"Aya Nakamura est issue de l'immigration, donc elle n'est pas de souche", au procès des activistes d'extrême droite jugés pour injures racistes

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Treize personnes, dont trois femmes, hostiles à la participation de la chanteuse Aya Nakamura à la cérémonie d'ouverture des JO 2024, sont jugées ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour des injures racistes visant l'artiste franco-malienne.

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13 prévenus auraient dû se présenter, mais cet après-midi, ils ne sont que trois à comparaître physiquement devant la 17e chambre correctionnelle. MartinT., 23 ans, Capucine C., 22 ans, Stanislas T., 24 ans. Aya Nakamura, l'artiste franco malienne à l'origine de la plainte, n'était pas présente.

Ces trois mis en cause comme la totalité des 10 autres personnes impliquées dans l'affaire jugée ce mercredi, sont poursuivis pour provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion ou pour complicité de provocation à la haine.

"Y a pas moyen Aya, ici c'est Paris, pas le marché de Bamako"

Ils sont poursuivis avec plusieurs de leurs comparses, pour avoir déployé le 8 mars 2024 une banderole à connotation raciste sur l'île Saint-Louis, en bord de Seine, où l'on pouvait lire : "Y a pas moyen Aya, ici c'est Paris, pas le marché de Bamako", une référence au tube de la chanteuse et à sa ville de naissance au Mali. Le message est ensuite relayé sur les réseaux sociaux par des médias d'extrême droite.

La banderolle incriminée déployée le 8 mars. Le cliché est ensuite posté sur les rseaux sociaux par des membres du groupe d'extrème droite. © France TV

Assis au premier rang d'une salle comble composée en grande partie de journalistes, les trois prévenus présents, tenues sobres, vestes sombres, écoutent avec attention les faits reprochés. La présidente du tribunal énonce certains propos des prévenus : "Aya Nakamura est issue de l'immigration donc elle n'est pas de souche", cite-t-elle par exemple.

Capucine, C. 22 ans, s'avance devant la présidente. Sur les faits reprochés, la jeune femme ne souhaite pas répondre aux questions de la présidente sur son implication. La militante veut s'en tenir "à une déclaration commune". Tout juste décline-t-elle son identité et son ex-travail d'attachée parlementaire auprès d'un élu du Rassemblement national.

Vient le tour de Stanilas T., ex-étudiant en commerce et en recherche d'emploi qui élude lui aussi les questions malgré les relances nombreuses de la présidente du tribunal. Stanilas N. a en charge de lire "la déclaration commune et spontanée" et ensuite de garder le silence "car cette affaire ressemble de trop à un procès politique", se défend-il.

Le militant lit sa déclaration d'une voix posée. Extraits : "Le groupe les Natifs Paris a déployé une banderole pour dénoncer le choix par le président de la République d'Aya Nakamura comme chanteuse de la cérémonie de lancement des Jeux Olympiques. Les Natifs réaffirment aujourd'hui le message inscrit sur cette banderole."

"La culture musicale dans laquelle s'inscrit Aya Nakamura ne reflète en rien l'identité de notre pays. Non, Les Natifs n'ont pas injurié Aya Nakamura. Ils ont simplement dénoncé un choix politique qui visait délibérément à promouvoir la dissolution de la culture ancestrale", ajoute-t-il dans sa déclaration.

L'un des prévenus à l'entrée de la 17e chambre correctionnelle. © France TV

"Des procédés orwelliens"

Les treize prévenus, âgés de 20 à 31 ans sont proches du groupe identitaire Les Natifs, issu du groupuscule Génération identitaire (dissous en 2021) qui défend la théorie raciste et complotiste du "grand remplacement". Les Natifs revendiquent près de 10.000 abonnés sur Instagram et plus de 18.000 sur X. Ils mènent des actions coup de poing relayées sur leurs réseaux sociaux.

Pour l'avocat de la défense, l'enquête qui a conduit à ce procès repose sur "des procédés orwelliens" utilisés. Le groupe des mises en cause, proches du groupe identitaire Les Natifs, dit-il, "étaient espionnés par les services de renseignements" et victime d'un "fichage".

L'avocat prend à témoin la présidente et se retournant vers les trois prévenus, il feint l'étonnement  "Voici donc la menace : des jeunes gens qui ont été jugés suffisamment dangereux pour motiver l'emploi de service de renseignement (...) qui n'ont évidemment aucun antécédent judiciaire (...) Dans ce pays, une banderole fait vaciller l'institution judiciaire qui met des moyens aussi exceptionnels que des services de renseignement ou des sections de recherche de la gendarmerie nationale."

"Des propos teintés d'un racisme et d'une xénophobie évidente"

"Pourriez-vous définir ce que signifie le terme de culture ancestrale", demande un avocat de la partie civile à l'un des prévenus à la barre. Des rires fusent dans la salle. Silence du prévenu qui réitère son vœu de silence et s'en remet à son avocat. 

La LICRA, la maison des Potes, SOS racisme et le MRAP représentent les parties civiles. Pour l'avocat de la Maison des Potes, ce procès permet d'alerter le public sur la "dangerosité" de ces individus qui sont poursuivis mais"aussi des groupes qui le constituent".

"Ici, ce sont Les Natifs, mais avant, c'était Génération identitaire. Et en fait, on voit que ce sont toujours les mêmes individus qui multiplient les actions à caractère raciste, ou les propos violents, discriminatoires", souligne Michael Momajien, l'avocat représentant La maison des Potes.

"Ces prévenus estiment qu'Aya Nakamura est indigne de chanter pour la France. Je vois un propos selon lequel il faudrait la mettre hors-jeu de notre société, l'écarter au regard de ses origines et là, on tombe dans l'exhortation à la discrimination ou l'incitation à la discriminer. C'est toujours un classique de l'extrême droite", ajoute-t-il.

Pour l'avocat de SOS racisme, les natifs ont essayé de "gâcher la belle fête olympique par des propos teintés pour nous d'un racisme et d'une xénophobie évidente et en s'en prenant à une figure, une artiste française connue mondialement, Aya Nakamura".

"Tout ça radicalise les tensions dans la société et nous voyons effectivement concomitamment une recrudescence, une résurgence d'actes violents, voire de crimes à caractère raciste", insiste l'avocat de la partie civile faisant référence au crime d'un tunisien commis cette semaine dans le Var.

L'audience devrait se poursuivre tard dans la soirée. Les prévenus encourent une peine maximale d'un an de prison et 45 000 euros d'amende.



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