La tapisserie de Bayeux (Calvados) a été transportée dans la plus grande discrétion vendredi 19 septembre 2025 en fin de journée, alors qu'une pétition récolte encore des signatures contre l'opération. Transport sous haute surveillance, révélation du lieu... On vous dévoile ce que l'on sait.
L'opération a été tenue secrète jusqu'au bout. La tapisserie de Bayeux a finalement été déplacée, vendredi 19 septembre 2025, lors d'une opération de grande envergure et surtout, très discrète. Le maire de la Ville, Patrick Gomont, a eu la chance d'y assister et nous en dit plus.
Première étape : la toile de 70 mètres de long avait déjà été décrochée de son rail et placée derrière une vitre le jeudi 18 septembre, avant d'être pliée dans une caisse et mise sous scellés. L'opération délicate a mobilisé plus d'une centaine de bénévoles en plus des équipes de la Direction régionale des Affaires cultures (DRAC) et de celles du musée.
"La mise en caisse a été assez impressionnante et chargée d'émotion, on a vu la tapisserie sortir de son local, de son bunker qui l'abritait. Et hier il y a eu un autre grand moment avec l'extraction de la tapisserie dans sa caisse avec un circuit sécurisé", raconte Patrick Gomont.
Pourtant, le déplacement de l'œuvre millénaire a bien failli être reporté à une date indéfinie... Le transfert était prévu le même jour, mais les mouvements de grèves du 18 septembre ont bousculé le programme.
Deux camions : un leurre et un vrai
"On a eu quelques frayeurs dans la journée de mercredi dans l'après-midi puisqu'il y avait des directives de la préfecture ou du ministère qui parlaient de tout stopper à cause des mouvements de jeudi, puisque ça allait pas mal mobiliser les forces de l'ordre", retrace le maire de Bayeux.
Or, le transport exceptionnel de l'œuvre a mobilisé près de 90 personnes pendant 7h15, selon le communiqué de presse de la préfecture. Des étudiants, des bénévoles, des conservateurs, des restaurateurs, des universitaires, des agents de la DRAC, de la ville de Bayeux et du musée, mais aussi une délégation britannique du British Museum invitée à participer à l'opération.
"Heureusement, il y avait la souplesse du transporteur habilité qui a proposé la date de vendredi pour l'extraction" continue l'édile. Jusqu'à 23h le jeudi soir on a tous tremblé, puis le ministère a donné le feu vert." Mais à quoi ressemblait ce convoi top secret ?
Tout le parcours était surveillé par les forces de l'ordre avec des gendarmes en civil et des véhicules pompiers, il y avait deux camions, un sans l'œuvre, qui était un leurre, et un autre avec l'œuvre.
Patrick GomontMaire de Bayeux (Calvados)
Le maire indique par ailleurs que le trajet était en réalité "assez court". Pas de centaines de kilomètres de route à avaler pour les camions et leurs accompagnateurs. "La manœuvre s'est parfaitement déroulée", s'est félicitée la préfecture du Calvados.
Une question brûle encore toutes les lèvres : où est donc caché ce trésor patrimonial ? Contre toute attente, Patrick Gomont nous dévoile son emplacement, sans trop de précisions tout de même.
Aujourd'hui il n'y a plus de secret, la tapisserie est dans une réserve d'un des musées de la ville de Bayeux, qui a été spécifiquement aménagé pour cela.
Patrick GomontMaire de Bayeux (Calvados)
L'accès au local a donc été sécurisé avec plusieurs alarmes, la protection incendie a été réévaluée et le musée a veillé à ce que l'hygrométrie soit "parfaite" pour éviter la dégradation de l'œuvre le temps de son stockage. Elle ne doit pas partir pour l'Angleterre avant l'année prochaine.
Pétition contre son déplacement
Malgré toutes ces précautions et la quantité d'experts dépêchés pour son déplacement, plus de 73 500 personnes (à ce jour) s'opposaient fermement à cette opération délicate dans une pétition lancée par le magazine La Tribune de l'Art, et publiée en ligne. Les signataires dénoncent la trop grande fragilité de la tapisserie déplacée contre l'avis des spécialistes, "un véritable crime patrimonial".
Nous faisions déjà le point dans un autre article sur ce prêt à l'Angleterre qui agite le monde de l'art et les amoureux de ce trésor millénaire.
En attendant, le musée de la tapisserie a fermé ses portes depuis le 1er septembre. Deux ans de travaux l'attendent pour faire peau neuve, de quoi réjouir Patrick Gomont.
"Ça y est enfin on sort l'œuvre du musée et on va pouvoir commencer les travaux. C'est beaucoup d'émotion, aussi pour les équipes qui étaient là car c'est un travail préparé depuis plusieurs mois, beaucoup étaient fébriles", expose-t-il encore bouleversé par l'expérience.
Le local ultra-sécurisé abritant la tapisserie n'est qu'un lieu de conservation provisoire, avant qu'elle ne soit prêtée au British Museum, à Londres, en septembre 2026. Les détails de ce transport-là, encore plus imposant et délicat, ne sont pas encore connus.