"On est traité comme des criminels" : refus de vacciner et craintes d'effets secondaires, ces éleveurs sont dans l'impasse face à la dermatose nodulaire

Alors que l'immense majorité des troupeaux de bovins est désormais vaccinée, l'État n'a pas infléchi sa position sur la dermatose nodulaire. Au Pays basque, les éleveurs qui s'y sont opposés risquent toujours des sanctions, tandis que certains songent à refuser une deuxième campagne vaccinale à cause des effets secondaires.

Derrière le calme apparent des terres verdoyantes du Pays basque, l'épizootie de dermatose nodulaire contagieuse des bovins (DNC) semble déjà loin. Après une multiplication des foyers à l'été 2025, particulièrement autour de la Savoie, la propagation de la maladie a fortement ralenti sous l'effet des abattages préventifs et de la vaccination obligatoire. Selon le ministère de l'agriculture, aucun nouveau foyer n'a été détecté en France depuis le 2 janvier.

Des mesures qui passent mal

Pourtant, les mesures sanitaires n'ont que très peu évolué. Elles ne semblent plus d'actualité, disproportionnées pour la majorité des éleveurs, qui ont pourtant accepté de jouer le jeu de la vaccination l'hiver dernier. "Nous avons vacciné le 29 décembre, les vaches étaient déjà toutes inséminées et on avait très peur des effets secondaires, des avortements et compagnie, indique Xabi Harlouchet depuis son exploitation de Basse-Navarre. On a beaucoup hésité, mais dans un souci de collectif, on s’est dit qu'il fallait qu'on le fasse nous aussi."

Xabi Harlouchet a vacciné les 25 vaches de son troupeau fin décembre 2025. © Sarah Karama / France 3 Euskal Herri

L’incendie était allumé, il fallait l'éteindre à toute vitesse.

Xabi Harlouchet

Éleveur à Ahaxe, membre du syndicat ELB

Ce que craignait l'éleveur de vaches montbéliardes, installé avec son frère dans la vallée d'Hergarai, n'a pas tardé à se manifester. "Des cous ont énormément gonflé, et certaines vaches étaient très abattues pendant 10 jours après la vaccination, rejoue-t-il. Cela n’a pas été facile de voir notre troupeau dans cet état tous les matins." De quoi semer encore le plus le doute dans l'esprit de l'agriculteur en cas de deuxième campagne. "On a joué le jeu et fait un gros effort de notre côté, mais l'État ne change rien, regrette-t-il. Dans ces conditions, c'est sûr que je vais me poser la question de savoir s'il faut re-vacciner ou non."

De lourdes sanctions

D'autres, comme Olivier Doyhenard, ont fait le choix de ne pas se plier aux injonctions des services vétérinaires. "La vétérinaire avec qui je travaille m’a appelé trois fois pour que je vaccine mes vaches, mais on n'avait pas assez de preuves et le rapport bénéfices-risques nous a vite semblé défavorable, indique l'éleveur installé à Arbonne.

Au début, je lui ai dit que je doutais, puis j’ai répondu catégoriquement que je ne voulais pas les vacciner.

Olivier Doyhenard

éleveur de vaches laitières à Arbonne (Pyrénées-Atlantiques)

Olivier Doyhenard tombe sous le coup de sanctions pour avoir refusé de vacciner son cheptel. © Sarah Karama / France 3 Euskal Herri

La réponse de l'État ne s'est pas faite attendre. "J'ai reçu une lettre avec toutes les sanctions que j'encourais, notamment une interdiction totale des mouvements de bovins : je ne peux ni acheter, ni vendre un veau ou une vache, ni même les envoyer à l’abattoir, détaille l'éleveur. On me menace aussi d'amendes pénales allant jusqu'à 750 euros par bête non vaccinée, ainsi qu’une autre amende globale de 1500 euros." Sans compter les "pressions" des gendarmes, "qui sont venus quatre fois pour me remettre en mains propres une lettre que j'ai refusée. On est traité comme si on était des criminels, c’est très lourd à porter."

Plus ça va, plus les abattages et la vaccination sont remis en cause, mais les services départementaux s'obstinent.

Olivier Doyhenard

éleveur de vaches laitières à Arbonne (Pyrénées-Atlantiques)

Éleveur biologique depuis 27 ans, Olivier Doyhenard estime déjà faire le nécessaire pour pouvoir se passer de la vaccination. "Je m'efforce d’élever mes vaches en renforçant l’immunité naturelle et avec le souhait de ne jamais avoir besoin de recourir aux antibiotiques ou quelque autre piqûre que ce soit", précise-t-il. Il craint désormais que cette obligation sanitaire mette à mal son modèle économique : "Je vends mes yaourts et fromages à des clients qui sont contents de ma manière de travailler. Si je suis obligé de vacciner, qu'est-ce que je vais leur dire ? Ça me gêne énormément, j'ai l'impression que mon métier d'éleveur n'a aucune valeur avec cette imposition de vaccin."

Une maladie "pas si grave"

Olivier Doyhenard justifie enfin son refus par le fait que la dermatose nodulaire ne serait "pas si grave" pour ses bêtes. "Pour moi c’est clair, il vaut mieux qu’elles aient la dermatose naturellement : il y a à peu près un millième de mortalité, et après c’est une immunité à vie, tranche-t-il. C’est un peu comme la maladie MHE il y a deux ans, on l’a subie mais aujourd'hui on n'en parle plus."

L'immense majorité des bovins des Pyrénées-Atlantiques est aujourd'hui vaccinée contre la dermatose nodulaire contagieuse. © Sarah Karama / France 3 Euskal Herri

Par conséquent, la réponse imposée par l'État ne semble plus justifiée, estime Xabi Harlouchet au nom du syndicat ELB (Euskal Herriko Laborarien Batasuna). "Si on a une vache atteinte, on reste obligé d’abattre tout le troupeau, rappelle-t-il. Aujourd’hui, on n’a pas du tout avancé sur ce sujet-là et on trouve que ce n’est pas normal, surtout pour la DNC qui est une maladie vraiment pas si dangereuse, et surtout qui n’est pas transmissible à l’homme."

Le pic de l'épizootie désormais passé, les éleveurs bovins s'accordent sur un point : "Cela fait plus de deux mois que la plupart des cheptels sont vaccinés et l’immunité vaccinale est largement atteinte sur le département, avance Xabi Harlouchet. On est à 96% d'animaux vaccinés dans 95% des fermes. Scientifiquement, il n'y a plus de raison de s’acharner." En définitive, tous plaident pour un traitement au cas par cas. "Notre métier c'est de soigner les vaches, c'est notre quotidien et on sait le faire, conclut l'éleveur de Basse-Navarre. On veut surtout éviter d'abattre des troupeaux entiers. Un troupeau, c'est toute une vie."

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