La première étape du transfert de la tapisserie de Bayeux vers la Grande-Bretagne, où elle sera prêtée en 2025, devait débuter ce jeudi 18 septembre. Mais en raison du mouvement social de ce jeudi, l'opération a été reportée.
La tapisserie de Bayeux sera prêtée au British Museum de Londres en 2026. La première étape de ce voyage vers le Royaume-Uni était prévue ce jeudi 18 septembre. Ce transfert a été reporté en raison de la journée de mobilisation sociale, a indiqué à l'AFP Philippe Bélaval, chargé par l'Elysée du prêt de cette oeuvre au British Museum.
Longue de 70 m, cette broderie du XIe siècle devait être extraite du musée de Bayeux, actuellement fermé pour travaux, afin d'être déplacée dans un lieu tenu secret pour y être conservée avant son prêt au British Museum, prévu en septembre 2026.
"En raison de la mobilisation attendue la journée de demain dans le département du Calvados, le préfet ne s'estime pas en mesure d'assurer la sécurité d'un transfert aussi médiatique et (...) d'une oeuvre aussi coûteuse", a déclaré M. Bélaval, selon qui cette opération se tiendrait "dans les prochains jours".
"Compte tenu de la journée nationale d'action prévue le 18 et du précédent de celle du 10 septembre qui, dans notre département, a nécessité un fort engagement des forces de l'ordre, l'opération de transfert vers son lieu de conservation de la Tapisserie de Bayeux est reportée de quelques jours", a confirmé la préfecture du Calvados dans un communiqué transmis à l'AFP.
Polémique et inquiétudes
Le transfert de la tapisserie, ce chef d'œuvre millénaire, classé par l'Unesco, suscite polémique et inquiétudes en raison de la fragilité de l'œuvre. Actant un prêt au British Museum en septembre 2026, Emmanuel Macron a fait prévaloir son volontarisme - et l'objectif de "revivifier la relation culturelle" avec le Royaume-Uni - sur les mises en garde concernant le transport de cette broderie du XIe siècle. Depuis 2020, des rapports d'experts ont minutieusement radiographié les dégradations qui fragilisent déjà la tapisserie longue de 70 mètres (24 204 taches, 9 646 trous, 30 déchirures...) ou alerté sur les "risques supplémentaires" que ferait courir un transport "au-delà d'une heure de trajet".
Rénovation reportée
"La tapisserie est extrêmement fragile et fatiguée", a déclaré à l'AFP Aude Radosevic Mansouri, qui a dirigé en 2020-21 une équipe de sept restauratrices pour dresser l'état des lieux de cette œuvre qui conte la conquête de l'Angleterre en l'an 1066. "Quand on la regarde vraiment de près, on voit à travers et on n'a pas envie de la manipuler parce qu'on se dit qu'elle va nous rester dans les mains", ajoute-t-elle. En 2021, la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) de Normandie assurait à l'AFP que "l'œuvre n'était pas transportable avant d'être restaurée". Sa rénovation sur deux ans était prévue en 2025 mais a été reportée sine die cette année.
Omerta
Jusqu'à récemment, les mises en garde étaient dûment relayées par les services de l'État. Très récemment, dans une vidéo postée début 2025 par la préfecture du Calvados, une conseillère patrimoine de la Drac assurait que la tapisserie était "trop fragile pour être déplacée sur une grande distance", en raison notamment des vibrations causées par le voyage.
Depuis l'annonce d'Emmanuel Macron, la vidéo a toutefois été retirée de YouTube et les institutions sont devenues mutiques. "On sent une omerta", assure à l'AFP une professionnelle proche du dossier, qui tient à conserver l'anonymat. Une autre source anonyme, qui exerce dans la restauration d'art, se dit, elle, "sidérée" que les expertises sur la tapisserie aient été balayées "d'un revers de main pour des considérations diplomatiques".