À Saintes, le café associatif La Boussole saintaise a été la cible d'intimidations vendredi 4 septembre à la suite de la programmation d'un débat sur les bassines. La grille de son parking a été "cadenassée" par des militants favorables aux réserves de substitution en eau.
Les faits d'intimidation sont-ils en train de se banaliser dans le débat public dès qu'il est question d'écologie ? Vendredi 4 septembre, l'association La Boussole saintaise, à Saintes (Charente-Maritime), a dû reporter un débat sur les réserves de substitution en eau en raison de "menaces". La veille, lors du procès à Auch (Gers) de Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale (CR), poursuivi pour avoir déclaré qu'il fallait "faire la peau" des écologistes, les plaignants (des écologistes et des membres de la Confédération paysanne) ont, selon l'AFP présente sur place, "fait leur entrée dans le tribunal sous des huées, des jets d'œufs et de pétards". À leur sortie, ils ont "de nouveau essuyé des lâchers d'œufs pourris".
Insultes et intimidations
Parmi les personnes ciblées à l'entrée et à la sortie du tribunal d'Auch, se trouvait le député de la Charente-Maritime, Benoît Biteau. Il estime que les évènements de jeudi à Auch et de vendredi à Saintes, "c'est le même sujet" : "On est dans une République où ceux qui crient le plus fort ont le dernier mot". Il renchérit et estime que "l'on est dans une période extrêmement stratégique où ceux qui ne veulent rien changer font la loi, au détriment de ceux qui font de la pédagogie. Les pouvoirs publics ne permettent pas à ceux qui veulent faire de la pédagogie de le faire ; on n'est pas protégés."
"Dans quel pays, dans quelle démocratie, dans quelle République, peut-on accepter que des plaignants ne puissent pas se rendre librement au tribunal, à une audience à leur demande", s'interroge Benoît Biteau qui rappelle qu'avec les autres plaignants, ils ont essuyé "des jets d'œufs, de pierres et de bouteilles d'eau".
Dans une publication sur les réseaux sociaux, Marine Tondelier, présidente d'Europe écologie Les Verts (EELV), ajoute qu'au procès de Bertrand Venteau, "sans intervention de la police, des militants de la Coordination rurale ont proféré à [l'] encontre [de Benoit Biteau et de Christine Arrighi (députée de la Haute-Garonne, NDLR)] des menaces de mort que l'on peut entendre clairement sur les vidéos de plusieurs médias : "Je te crèverai, je sais où t'habites !"" Elle ajoute que "Benoît a été qualifié "d'enculé" et Christine de "salope", des insultes homophobes".
La leader des Ecologistes estime que "se rendre dans un tribunal ne devrait pas être un acte de courage, mais face à l'impunité dont bénéficie la Coordination rurale, c'est malheureusement la réalité".
Confronté à ce type de climat, que les associations écologistes qualifient "d'intimidation", le président du tribunal d'Auch a pris la parole, jeudi à l'audience. "Personne ne doit se présenter à un tribunal sous les sifflets et les quolibets. Ce n'est pas digne d'un combat politique et syndical !", a-t-il tonné, indique l'AFP.
Des perturbateurs
Le lendemain, à Saintes, le café associatif, La Boussole saintaise, s'est résigné à reporter une conférence-débat sur les réserves de substitution en eau, les fameuses bassines, après que la rumeur a enflé "sur l'éventualité d'une intervention de plusieurs agriculteurs pro-bassines", indique l'association.
Jointe par téléphone, la présidente de La Boussole saintaise, Elise Duret, indique que la menace a ensuite été confirmée par les Renseignements territoriaux. "Sur le coup, on a eu peur, car il y avait des enfants et des personnes âgées, donc on n’était pas tranquilles", explique-t-elle. À 14h, l'association annonce le report de l'évènement dans lequel Julien Le Guet, porte-parole de Bassines Non Merci, devait s'exprimer.
Malgré le report, un groupe de "25 personnes", "des agriculteurs ne se revendiquant d'aucun syndicat", s'est rassemblé devant les locaux de l'association, rue Lacurie à Saintes, "effrayant les personnes présentes au café". L'association explique que "les agriculteurs sont restés près d'une heure et demie, formant un mur humain inamical à l'extérieur du portail". Puis, détaille-t-elle, les menaces ont fusé. "L'un d'entre eux nous [a] mena[cés] clairement : "Si vous faites venir Julien Le Guet, nous descendrons cette fois-ci à 200 faire le ménage".
Elise Duret "se doutait qu’on aurait des perturbateurs, mais pas à ce niveau-là". Elle estime que le "débat public devient de plus en plus compliqué. On le voit dès qu’on émet une position sur les réseaux sociaux, c’est tout de suite extrêmement contesté".
Ne pas se laisser impressionner
À la demande de l'association, la police nationale est intervenue "très rapidement" et a engagé le dialogue avec les manifestants. Un véhicule de police est ensuite resté stationné à proximité du café. Mais, lorsque les membres de l'association ont voulu quitter les lieux, ils ont trouvé la grille de leur parking "cadenassée", "des jets de clous dans le parking" et "la boîte aux lettres [bombée] de mousse expansive". "Quand on s’est aperçus qu'on était renfermés, qu'on ne pouvait plus sortir, la police nous a dit qu’elle n’avait rien vu", lâche la présidente, dépitée. Les membres de l'association ont dû appeler à plusieurs reprises "pour qu’ils viennent nous libérer". Finalement, les bénévoles ont fait appel à une personne extérieure qui, à l'aide d'une meuleuse, a sectionné l'antivol qui avait été placé sur leur grille.
En ce début de semaine, La Boussole Saintaise restait encore choquée par la tournure des évènements de vendredi. Elle rappelle qu'elle restera "déterminée à ne pas se laisser impressionner" et qu'elle déposera plainte prochainement. Le café associatif entend ainsi poursuivre son travail destiné à "favoriser le lien social et les échanges de proximité" en accueillant "les visiteurs souhaitant échanger, se réunir ou participer aux événements".
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