Lutte contre le moustique tigre : "Tout le monde a un rôle à jouer", des agents communaux en mission contre leur prolifération

A Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine, des agents ont reçu une formation aux enjeux de surveillance et de lutte contre la prolifération de l'insecte tropical. Selon l'ARS, l'Agence régionale de santé, Saint-Cloud est l'une des 212 communes d'Ile-de-France aujourd'hui colonisées par ce moustique potentiellement vecteur de maladie comme la dengue, le virus Zika ou le chikungunya.

"Où d'après vous peuvent se trouver des larves de moustiques tigres ?" Petit exercice pratique à proximité de la mairie de Saint-Cloud. Sous l'œil avisé d'une représentante de l’ARD, l’Agence régionale de démoustication, des jardiniers, des gardiens de gymnase, d'établissements scolaires, de cimetières passent au crible un jardinet à première vue bien innocent.

Pas sûr de trouver ici un signe suspect de ce moustique. Et pourtant, l'endroit est propice à une prolifération de larves. Coupelles, arrosoirs, gouttières, citernes, bassins de récupération d'eaux de pluies, tout ce qui peut contenir des eaux stagnantes est un habitat idéal pour le développement de l'insecte.

Un simple pot de fleurs vide permet au moustique femelle de pondre des dizaines d'œufs. Un moustique tigre peut pondre pendant environ un mois 200 œufs tous les deux jours. Des œufs qui deviennent des larves qui se laissent flotter et qui se transforment progressivement au bout de deux semaines en moustiques prêtent à piquer.

A la recherche de larves de moustique tigre, un réservoir est inspecté • © Jean Forneris France TV

"Je ne savais pas que les moustiques pouvaient pondre sur des surfaces sèches. Pour moi, c'était systématiquement dans une eau stagnante. Je ne savais pas que les œufs pouvaient se survivre plusieurs mois en dehors de l'eau", confie Roland Veljovic, responsable voirie espaces verts.  

C'est la deuxième fois que l'ARD intervient à Saint-Cloud pour former des agents communaux aux enjeux de la surveillance du moustique-tigre et de la lutte anti-vectorielle (LAV). "On sent qu'il y a une prise de conscience, mais il y a encore beaucoup à faire. Surtout dans les communes qui ne sont pas encore très colonisées. On sent que les gens s'investissent une fois que la commune est déjà colonisée et qu'ils sont déjà embêtés. Mais par contre, les communes où l'espèce commence à arriver, ils ne sont pas encore très avertis et il y a encore beaucoup à faire", souligne Anaïs Karch, ingénieure environnement spécialisée en entomologie pour l'ARD.

"L'année dernière, on a fait 43 actions de sensibilisation, dont 22 auprès des collectivités. Et c'est croissant", précise Stéphanie Monnerie, technicien sanitaire représentant la délégation départementale des Hauts-de-Seine de l'ARS, l'Agence régionale de Santé.

212 communes colonisées en 2024

En Ile-de France, selon un bilan annuel 2024 établi par l'ARS, 212 communes étaient colonisées par le moustique tigre. 68 % des Franciliens vivent aujourd’hui dans ces communes et tous les départements franciliens sont concernés à des degrés divers par cette colonisation. Pour mesurer le phénomène,  l'ARS a dispersé sur son territoire de 525 pièges pondoirs, L'an dernier, 55 % d'entre eux se sont révélés positifs "L’implémentation du moustique tigre en Île-de-France est désormais irréversible", selon l'ARS.

Les zones colonisées par le moustique tigre en 2024. • © ARS- Agence régionale de Santé

Selon l'ARS, en 2024, 584 cas de maladies importés dans la région ont été constatés. Ces cas importés désignent des personnes piquées en dehors du territoire métropolitain. L'Île-de-France est la région la plus impactée. Un cas autochtone a été relevé l'an dernier. Un cas autochtone est une personne sur le territoire francilien a contracté chikungunya via une piqûre.

"La larve est vulnérable" 

"On sait que la larve est vulnérable et c'est là-dessus qu'on peut, qu'on doit travailler et on peut faire pas mal de choses", avance Jean-Jacques Veillerot, conseiller municipal chargé de l'hygiène et de la sécurité. "Notre travail va être dans la communication de la Ville, des réunions de quartiers.( ..) la Ville a une responsabilité avec ces bâtiments communaux, mais la principale superficie de Saint-Cloud, à 52 %, c'est de la maison individuelle", souligne-t-il.

"Il faut bien comprendre que 80 % des gîtes de reproduction des larves de moustique tigre se trouvent dans des zones privées. Donc, tout le monde a un rôle à jouer, les habitants, la ville, nous... On a tous un rôle à jouer pour éviter la prolifération des moustiques", avance Anaïs Karch de l'ARD.

Un simple pot peut être l'habitat idéal de centaines de larves. • © Jean Forneris France TV

Éliminer les endroits où l’eau peut stagner comme les petits détritus, les pneus usagés, les outils de jardinage laissés à l’extérieur, les déchets verts, recouvrir les pots, vider les récipients, les gestes préventifs pour contrer la prolifération peuvent être simples."Il faut travailler absolument sur tous les foyers de récupération d'eau. Toutes les eaux stagnantes sont potentiellement vecteurs de moustiques et à traiter tout simplement", résume Roland Veljovic, responsable voirie, espaces verts. 

Pour Jean-Jacques Veillerot, il faut attaquer le problème à la source. "Avec cette formation, on a des réponses et ce n'est pas la peine d'harasser la ville en lui disant acheter des pièges à moustiques à plusieurs milliers d'euros qui ne régleront pas le problème.( ..) le résultat ne sera que relativement efficace si vous avez des coupelles avec de l'eau stagnante à 50 mètres de ces pièges."

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