"On nous a dit qu'on avait une pépite" : décollage imminent pour Moon AI, l'intelligence artificielle made in Normandie

Créée par Fabien Marie, petit génie eurois de l'informatique, la plateforme Moon AI vient de sortir sous sa version officielle. Spécialisée dans l'anonymisation des données, la société basée à Pont-Audemer a été valorisée à 1 million d'euros. Portrait d'une IA prometteuse... et de son talentueux créateur.

Quelques jours avant le lancement officiel de Moon AI, prévu le 1er mai 2026, Fabien Marie avoue être un peu "stressé". C'est le début d'une nouvelle ère, et l'aboutissement de plusieurs années de travail... à seulement 23 ans.

Enfant de Pont-Audemer (Eure), c'est dans la pépinière d'entreprises de la commune qu'il s'est installé avec ses trois associés. Eux s'occupent du marketing, des partenariats, des relations institutionnelles, et un peu d'informatique. Mais Moon, c'est son bébé à lui.

Une société valorisée 1 million d'euros

Fabien planche depuis 5 ans sur cette intelligence artificielle. Son mantra, depuis le départ, est de créer une IA capable de "garantir la sécurité pour tout le monde". Il veut que chacun puisse utiliser ces modèles "en étant sur a 200% que leurs données se retrouveront pas sur internet".

Il y a un an, il lance une version Beta de Moon. C’est-à-dire une première version, gratuite, qui fait figure de test. C'est un succès : 100 000 utilisateurs s'inscrivent sur la plateforme et l'utilisent. En début d'année 2026, son comptable lui conseille de valoriser sa société mère, Stellarr Studio, car "on nous a dit qu'on avait une pépite". Elle est valorisée 1 million d'euros par un cabinet d'expertise parisien.

Fabien (deuxième en partant de la gauche" et ses trois associés, à Pont-Audemer (Eure) • © France 3 Normandie

Attention, cela ne signifie absolument pas que Fabien est millionnaire. Il s'agit simplement d'une valeur d'entreprise. Et de toute façon, le jeune informaticien ne compte pas s'arrêter là. Il souhaite "aller au bout du projet" et "qu'il soit connu du plus grand nombre".

Les 100 000 utilisateurs inscrits sur la plateforme Moon en font la deuxième IA française publique, derrière Mistral. Mais Fabien souhaite se démarquer du géant français. "La plupart des ingénieurs chez eux sont américains, explique-t-il. Nous l’objectif, c'est de rester à Pont-Audemer, car on aime notre ville".

Confidentialité assurée

Par essence, Moon est une plateforme IA à part. Selon Fabien, alors que la plupart des autres intelligences artificielles "ne respectent pas nos données et mangent tout ce qu'on leur donne, livre, photos, image", lui affiche cette promesse, en gros, sur son site internet : "Zéro fuite de données".

Fabien garantit aux utilisateurs que les informations livrées sur sa plateforme restent entièrement confidentielles. Comment ? Grâce à un système d'anonymisation "en cours de brevetage", selon Fabien. "On est capable de mettre des marqueurs et de camoufler ce qui vient aux IA".

Un exemple, pour comprendre. Imaginez que vous vous connectez sur Moon AI, et que vous lui demandez d'écrire un courrier à votre banque. Vous lui donnez votre IBAN, votre adresse, votre numéro de téléphone... Des données sensibles ! Mais des données que l'IA ne verra jamais.

"Moon Guard", l'outil qui permet de protéger les données sensibles sur la plateforme Moon • © Stellarr Studio

"Emails, téléphones, IBAN, cartes bancaires, numéros de sécu, dossiers médicaux, etc...Chaque donnée sensible est masquée avant l'envoi à l'IA, puis restaurée dans la réponse", explique Fabien, qui cible notamment les avocats, les notaires et d'autres professions encore réticentes à utiliser les IA.

La revanche d'un garçon "pas bon à l'école"

Si tous les voyants sont au vert, l'aventure ne fait encore que commencer pour Fabien Marie. Les premiers abonnements affluent depuis le 1er mai, bien que la communication officielle autour de la plateforme ne soit prévue que pour deuxième quinzaine de mai.

"Pour l'instant, Moon ne me fait pas gagner de l'argent", précise Fabien. Au contraire, elle lui coûte. Et elle lui prend énormément de temps. Des nuits blanches passées derrière l'écran, dans son salon, face aux lignes de codes, pendant que les deux enfants de ce jeune papa dorment profondément.

Mais ce début de succès est déjà une victoire, après des années scolaires peu épanouissantes. À 11 ans, il touchait déjà à la programmation de jeux vidéo. Fabien était plus à l’aise sur sa chaise d’ordinateur que sur les bancs de l'école. École qui a refusé de l’orienter vers l’informatique, et l’a redirigé vers un CAP électricien.

Je n'étais pas bon à l'école. A 11 ans, je jouais à Minecraft et j'ai commencé le développement informatique. S’en est suivi des nuits blanches d’apprentissage. J’adorais m’intéresser au langage de programmation. Mais à l'école on m'a dit : "t'as pas de brevet, tu vas faire électricien"

Fabien Marie, créateur de Moon AI

France Télévisions

Hier, il était cet élève "nul en maths". Aujourd'hui, Fabien ne cache pas son plaisir : "je fais des algo en python qui sont réservés à des ingénieurs qui ont fait cinq ans d’étude". On flaire comme un sentiment de revanche.

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