En juillet dernier, l'acte héroïque de Fousseynou Cissé sauvant des habitants d'un immeuble en flammes faisait le tour des médias. Plus de trois mois après, des familles habitent encore dans des appartements dégradés du nord de Paris. Sans solution de relogement, elles craignent pour la santé de leur enfant.
La porte de la résidence est à peine franchie que l'odeur de brûlé prend aussitôt la gorge. Les murs sont toujours noircis dans la cage d'escalier et ce, bien après le deuxième étage où réside Fatoumata. "C'est ici que l'incendie s'est déclenché", explique-t-elle en désignant la porte scellée qui fait face à son appartement.
Le 4 juillet dernier, un feu avait ravagé une partie des habitations de cet immeuble situé au 49 rue de la Chapelle (18e arrondissement). Le drame avait fait le tour des réseaux sociaux par une vidéo qui montrait l'acte héroïque de Fousseynou Cissé. L'homme de 39 ans avait sauvé 6 personnes des flammes en escaladant la façade du bâtiment.
"Un air irrespirable"
"Ma porte a été changée parce que celle d'en face est tombée dessus", lance Fatoumata une fois entrée dans son salon à moitié vide après "que le bac à jeu des enfants et le lit qui étaient là, ont pris feu". L'odeur de fumée n'y faiblit pas et les murs blancs sont encore jonchés de traces de suie. Les fenêtres, elles, sont "toujours laissées ouvertes" par ses soins depuis l'incendie qui a rendu "l'air irrespirable".
Ce jour-là, le vendredi 4 juillet, cette mère qui élève seule ses deux enfants de 4 ans et 18 mois est "restée accrochée au rebord" de l'une d'elles "avec [sa] fille sur le dos" jusqu'à l'arrivée des pompiers. "On nous a relogés dans un 9m2 à l'intérieur d'un foyer d'hommes où j'ai été agressée par quelqu'un qui dormait devant la porte", souffle Fatoumata qui est revenu "le plus vite possible" chez elle après la décontamination et la remise en état de son logement. Des interventions entreprises par le bailleur social Adoma qui confirme que le rapport d'expertise fait état "d'un logement qui ne présente plus aucun danger".
Reste que, depuis, la fille de 18 mois de Fatoumata souffre d'une "surinfection de la bronchite", en atteste un des documents fournis par un médecin qui "contre-indique le retour dans le logement". Un document qu'elle assure avoir envoyé à son bailleur.
"Ici, on meurt à petit feu avec mes enfants", tranche Fatouma qui "n'a pas le temps de travailler". En cause, le manque de places en crèche et les nombreux rendez-vous médicaux de son fils de 4 ans atteint d'un trouble de la communication.
"Ma fille est malade tout le temps depuis l'incendie"
Trois étages plus hauts, Rajib vit avec sa femme enceinte et ses deux enfants en bas âge depuis 2022. "Ma fille est malade tout le temps depuis l'incendie et ma femme qui est enceinte saigne du nez", affirme l'homme qui dit l'être aussi alors que la maladie l'épargne d'habitude. "C'est devenu trop dangereux pour la vie nos enfants", glisse Rajib.
Le document qu'il tient dans ses mains est similaire à celui de Fatoumata. Produit, lui aussi, par un cabinet médical, le papier indique la "nécessité d'un cadre de vie plus sécurisé" en raison de la présence de "particules fines toxiques" qui les exposent "à un risque en permanence".
Les deux familles sont hébergées dans cette résidence dans l'attente d'obtenir un logement social par le biais de Paris Habitat. Leur dossier est "mis à jour régulièrement" mais aucune solution de relogement ne leur a été proposée depuis leur première demande faîte 2021 pour celle de Fatoumata et en 2017 pour celle d'Hossain.
La "misère inexplicable" dont parle Fatoumata n'est pas le seul fait de l'incendie. La mère de famille raconte les agressions physiques devant ses enfants et les menaces de viols qu'elle subit dans les parties communes de l'immeuble. "On ne peut plus descendre pour avoir de l'air après 18 heures à cause des squatteurs", rapporte Fatoumata.
De son côté, Ayodele Ikuesan "ne comprend pas" qu'un relogement n'ait toujours pas été effectué. L'adjointe à la Santé de la mairie du 18e a tenté, en vain, d'interpeller la Ville. "Personne ne m'a fourni de document qui prouve que les appartements sont vivables en particulier pour celui de Madame Drabo", confie l'adjointe.
"Toutes les personnes qui devaient l'être ont été relogées"
Le bailleur, lui, confirme avoir "relogé toutes les personnes qui devait l'être" sans avoir "jamais quitté le terrain". L'entreprise se réfère à un rapport d'expertise produit après la décontamination de l'immeuble. L'étude atteste que "la résidence est sûre à l'exception de deux logements sinistrés". Dans son communiqué, Adoma explique avoir agi en "moins de 48 heures" pour trouver des hébergements temporaires afin d'entreprendre "immédiatement" des "mesures conservatoires".
Un accompagnement que Fatoumata a du mal à entendre. Elle dit avoir "été oubliée après la décoration (NDLR : de Fousseynou Cissé)", et se demande "où sont les députés qui étaient venus quand certains dormaient dans la cour ?". Ses derniers mots laissent un silence dans la pièce : "ne nous poussez pas vers la mort".