"On me dit que je suis un incapable" : entre incivilités et lourdeur administrative, pourquoi ces maires ne se présenteront pas en 2026

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Dans les petites communes rurales, seuls 37 % des maires souhaitent se représenter aux élections de 2026. Nous sommes allés dans la communauté de communes de Dun-le-Palestel, en Creuse, pour essayer de comprendre pourquoi dix maires sur dix-sept ne souhaitent pas briguer un nouveau mandat.

Cela fait exactement trente ans que la petite commune de Bazelat, en Creuse, a le même maire : Patrice Piarraud y est élu depuis 1995. Quelques mois avant les prochaines élections, il se résigne à expliquer aux 230 habitants pourquoi il ne repartira pas pour un nouveau mandat en 2026, évoquant des raisons personnelles et une lassitude de la profession.

"Dès que quelque chose ne va pas, on me dit que je suis un incapable, j'ai souvent entendu que j'étais un con aussi, déplore l'édile avant de nuancer : Mais ce n'est pas dit par des anciens qui sont nés sur la commune. C'est surtout des nouveaux arrivants."

Maire de Bazenat depuis 1995, Patrice Piarraud ne souhaite pas se représenter en 2026. © France Télévisions

Après la crise du Covid, des citadins sont venus s’installer à la campagne, et depuis, les petites incivilités du quotidien se seraient multipliées. Patrice Piarraud évoque par exemple de nombreux vols de fleurs, après les enterrements. "Le soir même, certains viennent prendre des plantes et des fleurs sur des coupes. Avant, ça n'existait jamais", précise-t-il, la mine dépitée.

Des conflits avec les néoruraux

Selon ce maire aux multiples mandats, les troubles de voisinages prendraient environ 80 % de son temps d'élu. Pour Claire Znija, habitante de Bazelat, l'explication serait toute trouvée : les habitudes des nouveaux arrivants seraient bien différentes de celles des ruraux. Ses propos sont ciselés, mais envoyés sans une once de méchanceté, ni d'aigreur : "Ils emmènent la mentalité qu'il y a en ville, l'individualisme, à la campagne. Ils veulent apporter leurs principes, leurs modes de vie, leurs idées, qui sont parfois bonnes, mais ils ne s'adaptent pas à la région où ils vont."

Ils (les néoruraux) ne respectent pas le mode de vie, de la région, des gens qui y sont depuis des générations.

Claire Znija

Habitante de Bazelat.

À quelques kilomètres de là, dans le village de Saint-Sébastien, Patricia Audoux ne repartira pas non plus pour un second mandat. Elle rencontre les mêmes problématiques que son collègue du village d’à côté. Elle est désabusée, tout comme son adjoint Marc Lascaux. Ce dernier a la voix remplie d'amertume :"Il faut consacrer beaucoup de temps à des choses qui n'ont pas beaucoup de valeur ajoutée, et qui ne correspondent pas aux valeurs que la maire peut avoir".

La lourdeur administrative pointée du doigt

Pleine d’idées quand elle a été élue il y a cinq ans, Patricia Audoux a été freinée en plein élan par les contraintes administratives, qui ont retardé ses projets. "Je travaille dans le privé, et les choses me paraissent plus simples. Quand on est nouvelle élue, cela prend beaucoup de temps de mettre en place un projet. On avance, on recule, on stagne, puis on l'arrête et il faut le garder pour l'année prochaine. Sauf que l'année d'après, on ne sait pas s'il fera toujours partie des besoins prioritaires. C'est épuisant", souffle l'élue.

La Maire de Saint-Sébastien (Creuse), Patricia Audoux, et son adjoint Marc Lascaux. © France Télévisions

Les difficultés avec les services de l’Etat font aussi partie du quotidien du président de la communauté de communes du pays Dunois. Laurent Daulny dresse la liste de tous les acteurs qui peuvent, selon ses dires, représenter un frein : "les architectes des bâtiments de France, la direction départementale des territoires lors de l'élaboration du Plan local d'urbanisme. Je pense aussi à la DRAC et la DREAL qui viennent compliquer les choses lorsqu'on demande des projets." De quoi susciter son exaspération.

Le préfet comme unique interlocuteur

Toutes ces remarques, le gouvernement les a entendues. Voilà pourquoi, en septembre 2025, un décret est entré en application, faisant du préfet l’interlocuteur unique des maires. Françoise Gatel, nouvelle ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation, nous explique le principe :"Le préfet devient le chef d'orchestre de tous les services de l'État. Le préfet ou le sous-préfet, aura pour mission de faciliter la vie du maire", résume celle qui porte également la casquette de conseillère municipale de Châteaugiron, en Ille-et-Vilaine.

Françoise Gatel, ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation. © France Télévisions

Plutôt que d'imposer des interdictions ou des obligations, le préfet devra aider le maire à trouver des solutions.

Françoise Gatel

Ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation

La ministre pointe également du doigt des "violences verbales ou physiques" qui sont dirigées vers les élus et parfois contre leurs familles. "Les maires qui s'engagent pour servir, et 80% sont bénévoles, déposent leurs bagages un peu fatigués", s'attriste Françoise Gatel.

Avec ce nouveau système, le bureau du préfet pourrait devenir un goulot d'étranglement administratif où les petits dossiers à arbitrer vont s'entasser. Surtout en Limousin où 82% des communes comportent moins de 1 000 habitants.

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