Charlie Dalin s'est éteint ce jeudi 11 juin 2026 à l'âge de 42 ans, des suites d'une forme rare de cancer gastro-intestinal. Le navigateur havrais est entré dans la légende après avoir franchi en premier la ligne d'arrivée du Vendée Globe à deux reprises, et remporté la dernière édition.
Il avait fêté ses 42 ans il y a peu. Né le 10 mai 1984 à Harfleur (Seine-Maritime), Charlie Dalin est mort ce jeudi, après près de trois ans de lutte acharnée contre une GIST, une tumeur gastro-intestinale rare et foudroyante, localisée sur l'intestin grêle.
Il avait emporté le crabe sur son Imoca lors du Vendée Globe 2024-2025 : "une tumeur de la taille d'un pamplemousse", avait-il décrit, l'obligeant à suivre un traitement quotidien.
L'arrivée du Vendée Globe 2024, "un des plus beaux jours" de sa vie
Ce traitement - une immunothérapie ciblée sous forme d'un comprimé, à prendre toutes les 24 heures - avait fait perdre quelques kilogrammes au skipper.
Mais il n'avait en rien amoindri sa détermination, lui qui était arrivé en tête de l'édition précédente du Vendée Globe, mais avait été rétrogradé à la 2e place, après l'octroi d'une compensation à Yannick Bestaven, venu porter secours à Kevin Escoffier, en difficulté au cap de Bonne-Espérance.
Le 14 janvier 2025, Charlie Dalin avait ainsi réalisé le rêve de sa vie - et pris une revanche personnelle - arrivant premier du Vendée Globe en Imoca (Macif Santé Prévoyance) après 64 jours, 19 heures, 22 minutes et 49 secondes de course, devançant Yoann Richomme à l'issue d'un incroyable duel... Et pulvérisant de plus de 9 jours le précédent record détenu par Armel Le Cléac'h, vainqueur du Vendée Globe 2016.
Je n'ai jamais vécu une émotion pareille. C'est la plus belle ligne d'arrivée de toute ma carrière, et de loin.
Charlie Dalinle 14 janvier 2025, après son arrivée aux Sables-d'Olonne
Une victoire que Charlie Dalin avait raconté dans un ouvrage autobiographique, La force du destin (Gallimard), écrit à quatre mains avec le journaliste Didier Ravon. Et dans lequel il avait révélé au monde son combat contre le cancer.
"C'est une double victoire, nous avait-il confiés, la veille de la parution du livre. La victoire de la course mais aussi une victoire sur la maladie [...] ça a rendu cette victoire d’autant plus belle et d’autant plus émouvante pour moi. C’est vraiment un des plus beaux jours de ma vie cette arrivée."
Avant le Vendée Globe, je n’étais pas prêt à en parler, c’était le secret médical. Après l’arrivée, j’ai hésité à tout dévoiler le jour même pendant la conférence de presse. Mais finalement, je ne l’ai pas fait, car j’avais envie de profiter pleinement de la course et de cette victoire sans que la lumière ne soit portée sur autre chose.
Charlie DalinLe 8 octobre 2025 à France 3 Normandie
L'épreuve d'une vie, son cancer
Opéré après la course, Charlie Dalin nous avait raconté être passé "d’un extrême à l’autre : de l’apogée de ma carrière de navigateur à l’une des épreuves les plus difficiles à surmonter niveau santé".
"On m’enlève la tumeur, c’est une opération longue et quand je me réveille je sens le poids de la fatigue de l’opération mais aussi le poids du Vendée Globe, ça fait beaucoup. Mon transit met trois semaines à revenir donc je passe trois semaines à l’hôpital, je perds une grosse partie de ma masse musculaire", avait-il confié.
Un moment particulièrement difficile qui l'avait conduit à abandonner sa saison sur l'Imoca Macif Santé Prévoyance, renonçant ainsi logiquement à la Transat Café l'Or 2025, pour laquelle il avait été remplacé par Sam Goodchild.
"Si mon histoire peut aider, même seulement 10 personnes, à mieux vivre leur maladie, si ça peut donner de l’espoir à des gens, ou faire bouger un petit peu les choses et bien, j’aurais tout gagné", nous avait-il néanmoins assuré.
