"C'est un outil qui peut être dissuasif " : les arbitres expérimentent une caméra pour lutter contre la violence dans le foot amateur

La Fédération Française de Football va expérimenter un dispositif pour placer une caméra sur l'arbitre lors de matchs à risques. Une trentaine de districts pilotes lancent cette opération en ce début de saison 2025-2026. La Haute-Garonne où les violences ont été particulièrement nombreuses fait partie de cette expérimentation.

On connaissait déjà les policiers munis d'une caméra pour filmer ce qui se passe. Il y aura désormais les arbitres dans le football amateur pour des matchs à risque. Après une expérimentation pilote menée par le district de l'Ariège l'an dernier, la Fédération Française de Football a décidé d'étendre cette expérimentation à une trentaine de districts dont la Haute-Garonne.

Une violence qui augmente 

Pour que la violence qui sévit sur les stades mais aussi en dehors soit vue et sanctionnée, le district de la Haute-Garonne va bientôt recevoir cinq caméras financées par la FFF.

"Je pense que c'est un outil qui peut être dissuasif mais aussi de prévention." Le président du district de la Haute-Garonne, Jean-Marc Sentein, est convaincu par cette initiative. Chaque week-end, 250 matchs environ sont disputés dont la moitié sans arbitre. Jusqu'en U13 (13 ans) il n'y a pas d'arbitre officiel, la tâche revient à un dirigeant d'un des deux clubs habilité à arbitrer.

Selon l'étude menée par le district, dans ces cas-là, la violence provient aux 2/3 des parents et 1/3 des éducateurs. Lorsqu'il y a un arbitre, le ratio est de 1/3 spectateurs, 1/3 joueurs et 1/3 éducateurs. "Chaque week-end, poursuit Jean-Marc Sentein, des arbitres indiquent s’ils se sont sentis agressés, en danger pendant le match ou pas. À chaque fin de match, partout en France, les arbitres indiquent sur la feuille de match informatisée ce qu'il s'est passé. Tout ça est remonté à la Fédération et en effet, on fait partie du top 3 en France du mauvais ressenti des arbitres sur le terrain."

Pour la Haute-Garonne, voici les derniers bilans

  • 24 signalements en 2022/2023,
  • 49 signalements en 2023/2024,
  • déjà 39 signalements sur cette saison

Même tendance pour les agressions, toujours selon le district 31 :

  • 18 dossiers demandant une instruction (dossiers disciplinaires
    lourds et sanctions graves) en 2022/2023
  • 22 en 2023/2024
  • 28 sur cette saison 

5 caméras pour la saison 2025/2026

Les caméras ne sont pas arrivées mais elles devraient être opérationnelles dès le week-end du 20 septembre. Il y aura cinq arbitres équipés d'une caméra sur le poitrail, sur cinq matchs à risques. Que ce soit des jeunes ou des adultes, les deux clubs ne seront avertis que le jour même.

Les matchs seront identifiés à l'avance, essentiellement ceux où il n'y a qu'un seul arbitre. Jean-Marc Sentein nous détaille les critères. "On regarde s'il y a des enjeux sportifs, on scrute aussi les réseaux sociaux, le match aller si jamais ça s'est mal passé… Une commission de discipline entre deux clubs sur des matchs précédents. Voilà, il y a plein d'indicateurs qui nous font dire que ces matchs-là peuvent être à risque. Et si l'arbitre est seul et pas à trois et sans délégué, c'est principalement sur ce type de match que l'arbitre aura cette caméra devant lui. Il l'actionnera avant le match et l'arrêtera à la fin. Et si tout s'est bien passé, pas de soucis, on efface tout. S'il y a eu des faits importants, ce sera transmis à la commission de discipline et les joueurs ne pourront pas nier."

Du côté des clubs et des parents, cette mesure était attendue, notamment à Colomiers où il y a presque un an, deux éducateurs avaient vu leurs voitures et même la maison pour l'un d'entre eux brûlées par un parent de joueur.

Pour Florian Patry, éducateur à l'US Colomiers, le dispositif peut être dissuasif mais reste limité. "Ça peut les freiner sur le moment, mais est-ce que le match d'après, si l'arbitre n'a pas la caméra est-ce que ça va vraiment changer les comportements, c'est difficile à prévoir."

L'éducateur pointe aussi du doigt le fait que la violence n'est pas focalisée seulement sur l'arbitre et les faits qui se sont passés à Colomiers l'an dernier en attestent. "Pour moi, la posture des enfants qui sont sur le terrain dépend en grande partie de la posture de l'éducateur. Donc ça commence par l'éducateur et pour moi ça fait partie de l'éducation de savoir bien se comporter envers ses adversaires, envers l'arbitre aussi. On a le droit de pas être d'accord avec lui mais après, on n'est pas obligé d'être véhément envers lui ou envers les autres acteurs du jeu."

D'autres incidents graves ont eu lieu également à Roquette ou encore Tournefeuille.

L'exemple de l'Ariège

Certains districts n'ont pas attendu la FFF pour agir. Dès 2018, celui de l'Ariège a réfléchi à cette problématique de la violence et comment tenter de l'endiguer. En 2024, ils ont mis en place ce système de caméra sur l'arbitre à leur propre frais (6 000€ environ).

Plusieurs arbitres ariégeois comme Karim Toureche ont été victimes de violences et d'insultes à caractère raciste le concernant. Pour le président du district de l'Ariège Gérard Gonzalez, il fallait agir. "On se dit amateur, mais aujourd'hui, il faut devenir des pros et enrayer ces incivilités. C'est une première en Ariège, une première en Occitanie mais je pense que demain, il faudra le développer dans toute la France."

Il a été entendu et pour son homologue haut-garonnais Jean-Marc Sentein qui va expérimenter ces caméras, le résultat est probant. "Nous en avons parlé avec Gérard Gonzalez il y a quelques semaines, c'est radical ! À chaque fois qu'il a eu un arbitre avec une caméra, le comportement des joueurs et du banc de touche change de manière incroyable."

Reste à savoir ce qu'en pensent les parents. Lors de l'entraînement des U10 de Colomiers cette semaine, ils étaient unanimes. "C'est beaucoup plus rassurant, c'est une bonne chose surtout quand on sait ce qu'il s'est passé ici à Colomiers, déclare Kheira Tabet mère d'un joueur. Il y a du manque de respect, du manque de distance."

De la distance et du jugement que n'ont pas toujours les géniteurs des futurs Mbappé ou Giroud. "On peut voir des débordements avec certains parents qui sont trop derrière leurs enfants, poursuit Déborah Morère. Ils voudraient en faire des étoiles montantes. À la base, le foot, c'est du loisir. Si après les gamins peuvent réaliser leurs rêves, tant mieux mais la sécurité sur les terrains c'est primordial."

Les caméras peuvent-elles ramener du sourire et de la sportivité ? Réponse cette saison sur les pelouses de Haute-Garonne où poussent parfois de mauvaises herbes.

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