La société française Carmat fabrique un cœur artificiel unique au monde. Malgré des retours d'expérience positifs, la rentabilité financière de l'entreprise n'est pas assurée. Ce 30 juin 2025, elle a annoncé être en cessation des paiements. Un coup dur pour l'équipe médicale du CHU de Montpellier qui participe à l'étude clinique nationale en suivant et surveillant un patient de Béziers équipé de cette technologie de pointe.
Pour les patients équipés d'un cœur artificiel Carmat, l'annonce de la cessation de paiements de l'entreprise est un choc et une angoisse.
Patrick Rey habite Béziers (Hérault), c'est le seul patient du Languedoc et du Roussillon à être équipé de cette prothèse vitale. Il témoigne.
"Grâce à mon cœur artificiel, je suis recordman chez Carmat... 18 mois"
Un bruit lancinant et répétitif rythme le quotidien de Patrick Rey depuis un an et demi.
Ce sont les battements de mon coeur, tout simplement. Enfin, le coeur Carmat qui bat et pompe mon sang 24 heures sur 24.
Patrick Rey, patient équipé d'un coeur artificiel Carmat
Car le cœur de Patrick est artificiel, c’est une prothèse de la société française Carmat. Cette machine peut remplacer complètement le cœur de personnes atteintes d’une insuffisance cardiaque très sévère, en attente d’une greffe. Une technologie contraignante que Patrick a appris à gérer.
"Quand j'ai des activités un peu plus prononcées, la batterie baisse un peu plus vite. Mais en moyenne, l'autonomie tient au moins quatre heures et jusqu'à six heures. J'ai pas la force d'un être humain normal, mais je fais ce que je veux, je sors comme je veux", explique Patrick.
Quand il a bénéficié de ce dispositif innovant, Patrick n’avait plus que trois mois à vivre.
"Ce cœur a prolongé la vie de mon mari, c'est certain", se félicite Annie, la femme de Patrick. Mais l'annonce de la cessation de paiements de Carmat leur a causé un choc : "C'est un drôle de coup au moral", avoue Patrick.
Le CHU de Montpellier en pointe
Patrick fait partie d’une étude clinique nationale, coordonnée par le professeur Philippe Gaudard du CHU de Montpellier, afin d’évaluer ce cœur artificiel et d'accélérer son déploiement en Europe et aux Etats-Unis. L’annonce des difficultés financières de la société Carmat a choqué tout le monde.
On ne peut pas s'arrêter là après tous ces efforts. Les autres produits au monde qui pourraient remplir cette fonction sont en cours de développement et ils ne sont pas comparables au coeur artificiel de Carmat. Si l'expérience s'arrête là, c'est un gâchis total.
Philippe Gaudard, chef du pôle cœur-poumons au CHU de Montpellier et investigateur principal Eficas
Carmat a lancé un appel à l’aide auprès des pouvoirs publics et de mécènes potentiels. Le suivi des patients déjà équipés, comme Patrick, devrait se poursuivre. Mais plus personne ne pourrait bénéficier de ce cœur artificiel unique au monde.
Carmat en cessation de paiements
Ex-symbole de l'innovation médicale, le fabricant français d'un cœur artificiel, Carmat, a annoncé ce lundi être en cessation des paiements, à court d'argent faute de n'avoir pu rassembler des fonds pour payer ses créanciers.
L'entreprise, qui avait alerté, il y a dix jours avoir un besoin urgent de se refinancer avant le 30 juin, va "solliciter l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire auprès du Tribunal des Affaires Economiques de Versailles", selon un communiqué.
Dans l'attente de la décision du tribunal, qui devrait intervenir dans les tout prochains jours, la cotation de l'action Carmat a été suspendue. Le cours de l'action évoluait dernièrement autour de 30 centimes, alors qu'il dépassait 100 euros voici une dizaine d'années.
Créée en 2008 et entrée en Bourse en 2010, la société avait expliqué devoir rassembler au moins 3,5 millions d'euros d'ici au 30 juin, ainsi qu'environ 20 millions d'euros d'ici la fin de l'année. Elle avait lancé le 20 juin une campagne de dons pour assurer la poursuite de ses activités.
Son directeur général, Stéphane Piat, avait tenté dans un dernier élan la semaine dernière de mobiliser les investisseurs et même l'Elysée, pointant la difficulté d'accès aux capitaux pour financer l'innovation en France et évoquant le "crève-cœur" de voir possiblement disparaître une technologie française "iconique".
Il estimait que Carmat était sur "une rampe de lancement" après 42 implantations réalisées en 2024, un chiffre d'affaires de 7 millions l'an dernier et une rentabilité attendue d'ici "quatre à cinq ans". Mais après 30 ans de recherche, 550 millions d'investissements et 122 patients traités avec son cœur artificiel temporaire, inventé par le professeur Alain Carpentier, Carmat "n'est pas parvenue à ce stade à sécuriser un tel complément de trésorerie ni de nouveaux financements".
L'entreprise qui compte 180 collaborateurs entre son siège de Vélizy-Villacoublay et son site de production à Bois-d'Arcy, dans les Yvelines, continue d'explorer toutes les options qui permettraient la poursuite de ses activités.
L'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire constituerait, selon elle, "le cadre le plus approprié pour faciliter cette poursuite".
Rachat ou partenariat, deux recherches de solutions
Pour la suite, les deux options les plus plausibles sont "le rachat par un industriel du secteur ou un partenaire financier robuste qui viendrait soutenir les actionnaires historiques de Carmat jusqu'à atteindre la rentabilité", estime Mohamed Kaabouni, analyste du courtier Portzamparc.
"Au regard du caractère stratégique de la technologie, l'intervention de l'État français n'est pas à exclure mais cela semble peu probable", souligne-t-il dans une note.