La cour d'appel de Montpellier a examiné jeudi 12 mars 2026 le recours de la famille de Mohamed Gabsi, mort en 2020 après une arrestation de police à Béziers, pour faire reconnaître les faits comme "violence volontaire". De nouveaux enregistrements ont été diffusés pendant l'audience, qui s'est tenue à huis-clos. Le délibéré sera rendu le 7 mai.
L'affaire s'éternise, mais l'émotion ne dégrossit pas. Près de six ans après la mort de Mohamed Gabsi, survenue le 8 avril 2020 à la suite de son interpellation par trois policiers municipaux de Béziers, les proches de la victime continuent de se battre pour faire reconnaître les faits comme "violence volontaire".
Jeudi 12 mars 2026, la chambre de l’instruction de Montpellier examinait le recours en appel de la famille Gabsi, qui s'oppose à l'ordonnance d'un juge d'instruction qui, début juillet 2025, renvoyait l’un des policiers devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire plutôt qu’aux assises pour coups mortels.
Mort après une interpellation
Les faits remontent à la crise sanitaire de 2020. Un couvre-feu est alors en vigueur de 21 heures à 5 heures. Le 8 avril, Mohamed Gabsi, âgé de 33 ans, déambule dans les rue de Béziers. Il est 22 heures passées.
Trois policiers municipaux en patrouille décident alors d'interpeller Mohamed, déjà connu des services de police. L'homme est visiblement agité et doit être neutralisé par les agents qui appellent du renfort.
Selon plusieurs témoins, l'interpellation est musclée. Sur des vidéos amateurs, on entend Mohamed Gabsi crier à l'aide. "Ferme ta gueule, je vais te faire dormir", lui rétorque l'un des policiers.
Finalement maîtrisé, l'homme est embarqué à plat ventre dans le véhicule de police. Le trajet dure huit minutes, au lieu des deux en théorie nécessaires pour rejoindre le commissariat. Selon la version des policiers, l'un des agents se serait "assis" sur la victime lors du transport pour maintenir Mohamed Gabsi au sol.
Arrivé vers 22 h 30 au commissariat, l'homme est inconscient et sans pouls. Malgré des tentatives de réanimation, son décès est constaté près d'une heure plus tard.
"Violence volontaire" ou "homicide involontaire" ?
Trois jours après le drame, le 11 avril 2020, une information judiciaire est ouverte par le parquet de Béziers pour "violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions ou de sa mission".
Ce motif vise Guillaume L., le policier s'étant "assis" sur la victime. Les deux autres agents, Jason A. et Sébastien F., sont quant à eux mis en cause pour "non-assistance à personne en péril".
Mais cinq ans plus tard, début juillet 2025, les faits sont requalifiés d'"homicide involontaire" par le juge d'instruction. Il prononce alors également un non-lieu pour Jason A. et Sébastien F.
Me Jean-Marc Darrigade, qui défend les intérêts de la famille de Mohamed Gabsi, a fait appel de l’ordonnance de renvoi. Prévue le initialement pour le 12 février, elle a été renvoyée au 12 mars 2026.
Des enregistrements "choquants"
Jeudi 12 mars justement, à la sortie du tribunal, Me Jean-Marc Darrigade est apparu, visage fermé. "Sans surprise, le parquet général a soutenu la confirmation de l'ordonnance. Sans surprise, on s'y est opposé. Et sans surprise non plus, la défense a réclamé la confirmation de l'ordonnance qui est à leur avantage", a-t-il relaté au micro de France 3.
Pendant l'audience, qui s'est tenue à huis-clos, “le portrait qui a été dressé de Mohamed Gabsi était particulièrement odieux”, a raconté de son côté Me Mikael d'Alimonte, qui représente l'ex-conjointe et les enfants de la victime, également constitués partie civile.
Des enregistrements audio d'une discussion entre les policiers, qui s'est tenue juste après le décès de Mohamed, ont été diffusés. La sœur de la victime, Houda Gabsi, les entendait pour la première fois. Elle a quitté précipitamment l'audience à leur écoute. "[J'étais] choquée, je tremblais", a-t-elle confié, visiblement émue. "Je ne comprends pas comment on peut dire ce genre de choses sur quelqu'un qui vient juste de mourir", a-t-elle commenté. Sans dévoiler la nature exacte des propos, elle les qualifiait seulement de "méchancetés".
"Justice pour Mohamed"
Le comité "Justice pour Mohamed" était également présent pour réaffirmer sa solidarité avec la famille. Ses membres se battent depuis 2020 pour "faire éclater la vérité". Selon eux, Mohamed Gabsi, un homme racisé, atteint de schizophrénie et en proie à des addictions, a été victime d'une grave discrimination.
Pour la famille, le combat doit continuer dans les tribunaux. "Je crois malgré tout du fond du cœur à ma justice, j'y crois viscéralement", a martelé Houda Gabsi. "Je ne me bats pas que pour Mohamed, je me bats pour tous ces jeunes qui sont dans la rue."
Bien sûr qu'on aime notre police et notre pays, mais des policiers qui font bien leur travail.
Houda Gabsi, soeur de Mohamed Gabsi
La décision a été mise au délibéré au 7 mai.