Les assistants familiaux dénoncent un manque de moyen et des relais insuffisants pour accueillir les enfants comme il se doit. Dans le Lot-et-Garonne ils sont à bout et se mobilisent. Le reflet d'une profession qui peine à attirer de nouveaux candidats au métier d'assistant familial.
On en parle peu et à vrai dire on ne connaît pas les contours de leur charge. A Agen, dans le Lot-et-Garonne ils sont peu nombreux à se mobiliser mais ils sont déterminés à faire entendre leurs voix, ils dénoncent une profession à bout.
Chacun d'entre eux a la charge de plusieurs mineurs, jusqu'à quatre par assistant familial. Il peut s'agir de nouveau-nés, de jeunes enfants ou de grands adolescents. Parfois même, tous les âges en même temps. Car lorsqu'un enfant est en danger, le juge des enfants peut décider de le placer en dehors de son milieu familial pour le protéger. Il peut être accueilli dans un foyer ou en famille d'accueil.
Une responsabilité 7/7, 24/24
Ils dénoncent des conditions d'accueil et de travail de plus en plus difficiles. Avant tout, ils réclament de pouvoir souffler un peu de temps en temps. "Le manque de repos", c'est ce qui leur vient en premier à la bouche, comme l'explique Sylvia Aubier, déléguée du personnel dans une des associations qui emploient des assistants familiaux.
C'est un métier où on n'a pas du tout de repos, pas de week-end, pas de jour férié,... Rien du tout !
Sylvia AubierDéléguée du personnel (CFDT) à l'association "La Sauvegarde"
Gaëlle Guillot, également déléguée dans la même association, vit elle aussi au quotidien ce manque de relais et de pause dans leur mission. Elle le rappelle, ils accueillent "des enfants avec des pathologies lourdes, au sein de (leur) famille", au détriment parfois de l'équilibre familial et de leur vie sociale. C'est pourquoi le repos est une donnée essentielle pour accompagner au mieux ces enfants. Et la déléguée de préciser que la profession n'est pas assez attractive et que les assistants actuels sont, selon elle, "une population vieillissante". "On a des problèmes de santé...On n'arrive plus à faire face", déplore-t-elle.
Une revendication criante pour la plupart de ces travailleurs engagés. "On ne demande pas beaucoup, au moins un week-end par mois", estime de son côté Séverine Boisseau, une autre assistante familiale. "On est le seul métier où on n'a pas de jour de repos dans la semaine ! C'est épuisant. On les a H24. La plupart des enfants qu'on accompagne n'ont pas de droit de visite chez les parents… Jamais".
Pour faire face aux enfants dans de bonnes conditions, physiques et morales, il nous faut du repos. C'est obligatoire.
Gaëlle GuillotDéléguée du Personnel (CFDT) à l'association "La Sauvegarde"
Il faut dire que la difficulté grandissante vient aussi du fait qu'ils accueillent de plus en plus d'enfants ou de jeunes "traumatisés", "abîmés", parfois même "handicapés" et qu'ils n'ont pas toujours les ressources, pour les accompagner au mieux. Ces assistants familiaux en colère disent assumer ce rôle difficile depuis des années. Manque de moyens, de repos mais aussi de reconnaissance, pour eux, la coupe est pleine. Cette responsabilité sur ces enfants placés chez eux, ils la vivent de façon permanente, sept jours sur sept, auprès d'enfants parfois en grande difficulté.
"16 euros par jour, c'est inadmissible !"
Autre difficulté dénoncée par les contestataires, celle des moyens alloués qui, bien souvent, sont insuffisants. Quand il s'agit d'adolescents, 16 euros par jour et par enfant leur sont versés. "Avec l'inflation et quand vous savez ce que demande un enfant aujourd'hui…, énumère Gaëlle Guillot, entre le petit déjeuner, le repas du midi, le goûter et le soir, plus les lessives et les produits d'hygiène". Sans compter les enfants qui "compensent" leur manque affectif avec l'alimentation, rappellent les assistants familiaux mobilisés.
Des dépenses auxquelles il faut encore ajouter le coût de la cantine, les frais kilométriques pour les accompagner à l'école mais aussi les frais médicaux ou psychosociaux. Tous expliquent piocher dans leurs revenus pour compenser. "On trouve inadmissible de devoir prendre en charge les enfants avec notre salaire", clame l'un d'entre eux qui ne manque pas de rappeler que la responsabilité incombe au département.
Romain Le franc a décidé, pour sa part, de ne plus se taire. "Ça fait 13 ans que je fais ce métier, on n'a jamais touché le fond comme ça !", fait-il valoir. Les mots sont forts et contrastent avec le calme et la douceur de sa voix. "Les indemnités journalières sont ridicules, on doit payer avec nos salaires", souffle-t-il. L'homme est écœuré par l'absurdité d'un système où "des parents touchent plus de 3000 euros d'allocations familiales en ayant leurs enfants tous placés… Et qui ne participent à rien !".
On doit se taire et ce n'est plus possible !
Romain Le FrancAssistant familial
Et l'assistant familial de décrire aussi un contexte, un encadrement auprès duquel il est difficile de se faire entendre. "On arrive à un point où on en a marre ! On est fatigués. Et si on a le malheur d'ouvrir nos bouches en réunion, on est convoqués.", clame-t-il.
Les assistants familiaux du Lot-et-Garonne sont employés soit par le département, soit par des associations. Romain Le Franc assure que beaucoup ne sont pas venus manifester par crainte de perdre leur emploi. "Moi je n'ai pas peur, assure-t-il presque désabusé, s'ils veulent me licencier, tant pis, ça me fera un peu de vacances. Ça aussi, on ne sait pas ce que c'est", conclut-il.
Une profession en péril ?
Amandine Irague, la directrice du pôle enfance et famille du département, confirme qu'il "y a de plus en plus de difficultés à recruter des profils, on est sur une pénurie de salariés". Pour autant, elle assure que le statut d'assistant familial est en plein changement. Une démarche a été entamée au niveau national et devrait porter ses fruits en 2026. Le tout avec des objectifs comme celui de "faciliter les conditions, éviter l'isolement de ce métier, faire valoir que l'assistant familial est un travailleur social et, à ce titre, il doit intégrer des instances pluridisciplinaires, avoir des temps de réunions partagées, des temps de régulation, au même titre que les autres".
"Nous avons 150 agents assistants familiaux. Il y a des difficultés au niveau ressources humaines, mais on essaie, avec nos collaborateurs, de soutenir ce cadre d'exercice et mieux accompagner la prise de poste de nos agents pour fidéliser ces métiers-là parce qu'ils nous sont indispensables dans l'accompagnement des enfants protégés", souligne-t-elle.
Dans le département du Lot-et-Garonne, 1300 enfants sont confiés à 150 agents assistants familiaux. Parmi eux, 600 enfants sont dans des familles d'accueil, chez des agents du département ou chez des salariés d'associations. Soit plus de la moitié, bien plus que la moyenne nationale qui est autour de 36%. C'est "une volonté politique de nos élus d'aller sur des accompagnements de qualité qui répondent aux besoins fondamentaux des enfants, en l'occurrence des moins de 10 ans", précise Amandine Irague.
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