Le statut du loup évolue depuis plusieurs mois. Ces changements ont été actés par son déclassement au niveau européen, d'espèce "strictement protégée" à "protégée". En France, les conditions de tirs de défense contre les canidés prédateurs vont être simplifiées. Le dispositif actuel d'autorisation administrative préalable pourrait être remplacé par une simple déclaration en 2026.
Les estimations chiffrées du nombre moyen de loups en France sont d'environ 1 000 bêtes en 2024, soit le double de l'effectif recensé en 2016. Et en 2025, 192 "prélèvements" ou abattages ont été autorisés pour juguler les attaques contre les troupeaux.
Le soutien aux éleveurs dans les Pyrénées
Mardi 23 septembre 2025, la préfecture des Pyrénées-Orientales a autorisé des tirs contre le loup pour la sécurité des troupeaux. Une demande d'éleveurs catalans se plaignant de plusieurs pertes d'animaux ces dernières semaines.
"Le groupement pastoral de Dorres, en Cerdagne, m'a signalé à plusieurs reprises des actes de prédation contre son troupeau" explique le préfet.
Je viens d'autoriser ce groupement pastoral à réaliser des tirs de défense simple en vue de la défense du troupeau contre la prédation du loup. Les opérations de tir seront réalisées par des personnes spécialement habilitées, et préalablement formées par l'Office français de la biodiversité.
Pierre Régnault de la Mothe, préfet des Pyrénées-Orientales
#Agriculture 🐑 Soutien aux éleveurs / Défense contre la prédation du #loup
— Préfet des Pyrénées-Orientales (@Prefet66) September 23, 2025
"Le groupement pastoral de Dorres, en Cerdagne, m'a signalé à plusieurs reprises des actes de prédation contre son troupeau.
Sur sa demande, je viens d'autoriser ce groupement pastoral à réaliser des… pic.twitter.com/s8X1IqrQO5
Des tirs sans demande préalable d'autorisation
Le déclassement du loup par l'Europe change aussi le statut de l'animal en France et sa gestion.
L'État a annoncé le 23 septembre 2025 qu'il va permettre, dès 2026, aux éleveurs titulaires d'un permis de chasse de tuer des loups sans autorisation préalable, obligatoire jusqu'alors, mais toujours uniquement en cas d'attaque de leurs troupeaux.
Cette annonce a suscité la colère des défenseurs de la faune sauvage qui dénoncent une "chasse aux loups tous azimuts".
La France est à genoux devant la FNSEA et les chasseurs qui veulent éradiquer les loups. Avec ces nouvelles mesures, plus besoin de justifier d'un danger, d'une menace, d'une attaque et d'une protection correcte troupeau pour tuer un loup.
Muriel Arnal, présidente de l'association de défense des animaux One Voice
Et elle ajoute, "ce sont la France et l'Allemagne qui sont à l'origine du déclassement du loup par l'Europe. Mais la France va plus loin avec ce changement de réglementation d'une espèce protégée. On sait que cela ne sert à rien. En Italie, il y a 3 fois plus de loups (environ 3.000) et aucun abattage, la cohabitation se passe bien".
One Voice étudie désormais les recours juridiques possibles contre cette future réglementation.
Satisfaction prudente pour certains éleveurs quand d'autres, "en colère", réclament de pouvoir tuer plus de loups face à l'augmentation des prédations.
Cette petite simplification administrative est loin des mesures nécessaires. Il faut un changement de méthode, et surtout faire baisser la population de loups. On nous a dit il y a 10 ans, "à 500 loups, le seuil de viabilité est atteint", nous sommes au moins à 1.000. Alors plus aucun quotas au-delà de 500.
Hervé Boudon, Jeunes agriculteurs de la Lozère.
Le syndicaliste précise : "de toute façon, l'État est incapable de compter les loups ou ne le veut pas et surtout minimise la population réelle. Je le vois chez moi sur le Méjean".
Un changement de doctrine
La réglementation française inclura donc en 2026 "une simplification significative" des conditions de "tirs de défense" pour protéger les élevages ovins, caprins, bovins et équins, avec "la suppression (...) du régime d'autorisations dérogatoires au profit d'un système déclaratif", a annoncé dans un communiqué Fabienne Buccio, préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes et coordinatrice du Plan national d'actions sur le loup (PNL).
Une mesure proposée et portée par l'ANEM, Association nationale des élus de montagne, qui a été retenue par le "groupe national loup". En clair, un éleveur ayant un permis de chasse, ou un chasseur mandaté par lui, déclaré en préfecture, pourra désormais tuer un loup qui attaque son troupeau, sans l'autorisation préalable, requise jusqu'alors, et devra ensuite déclarer ce tir mortel à la préfecture et à l'OFB.
Mais l'ANEM, demande maintenant la mise en place d'une autre mesure.
Notre proposition de simplification des tirs de défense a été retenue pour 2026. C'est bien, on doit réguler pour ne pas décourager les éleveurs. Il faut désormais introduire une nouvelle donnée dans le calcul du taux de prélèvement : le nombre d'attaques. Il est en hausse de 26% en 2025. Ainsi, on tient compte de la réalité.
Jean-Pierre Vigier, président de l'ANEM, assosiation nationale des élus de montagne
À l’@AnemMontagne ce matin les parlementaires réunis pour défendre les éleveurs de montagne et le pastoralisme face à l’augmentation des attaques de loup.
— AnemMontagne (@AnemMontagne) September 24, 2025
Retrouvez le communiqué de l’ANEM 👉 https://t.co/8HOjDj0HGf pic.twitter.com/ScU1s4qmth
Des chiffres contestés
Reste toutefois deux points importants de discorde entre les éleveurs et l'État. Le nombre de loups sur le territoire et le plafond du taux de prélèvement.
Les syndicats agricoles accusent régulièrement l'État de volontairement sous-estimer la population des loups et donc le quota de prélèvements autorisés à 19% par an.
L'État établit ses calculs sur la base moyenne de 1 013 loups en France. Avec un taux de prélèvement à 19%, cela autorise l'abattage de 192 canidés par an.
Les éleveurs avancent une population d'au moins 1 300 loups et voudraient que le taux de prélèvement passe de 19% à 25% pour prendre en compte la hausse du nombre d'attaques, chiffrée à +26% cette année. Soit un quota total par an de 325 animaux.