La meurtrière de Lola 12 ans a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible. La peine avait été demandée par l'avocat général au terme de son réquisitoire."On croyait à la justice et on l'a eue", a déclaré Delphine Daviet, la mère de Lola à l'énoncé du verdict.
Après une semaine de procès, le verdict est tombé, 3 ans après le meurtre de Lola presque jour pour jour. La coupable Dahbia Benkired a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté incompressible. Une peine qui n'a jamais été prononcée à l'encontre d'une femme à ce jour.
Depuis son instauration en 1994, la "perpétuité réelle" n'avait jusqu'alors été prononcée qu'à quatre reprises en droit commun, contre Pierre Bodein, Michel Fourniret, Nicolas Blondiau et Yannick Luende Bothelo. "Incompressible", cette peine peut néanmoins être aménagée selon des critères draconiens au bout de trente ans par le tribunal de l'application des peines.
Le 14 octobre 2022, Lola, jeune fille 12 ans, ne rentre pas du collège. À son domicile parisien ses parents s’inquiètent et signalent sa disparition au commissariat. Le corps sans vie de l’adolescente sera retrouvé plus tard, dans la soirée, dans une malle en plastique au pied de son immeuble. À la suite d'une fuite rocambolesque, la principale suspecte, Dahbia Benkired, sera arrêtée le lendemain matin puis placée en garde à vue avant de reconnaître les faits.
L'ouverture du procès
Le procès s'est ouvert le vendredi 16 octobre dernier. Sur le banc des parties civiles, la famille et les proches de la victime, visages marqués, ont revêtu un T-shirt, imprimé d'un dessin du visage d'une enfant blonde et souriante, avec de grands yeux : "Tu étais le soleil de nos vies, tu seras l'étoile de nos nuits". À l'entrée dans le box de l'accusée, tandis que celle-ci décline son identité, une des proches de l'adolescente a éclaté en sanglots avant de quitter la salle un moment.
À l'ouverture des débats, la mère de Lola s'est avancée avec son fils à la barre. Elle a demandé l'autorisation qu'il puisse s'adresser directement à l'accusée. "Au nom de toute la famille", dont son père décédé en 2024, "on voudrait que vous disiez toute la vérité et rien que la vérité, à toute la France et à nous", a lancé le jeune homme à Dahbia Benkired.
Les premières paroles de l'accusé
Regard fixe tantôt tourné vers le tribunal tantôt dans le vide, visage impassible, Dahbia Benkired a écouté le récit insoutenable de ce 14 octobre 2022 et des éléments de l'enquête, lus par le président dans un silence de plomb : comment l'enfant, terrorisée, l'avait suivie sans résistance dans l'appartement de la sœur de l'accusée, les atroces souffrances qui lui ont été infligées jusqu'à son meurtre, la respiration bloquée par du scotch, le corps mis dans une malle.
Elle a ensuite demandé "pardon à toute la famille". "C'est horrible ce que j'ai fait. Je le regrette", a-t-elle assuré dans sa première prise de parole.
"Je l'ai ramenée avec moi, je l'ai scotchée, je l'ai tuée. Et puis voilà", avait dit lors de ses aveux en garde à vue cette ressortissante algérienne qui était soumise à une obligation de quitter le territoire français (OQTF) au moment du crime.
Le mobile de ce crime, que Dahbia Benkired n'a jamais expliqué, est resté au centre des débats. Dans un premier temps, elle avait évoqué un pass pour un ascenseur que la mère de Lola lui aurait refusé, expliqué qu'elle avait vu Lola comme un fantôme, ou invoqué l'influence de djinns.
Dans sa plaidoirie, son avocat Me Valois s'est pour sa part penché sur le passé de sa cliente, marqué par les violences, notamment sexuelles. Il a mis en avant "un traumatisme ancien" et "un contrôle coercitif" exercé par son ex-compagnon. "Elle ne peut pas faire de mal à l'homme qui exerce une emprise sur elle, mais elle va décharger sa haine" sur Lola. "Dahbia Benkired est coupable. Elle est coupable de viol, elle est coupable de meurtre", a conclu son avocat. Enfin, Me Valois a fait valoir la "lâcheté" de la coupable dans le déroulé des faits dans le but d'écarter les motifs "d'actes de torture et de barbarie".
La réclusion à perpétuité demandée par l'avocat général
Au terme de son réquisitoire qui a duré plus d'une heure, l’avocat général a réclamé la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté incompressible.
"La peine se doit d'assurer la protection de la société, de prévenir la commission de nouvelles infractions et de restaurer l'équilibre social" et d'être "à la hauteur de l'extrême gravité" des trois crimes commis, "de la souffrance qu'ils ont engendrée chez les victimes comme sa famille", "de leur cruauté", avait justifié le représentant de l'accusation devant la cour d'assises de Paris.
La perpétuité "incompressible", ou "sûreté incompressible", est la peine la plus élevée prévue par le Code pénal français. Elle n'avait à ce jour jamais été prononcée contre une femme.
"Aucun traitement médicamenteux ne saurait fondamentalement transformer la personnalité de Mme Benkired. Quand il n'y a pas de maladie, il n'y a pas de traitement", avait martelé l'avocat général.
Au cours des débats, trois experts psychiatres ont exclu toute pathologie de l'accusée qui aurait pu l'exempter de sa responsabilité pénale, tout en reconnaissant des traits de personnalité "psychopathiques". Ils ont également émis des doutes sur la possibilité de soins médicaux.
"Le risque de la récidive, il est maximum du fait de ces traits de personnalité, du fait de l'absence de traitement adapté", a ainsi estimé le représentant de l'accusation.
La condamnée a dix jours pour faire appel.
Avec AFP