En fuite depuis neuf mois après son évasion mortelle au péage d'Incarville (Eure), Mohamed Amra a été arrêté samedi 22 février 2025 à Bucarest, en Roumanie. Depuis, il est défendu par l'avocate roumaine Maria Marcu. Qui est cette juriste qui se rêve présidente de son pays ?
Après 284 jours de cavale, Mohamed Amra a été interpellé par la police roumaine, samedi 22 février, alors qu'il se rendait chez un barbier de Bucarest, où il résidait depuis quelques jours. Il était depuis le 14 mai 2024, et l'attaque mortelle du fourgon qui le transportait, l'un des hommes les plus recherchés de France.
Un recours pour libérer Mohamed Amra
Grimé de cheveux décolorés en orange et de lunettes, le multicondamné de 30 ans s'exprime depuis par l'intermédiaire de son avocate. "Mon client veut prouver son innocence, qu'il n'est pas coupable des faits commis. Il veut s'adresser aux autorités de son pays le plus rapidement possible", a-t-elle déclaré à sa sortie de l'audience, précisant toutefois qu'elle avait déposé un recours contre l'arrestation de son client et la perquisition de son appartement.
Ce que je comprends, c'est qu'il visite la Roumanie et que, comme tout citoyen européen, il ne devrait pas être arrêté sans le bénéfice de la présomption d'innocence.
Maria Marcu, avocate de Mohamed Amra
Cette avocate s'appelle Maria Marcu. Elle défend le narcotrafiquant, à l'instar de son confrère rouennais, Hugues Vigier. Elle assure qu'elle ne savait pas qui était Mohamed Amra avant samedi dernier, et que les autorités judiciaires roumaines lui ont attribué aléatoirement son dossier, en tant que commis d'office. "Je ne le connaissais pas avant, je ne sais pas qui il est, je ne connais pas sa famille. J'ai été désignée au hasard".
Maria Marcu, l'avocate qui se rêvait présidente
Âgée de 46 ans, la juriste peut se targuer d'un parcours remarquable qui l'a fait passer d'une ville moyenne de Transylvanie aux plus grandes métropoles européennes, selon son CV disponible en ligne. Elle fonde son cabinet d'avocat en 2004 après avoir réalisé ses études de droit dans les universités roumaines de Sibiu et de Bucarest.
Maria Marcu s'expatrie ensuite pour se spécialiser en droit international. Cela l'emmène à suivre des cours dans les universités de Bilbao (Espagne), Tilburg (Pays-Bas), puis à Strasbourg (France) et ponctuellement avec l'ONU, la Cour européenne des droits de l'Homme, l'ENA et le Conseil de l'Union européenne.
Polyglotte (elle clame parler couramment anglais et français, comprendre l'italien et le russe), elle a la particularité d'officier en Roumanie, à Bruxelles, mais aussi à Paris. Le hasard fait qu'elle a prêté serment pour exercer en France le 13 mai 2024, soit la veille de l'évasion de Mohamed Amra.
Avec un tel CV, on pourrait penser que Maria Marcu est une professionnelle reconnue dans son pays. Pourtant, son nom n'évoque rien aux cabinets d'avocats que nous avons contactés. "Elle n'est pas vraiment connue", nous rapporte un avocat français basé à Bucarest.
L'affaire Amra, une aubaine pour sa médiatisation
Pourtant, elle a tenté de se présenter à la dernière élection présidentielle roumaine du 24 novembre 2024, invalidée depuis. "Ils ont accepté tous les candidats qui étaient des hommes et pas les femmes, c'est un scandale !" Sa candidature ayant été rejetée par le Bureau électoral central, elle l'a portée devant la Cour constitutionnelle roumaine, qui l'a aussi déboutée, avant de demander à la Cour d'appel d'Oradea de tout bonnement suspendre les élections du président roumain.
L'équipe de l'ancien président qui est resté dix ans à la tête du pays a voulu voler l'élection et la Cour a pris une très bonne décision, la première décision courageuse en 35 ans, en suivant la Constitution.
Maria Marcu, avocate de Mohamed Amra et candidate autoproclamée à l'élection présidentielle roumaine
Au final, même si ce n'est pas de son fait à elle, le scrutin a été annulé - pour cause d'ingérence russe - par le président Klaus Iohannis, qui vient tout juste de démissionner. Un nouveau vote est prévu en mai.
L'engagement politique de Maria Marcu remonte à plus d'une décennie. "Le président m'a tout pris il y a 15 ans quand j'ai défendu des personnes illégalement expropriés par le gouvernement, explique-t-elle. C'est selon ses dires, ce qui l'a poussé à partir à l'étranger. Aujourd'hui, forte de ses années d'exercices au niveau international, elle entend bien parvenir à la tête de son pays.
Je serai la prochaine présidente parce que je suis honnête, que je travaille dur. Ceux qui me connaissent vraiment savent que je suis une battante, honorable et respectable. Il faut que la prochaine élection soit juste, pour tout le monde.
Maria Marcu
Mise en lumière internationalement par l'affaire Amra, parviendra-t-elle à percer médiatiquement et politiquement dans son pays ? L'avenir le dira. Pour l'heure, son actualité est en France, aux côté de Mohamed Amra. On ne sait pas encore si elle poursuivra la défense du criminel français dans ses auditions en France.
Quoiqu'il en soit, le simple fait de s'être occupé de son cas lors de sa détention à Bucarest a eu l'effet d'un accélérateur de notoriété pour celle qui estime qu'elle "devrait être la prochaine présidente de Roumanie conformément à la Constitution". Rien que ça.