du tronc qu'il ne fait pas lui-même. Soit environ 16 euros par stère. En faisant le calcul, on peut estimer que, comme le conseiller municipal se chauffe exclusivement au bois, il ne va dépenser que 240 euros par hiver — si on exclut l'entretien des outils et le carburant de la tronçonneuse.

"C'est agréable d'être au bois, mais ce n'est pas pour tout le monde"

Si cette pratique est déjà bien connue des locaux, pour les néo-ruraux en revanche, Daniel Andreotti tient à mettre en garde : "C'est agréable d'être au bois, mais ce n'est pas pour tout le monde. Cela demande du temps, c'est exigeant. Et puis, il faut savoir manier une tronçonneuse. Nous à la campagne, ça va, on sait faire, mais pour les Parisiens par exemple... Cela fait des années qu'on n'a eu aucun accident, je touche du bois. Mais c'est une pratique qui peut être très dangereuse, et d'autant plus si on ne sait pas ce qu'on fait."

On ne peut pas brûler ce qu'on vient de couper, on est obligé de stocker pour l'année d'après. Le bois qu'on coupe cette année va devoir sécher avant d'être mis dans la cheminée, sinon il ne va pas brûler correctement.

Daniel Andreotti

conseiller municipal en charge des affouages

Chaque année, les communes concernées par les affouages ouvrent les inscriptions à la fin de l'été ou au cours de l'automne. La saison des affouages est alors ouverte début novembre jusqu'à mi-avril, d'une collectivité à une autre, ces dates peuvent varier. L'inscription est gratuite et ouverte à tous les habitants d'une commune, à condition qu'ils y résident. Le fait de ne pas posséder une cheminée (ou autre dispositif de chauffage au bois) n'est pas un facteur d'exclusion.

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