Depuis le 18 août, trois anciens parachutistes marchaient pour rejoindre le Mont Saint-Michel depuis Castres, dans le Tarn. 1 000 km de vélo et de randonnée pour honorer leur saint patron et sensibiliser au syndrome post-traumatique des militaires. Un périple d'un mois et demi qui s'est achevé ce samedi 26 septembre, aux côtés de 200 autres soldats.
"Plus on avance, plus on dirait qu'il recule." Après 39 jours de marche, ces trois anciens parachutistes partis de Castres le 18 août arrivent enfin aux pieds du Mont Saint-Michel. Le trio a parcouru 1 000 km depuis le Tarn. Les 1 800 m qui les séparent encore de leur saint patron sont loin d'être les plus difficiles.
"Il y a une routine qui s’est installée, ces derniers kilomètres font plaisir", relate Patrick Nodin, militaire à la retraite et membre de l'association Vétérans Parachutistes. "Le plus dur c’étaient les huit premiers jours, le temps que le corps s’adapte. On est chez nous, donc les derniers kilomètres sont les plus faciles."
Ce samedi, les trois anciens parachutistes ont été rejoints par près de 200 autres militaires, vétérans et nouvelles recrues pour conclure leur pèlerinage en beauté. Avant de fouler la passerelle qui serpente jusqu'au Mont Saint-Michel, le groupe a troqué sa tenue de marche pour le béret rouge et l'uniforme traditionnel. Une marque de respect envers leur saint patron et envers le lieu, qui accueille une messe toute particulière ce samedi, en l'honneur des militaires blessés au combat et des défunts.
Un moment lourd de sens pour l'association, qui organisait ce pèlerinage afin de collecter des dons pour les blessés de guerre et les militaires souffrant de stress post-traumatique.
Une opération caritative de 1 000 km
Une cagnotte en ligne a été partagée quelques jours avant leur départ. C'est pour mettre en lumière cette campagne de dons que les trois vétérans ont choisi d'organiser cette longue randonnée. L'intégralité des dons sera reversée à l'hôtel des Invalides, qui accueille les militaires blessés depuis sa construction et soigne aujourd'hui le stress post-traumatique.
"En tant qu’anciens vétérans, nous avons effectué des carrières diverses mais toujours exposées à beaucoup d’opérations de plus en plus lourdes", témoigne le caporal-chef Patrick Belloti, président de l’association.
On est tous entourés de blessés de guerre et d’amis qui sont touchés par un syndrome post-traumatique. Si nous, on ne les aide pas, je ne vois pas qui pourrait le faire.
Patrick Belloti, président de l’association
La santé mentale : un sujet encore tabou
Un sujet qui touche nombre de soldats, anciens et nouveaux. Infirmiers, policiers, gendarmes, blessés de guerre, victimes d’attentats… Les conflits évoluent, mais les conséquences physiques et psychiques restent les mêmes, et peuvent toucher n'importe qui au long de sa carrière. C'est ce que note ce jeune militaire : "On est moins amenés à être engagés du fait de la situation géopolitique. Mais tout le monde peut être concerné. Heureusement, le stress post-traumatique est beaucoup plus pris en compte maintenant."
Une évolution palpable pour la jeune génération, comme pour le personnel médical. "Avant on ne pouvait pas dire les choses", affirme Anna Korchonnoff, réserviste du service de santé des Armées.
Maintenant, les militaire peuvent un peu plus s’exprimer. C’est encore difficile de dire quand ça va mal, mais ça s’améliore. On n’en est qu’au début.
Anna Korchonnoff, réserviste au service de santé des armées
3 000 soldats français souffriraient aujourd'hui de cette condition. Un long chemin reste encore à parcourir pour que la société accepte et reconnaisse l'importance de la santé mentale dans ce corps de métier. Mais les mentalités évoluent, preuve en est : la cagnotte a dépassé le pallier symbolique des 16 000 euros.
Avec Nell Saignes et Bastien Odolant