Une vie de passion pour la mer
Tout gagner, Charlie Dalin l'avait fait bien avant cette victoire immense et l'annonce de sa maladie. Celui qui avait grandi au Havre avec la mer comme horizon s'était passionné très jeune pour la voile. À 6 ans, en 1992, il avait pour la première fois mis les pieds dans la cale d'un bateau, sur un Optimist, un petit dériveur en solitaire conçu pour les enfants, à Crozon, lors de vacances en famille.
"Une révélation, un coup de foudre, une échappatoire", avait raconté sa mère, Christine Dalin, à Ouest-France. "La course au large est une passion qui l’anime depuis l’âge de 14 ans. C’est une passion qu’il a su mener avec ténacité, beaucoup de travail et d’abnégation. Il ne s’est pas ménagé pour y arriver", avait de son côté décrit Antoine Comont, son père, en 2021 à La Nouvelle République.
Il voyait la Jacques-Vabre, il dévorait chaque ligne de Voiles et Voiliers. Gamin, l’école n’était pas trop son truc. Quand il s’est dit que peu de marins pouvaient en vivre, il s’est intéressé à l’architecture navale. La bascule à l’école s’est faite avec la voile. Du jour au lendemain, ça a marché. C’est un bon exemple pour les gamins. Vous avez des rêves allez-y, croyez-y. Même s’il n’y a qu’une seule place, elle sera pour vous. Le parcours de Charlie, c’est cela.
Antoine Comont, ancien directeur de production de concerts de rock, père de Charlie DalinEn 2021 à "La Nouvelle République"
En 2007, à 23 ans, Charlie Dalin avait remporté la Transgascogne en double avec Laurence Château (classe Mini Série), puis l'avait gagnée en simple deux ans plus tard sur la même classe.
"Sa détermination force le respect"
Les quinze années suivantes, il les avait dédiées à la course au large. Pudique, humble, il avait collectionné les victoires et s'était, en parallèle, formé à l'architecture navale à l'Université de Southampton (Angleterre).
Son arrivée en Imoca avait marqué un tournant majeur dans sa carrière : il avait gagné la Transat Jacques-Vabre 2019 avec Yann Eliès à bord d'Apivia) et confirmé sa réputation de marin extrêmement rigoureux avec sa quasi-victoire au Vendée Globe 2020-2021 en 80 jours, 6 heures, 15 minutes et 47 secondes.
Entre 2021 et 2024, Dalin avait enrichi encore son palmarès avec des victoires sur la Rolex Fastnet Race, la Vendée Arctique et la New York–Vendée. Il avait mis à l'eau son nouvel Imoca Macif Santé Prévoyance en 2023, cet Imoca même qui aura fait entrer le skipper, homme à battre du Vendée Globe 2024, dans la légende, lui permettant de conquérir le trophée qui lui échappait depuis si longtemps.
Ce qu'il a fait, c'est juste incroyable. La détermination qu'il a depuis toujours force incroyablement le respect.
Cédric Chateau, premier entraîneur de Charlie Dalinen octobre 2025 à France 3 Normandie
Marin de l'année 2025
Après avoir révélé sa maladie, Charlie Dalin s'était éloigné du large, devenant conseiller architecto-naval et consultant performance du nouveau programme de course au large de la Macif.
Toujours (un peu) à la barre, il devait devenir le maître d'œuvre des prochaines courses menées par le skipper britannique Sam Goodchil en 2027-2030. "Je vais vivre différemment le prochain Vendée Globe, mais tout aussi intensément", avait-il réagi.
Nommé chevalier de la Légion d'honneur en janvier 2025 puis choisi pour porter la flamme olympique au Havre en juillet de la même année, Charlie Dalin avait été distingué du titre de Marin de l'année 2025 en décembre dernier et avait fait la une du Washington Post en janvier, impressionnant les lecteurs par sa détermination.
Mort ce jeudi au centre hospitalier de Cornouaille de Quimper (Finistère), il laisse derrière lui son épouse, Perrine Le Pape, et leur fils, Oscar, 10 ans, avec qui il vivait à Concarneau.