Depuis quelques années, le phénomène du vol de raisin est de plus en plus courant. Afin de lutter contre le fléau, les gendarmes se mobilisent en masse. Ils en profitent également pour contrôler les conditions de travail des vendangeurs, pour éviter de nouvelles "vendanges de la honte".
Comme chaque année, la période des vendanges est un moment fort pour la Champagne. Les enjeux sont multiples et conditionnent les revenus des vignerons. Alors durant cette période sensible, les forces de l'ordre sont mobilisées. À pied, à vélo, à cheval ou en voiture, les gendarmes arpentent les 35 000 hectares de l'appellation Champagne afin de s'assurer que tout se déroule bien.
"Nous avons vraiment une fonction de contact de proximité, que ce soit avec les acteurs de la filière viticole que l'on essaie d'accompagner au mieux, mais aussi les maires des communes et les administrés qui voient forcément leur quotidien impacté par les vendanges", détaille l'adjudante-cheffe Evelyne Claudon de la Brigade Territoriale Mobile Bocage Coteaux Marnais. Au centre de l'attention des autorités, les vols de raisins, de plus en plus répandus.
Les vols de raisins de plus en plus courants
En 2024, les records de vol de raisins ont été battus en Champagne. "L'année dernière, à cause du mildiou, on savait qu'il y avait beaucoup de vignerons qui ne faisaient pas les quotas. Et nous, on commence les vendanges assez tard par rapport à la moyenne, donc potentiellement, nos vignes sont plus exposées et on avait peur de se faire vendanger nos vignes", explique Guillaume Harlin, vigneron à Port-à-Binson, dans la Marne. Mais pour sa première vendange certifiée bio, tout s'est plutôt bien passé. Cette année encore, cette période est stressante. Mais il compte sur l'honnêteté de chacun.
Visuellement, quand on voit des vignes chargées et qu'on est un peu malsain, on a vite envie d'aller les cueillir et de les revendre éventuellement sur le marché noir, donc oui, c'est assez stressant.
Guillaume HarlinVigneron à Port-à-Binson
D'autres n'ont pas eu cette chance. C'est le cas de Christophe Lefevre, à Ecueil, au sud-ouest de Reims, qui a vu ses raisins subtilisés. Les vendanges devaient commencer le lendemain, mais dans la nuit, un tiers de ses raisins a été volé de façon éparse sur sa parcelle. Il a porté plainte. Mais en l'absence de flagrant délit, retrouver les auteurs de ces vols s'avère difficile. Afin d'éviter les vols, certains vignerons s'organisent et mettent en place des tours de guet, notamment la nuit.
Mais les forces de l'ordre ont également pris le problème à bras-le-corps. À l'occasion du plan Champagne 2.0, la totalité des 140 gendarmes de la compagnie d'Epernay sont mobilisés. Ils ont également l'appui de la garde républicaine qui patrouille à cheval au milieu des vignes ainsi que de la Brigade Territoriale Mobile Bocage Coteaux Marnais. "Il y a des vols de caisses en bout de vignes et également des parcelles où on peut se tromper. Mais il y a aussi clairement des actions de malveillance pour compléter les stocks des uns et des autres", relève le chef d'escadron Rémi Dubois de la compagnie d'Epernay.
Du fait d'un découpage des parcelles un petit peu particulier, certains peuvent vendanger les vignes de leurs voisins. "Mais parfois on arrive quand même à régler le souci à l'amiable parce qu'il n'y a pas de faute intentionnelle, assure l'adjudante-cheffe Evelyne Claudon. Nous sommes malgré tout sur des vendanges très calmes." Selon les gendarmes, s'il existe toujours des cas de vols, ils seraient en baisse cette année comparée à 2024 et ses très faibles rendements. Mais certains vignerons, comme Guillaume Harlin, reste très attentifs : "Visuellement, quand on voit des vignes chargées et qu'on est un peu malsain, on a vite envie d'aller les cueillir et de les revendre éventuellement sur le marché noir, donc oui, c'est assez stressant."
"Vigilance maximale" sur les conditions de travail des vendangeurs
Les gendarmes ne se concentrent pas uniquement sur la prévention des vols de raisins. Dans le cadre du plan Champagne 2.0, une attention toute particulière est portée au respect du droit du travail et des conditions dans lesquelles opèrent les ouvriers vendangeurs. "Notre but est d'également protéger les ouvriers dans les vignes en luttant contre la traite des êtres humains et le travail illégal, qu'on a malheureusement connu il y a quelques années", déplore le chef d'escadron Rémi Dubois.
En juillet dernier, la préfecture de la Marne avait indiqué faire preuve d'une "vigilance maximale" et d'une "tolérance zéro" face aux comportements mettant en danger les vendangeurs. Une réaction aux "vendanges de la honte" où des prestataires de services ont été condamnés pour "traite d'êtres humains" et pour logement dans des conditions insalubres de travailleurs originaires d'Afrique de l'Ouest. Sur ce point-là, Guillaume Harlin est moins inquiet. "Quand on est en règle, on est serein", réagit-il.
Pour le moment, les gendarmes considèrent ces vendanges 2025 comme plutôt calmes, même si celles-ci ne sont pas terminées. Mais compte tenu des dates de vendanges très éparses sur un territoire de 35 000 hectares, les forces de l'ordre ont tout de même fort à faire.