Il compte bien être l'une des stars du salon de l'agriculture. Après des années de dégringolade, la consommation de cidre se porte bien. Alors que les boissons alcoolisées sont de plus en plus boudées, le cidre et le jus de pomme ont redoré leur image auprès des consommateurs.
Des ventes de cidre qui se stabilisent pour la première fois. Les professionnels n'osaient plus y croire, après des décennies de mauvais chiffres. En 2025 comme en 2024, la France a produit 82 millions de litres de cidre, dont 17 millions sont partis à l'exportation.
De leur côté, le vin et la bière, même s'ils restent les boissons favorites des Français, sont en net recul ces dernières années.
"Il y a une tendance lourde à consommer moins d'alcool, et une attente pour des boissons moins fortes en alcool", constate le directeur de l'Union Nationale Interprofessionnelle Cidricole (Unicid). Selon Jean-Louis Benassi, les professionnels du vin se penchent aujourd'hui sur la désalcoolisation de cette boisson.
Cette problématique ne touche pas le cidre, déjà faible en alcool, dans une fourchette de 2 à 5 degrés, le plaçant "au cœur des attentes des consommateurs aujourd'hui".
Cela faisait longtemps que nous savions que ce faible taux d'alcool était un atout pour le cidre, mais cela ne se manifestait pas dans la consommation... Jusqu'à aujourd'hui
Jean-Louis BENASSI, Directeur UNICID
Les régions productrices sont les plus consommatrices
Aujourd'hui en France, on consomme 1,6 litre de cidre par an et par habitant. Soit une bouteille à la chandeleur et une autre à l'épiphanie : en février, c'est plié pour l'année.
Un raccourci qui vaut pour tout l'hexagone, à l'exception des deux grosses régions productrices que sont la Bretagne et la Normandie. " Dans ces deux régions, l'épiphanie est à peine un pic. On y boit du cidre toute l'année, et particulièrement les mois d'été, les touristes contribuant à ce pic de consommation" selon Jean-Louis Benassi.
Ainsi en Normandie, la consommation est stable à 3,8 millions de litres en 2025 comme en 2024, tandis qu'elle baisse légèrement en Bretagne (de 5,3 à 5,2 millions) .
S'il consomme plus de cidre, le Normand boit le même que les autres Français, confie Arnaud Didier, animateur à la maison cidricole de Normandie. Il l'achète majoritairement en grande surface (60 % des ventes) et le boit de plus en plus au restaurant (25 % des ventes).
Cette dernière tendance se développe d'ailleurs dans les grandes villes, avec des cidres un peu plus haut de gamme: "Aujourd'hui on peut boire du cidre dans beaucoup de bars à Paris, c'est nouveau" constate Jean-Louis Benassi.
Le jus de pomme s'envole
Si le cidre s'en sort bien, le jus de pomme, lui connaît même une nette embellie. En Normandie, un tiers des pommes à cidre part pour du jus de pomme, selon Arnaud Didier.
Cette tendance nationale à la hausse s'explique par plusieurs facteurs d'après Jean-Louis Benassi : la chute de consommation du jus d'orange avec un report sur le jus de pomme et le marqueur "made in France " qui booste les ventes.
Le jus de pomme a depuis longtemps en France l'image d'une boisson locale et saine. Elle en récolte aujourd'hui les fruits, dopée par une filière bio qui fonctionne bien.
Du côté du cidre, le bio, lui, est moins évident. La consommation est passée de 3,5 % en 2015 à 12,5 % en 2022, pour redescendre à 11,4 % depuis 2023 selon les données d'Unicid.
Pour le jus comme pour le cidre, l'année 2025 a été exceptionnelle, avec une récolte de pommes en hausse de 15 % par rapport à 2024. 280 000 tonnes de fruits mis en bouteille en cidre (la moitié), en jus (un tiers) en calvados ou en vinaigre. La France exporte aussi ses pommes, notamment vers l'Espagne.