"L'acte de soigner prend tout son sens" : à 46 ans, elle reprend ses études pour devenir médecin dans sa commune

C'est un parcours hors normes : face au manque de médecin dans sa commune de Creuse, Sophie Noguet, habitante du plateau de Millevaches, a décidé de commencer des études de médecine à 46 ans. Cette ancienne prof de SVT et d'arts plastiques est aujourd'hui en 6e année et son parcours impressionne.

"Parfait, le souffle est régulier !" Stéthoscope sur la poitrine, c’est une étudiante de 6e année de médecine pas comme les autres qui contrôle la respiration de François, 92 ans, patient du service de gériatrie du CHU de Limoges.

À 46 ans, Sophie Noguet a décidé de commencer des études de médecine pour pallier le manque de praticien dans sa commune de Faux-la-Montagne, sur le plateau de Millevaches.

Sophie Noguet effectue des stages au sein du service de gériatrie du CHU de Limoges • © Julien Privat - France 3 Limousin - France Télévisions

Pour cette ancienne professeure de Sciences et vie de la terre (SVT) et d'arts plastiques, l’histoire commence par hasard en 1998, lors d’un festival culturel Les rencontres de la porte basse, organisé avec une bande de copains à Chamberet (Corrèze).

Une vie de village solidaire

"Moi, je ne connaissais pas du tout le Limousin, raconte cette Falloise de cœur. Il y a un certain nombre de personnes de l'association qui ont fini par s'y installer, à Faux ou à Royère-de-Vassivière. Je venais tous les étés, après la fin du festival. Et au bout d'un moment, je me suis dit que c'était trop bien et qu’il fallait que je m'installe ici. Tout le monde me connaît parce que je venais tous les étés et puis c'est un petit village quand même. On se connaît bien tous. Il y a beaucoup de solidarité. Chaque habitant a envie de participer à la vie du village."

Elle quitte alors Toulouse pour enseigner à quelques kilomètres, à Bourganeuf.

Fondé il y a un peu plus de dix ans sur le plateau de Millevaches, le réseau de soignants MilleSoins attire des professionnels de santé. • © Julien Privat - France 3 Limousin - France Télévisions

Confrontée à la désertification médicale du territoire, elle se forge un nouvel objectif : devenir médecin du village.
"Au départ, je me disais que je ferais peut-être médecine générale, mais avec une spécialisation, gynéco - obstétrique. Mais le médecin arrivé dernièrement a déjà cette spécialisation. J’ai demandé leur avis aux habitants. Ils m’ont tous dit psychiatrie."

Retour sur les bancs de la fac'

Sophie s’inscrit en première année à la faculté de médecine de Limoges. Elle aime apprendre, et pour son premier jour, elle découvre un nouvel univers… "Une petite anecdote : je ne savais pas où était l'amphi, c'était le premier jour de la première année. La secrétaire m'indique l'amphi, je m'installe et elle rentre. Elle descend toute l'allée de cet immense amphi, en me fixant les yeux, elle monte sur l'estrade, prend un micro et dit que les parents qui accompagnent leurs enfants doivent quitter l'amphithéâtre. C'était assez drôle. Moi, j’ai dit, bah non, je reste", raconte Sophie en riant.

Elle doit demander un prêt étudiant à la banque, s’engager à s’installer en zone rurale pour obtenir des aides.

Aujourd’hui, elle est en 6e année, et son parcours impressionne. "Sophie nous fait du bien parce que les études de médecine, ce sont des études longues, ce sont des études difficiles, affirme le Pr Pierre-Yves Robert, doyen de la faculté de médecine de Limoges. On a des étudiants qui finalement se disent, mais qu'est-ce que je fais là ? Je suis bien à ma place ? Sophie, elle, elle sait exactement ce qu'elle veut faire, pourquoi elle est là et quel est son projet. Cela apporte une diversité à nos étudiants."

La désertification médicale frappe de nombreuses communes, qu'elles soient rurales ou urbaines. • © Julien Privat - France 3 Limousin - France Télévisions

Sophie quitte régulièrement sa tenue d’étudiante lors de ses nombreux stages à l’hôpital, comme au service de gériatrie du CHU de Limoges.

"Le premier examen clinique, c'était au début de ma troisième année, au premier stage. Cela a été une révélation, se souvient Sophie, émue. J’avais l’impression d’être faite pour cela. J'étais avec un autre étudiant qui n'a pas du tout aimé toucher le patient, la personne, alors que moi, j'avais trouvé ça super. C'est vraiment quelque chose, toucher le corps d'une personne. On ne le fait pas, en fait, à part avec les intimes. Et là, vraiment, le fait de toucher la personne, c’est là où je pense que l'acte de soigner prend tout son sens."

Quand elle est auprès du patient, elle sait s'y prendre, elle sait montrer de la douceur. Elle est dans la prise en charge globale, la réassurance, ce qui est très important dans un service comme le nôtre.

Dr Cécile Laubarie-Mouret

Médecin gériatre au CHU de Limoges

L’étudiante peut paraître plus expérimentée qu’elle ne l’est vraiment, mais cela ne perturbe pas ses futurs collègues : "C'est plutôt agréable de travailler avec quelqu'un qui a de l'expérience, même une expérience qui n'est pas forcément de l'expérience médicale, confie le Dr Cécile Laubarie-Mouret, médecin gériatre au CHU de Limoges. C'est une autre approche de la vie en général, donc ça nous apporte beaucoup, comme nous, on lui apporte notre expertise médicale gériatrique. Quand elle est auprès du patient, elle sait s'y prendre, elle sait montrer de la douceur. Elle est dans la prise en charge globale, la réassurance, ce qui est très important dans un service comme le notre."

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Journal 12/13 du 24 février 2026 • ©François Clapeau - France 3 Limousin - France Télévisions

D’ailleurs, en lien avec le CHU, c’est bien sur le plateau de Millevaches que Sophie va exercer.

Au sein d’une équipe de soignants engagés sur plusieurs communes. Un travail collectif qui fait sens, souligne le docteur Juliette Dufour, médecin généraliste à Faux-la-Montagne et Peyrelevade : "Nous sommes quatre médecins installés sur ce territoire, répartis sur cinq villages différents, donc c'est quand même assez bien pour une zone rurale comme celle ici. Mais il y a eu des départs à la retraite qui n'ont pas été remplacés et puis la population vieillit, les gens ont de plus en plus de pathologies chroniques qui demandent beaucoup de temps, donc c'est sûr qu'il y a vraiment besoin de renfort."

Le chemin est encore long avant l’installation de Sophie Noguet : encore quatre années d’internat. Pour une vie différente avec les mêmes convictions : les zones rurales sont attractives, et les rêves accessibles.

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