À Pau, la maison d’arrêt est confrontée à une surpopulation carcérale, y compris dans le quartier des femmes où les détenues sont cinq par cellule de 20 m². Face aux difficultés liées à la prise en charge de certaines pathologies ou de statuts, la CGT Pénitentiaire dénonce des conditions intolérables.
Un "espace surpeuplé" et de "vives inquiétudes". Comme d’autres maisons d’arrêt en France, celle de Pau connaît une surpopulation carcérale qui inquiète les syndicats. C'est aussi le cas dans le quartier des femmes ou 45 détenues sont actuellement incarcérées selon la CGT pénitentiaire. Amélie Copin est secrétaire locale. À son actif : 17 ans de métier. La surveillante est arrivée dans la cité béarnaise il y a deux ans elle y a depuis, constaté une dégradation des conditions.
Huit matelas disposés au sol
La prison qui date de 1860, doit pousser les murs. Les cellules ne sont pas assez nombreuses ce qui oblige des détenues à dormir sur des matelas posés à même le sol. Huit femmes vivraient actuellement dans ces conditions selon le syndicat. Certaines depuis trois semaines. "Ce n’est pas concevable, explique Amélie Copin. Quand, je mets quelqu'un au sol, parce qu’il n’y a plus de lit, je vous le dis franchement, je ne me sens pas bien".
Un environnement surpeuplé qui rend la gestion du quotidien extrêmement lourde tant pour les personnes incarcérées que pour les personnels. À Pau, on compte cinq femmes par cellule de 20 mètres carrés. "C’est déplorable quand on souhaite mener à bien une mission de réinsertion, ajoute Aymeric Loubens de la CGT pénitentiaire. Là, c’est quasiment impossible avec de telles conditions d’incarcération."
Des cellules encombrées et un mobilier vétuste
Aujourd’hui, entrer dans une cellule devient difficile pour les agents. "C’est compliqué quand on ouvre la porte. Le mobilier est vétuste. C’est forcément encombré ", ajoute Amélie Copin.
Tous les jours, on doit passer beaucoup de temps à discuter pour essayer d’apaiser les tensions. On a un rôle social qui nous dépasse totalement.
Amélie CopinSecrétaire locale CGT pénitentiaire
Une telle promiscuité favorise l’agressivité et complique le travail des personnels pour garantir la sécurité du quartier. "On a quand même de la chance car les filles nous connaissent bien et nous font confiance mais ça n’est pas simple. Dans les cellules, l'entente n'est pas bonne. C’est parfois très tendu avec des bagarres."
"Tous les profils passent chez nous"
Dans ces espaces exigus, cohabitent des femmes aux antécédents psychologiques et criminels variés. "Tous les profils passent chez nous", précise Amélie Copin. La surveillante explique ne plus pouvoir faire correctement son métier. Difficile dans ces conditions de respecter les procédures.
Certaines femmes qui mériteraient d’être isolées au regard de leur situation ne peuvent pas l’être. C’est le cas de cette détenue enceinte. C'est aussi le cas pour celles qui arrivent. Leurs parcours ne peuvent être réalisés correctement. "La fille qui arrive pour la première fois en prison, normalement, pendant 7 jours, on doit l'observer, explique la secrétaire locale de la CGT. Elle est placée dans une cellule spécifique, le temps de s'acclimater. Mais là on n’a même pas de cellule pour les nouvelles !". Résultat, les nouvelles détenues sont immédiatement admises dans les cellules sans aucun travail préparatoire.
La CGT Pénitentiaire appelle les autorités judiciaires à davantage de "discernement" avant d'incarcérer de nouveaux détenus. En attendant, Amélie Copin avoue faire comme elle peut. "Chaque jour est nouveau, on se dépatouille comme on peut, en espérant que tout se passe bien à la fin de la journée ! ".
Toutes les filles qui arriveront là demain dormiront sur le sol.
Amélie Copin,Secrétaire locale CGT pénitentiaire
La future prison de Pau devrait être livrée en 2027. Le prochain centre pénitentiaire comptera 250 places. Un chiffre déjà largement dépassé pour le syndicat. D’ici là, Amélie Copin doit composer avec une réalité difficile.