Après avoir passé une nuit dehors, près de 200 personnes dont 90 enfants sans-abris attendent toujours une solution d'hébergement stable. Tant qu'elle n'obtiendra pas de solution, l'association Utopia 56 ne compte pas quitter les lieux.
Le soleil est déjà haut dans le ciel mais les familles n'ont pas bougé. Tous ont tenu la directive qu'ils s'étaient fixée la veille au soir. "Peu importe, si je dois dormir une semaine ici. Je resterai tant qu'on n'a pas de logement", martèle Divine. La jeune femme de 25 ans "fatiguée de dormir dehors" est contrainte de vivre dans une tente non loin du centre Pompidou depuis 2 semaines.
Comme 210 personnes dont 90 enfants sans-abri, elle vient de passer la nuit du 5 au 6 août à même le sol du parvis de l'Hôtel de ville de Paris. L'action est organisée à l'initiative d'Utopia 56, l'association qui vient en aide aux exilés. "On se présente devant les responsables de cette situation. On ne bougera pas avant que chacune de ces personnes ait reçu la garantie d'un logement durable", explique Nathan, un des bénévoles du collectif.
Beaucoup d'enfants en bas âge
La veille, il est près de 19h30 quand les familles se rassemblent devant la façade de la mairie de Paris aux abords des terrains de beach-volley installés sur le parvis. "Les enfants dans la rue", scande la petite foule alors qu'une trentaine de policiers entreprend de les encercler.
Chasuble floqué Utopia 56 sur les épaules, Nathan se tient au milieu des bénéficiaires. "Comme on ne fonctionne presque uniquement avec des bénévoles, nous n'avons plus qu'un tiers de nos effectifs disponibles en raison des vacances. C'est pareil pour les solutions d'hébergements qui reposent sur le volontariat de beaucoup de particuliers", détaille le bénévole.
Assise aux pieds des policiers, Christelle "déambule" de nouveau à Paris après avoir vu ses demandes de logements refusés à Bordeaux. "Je m'inquiète pour mes deux enfants parce que c'est bientôt la rentrée et qu'ils doivent aller à l'école", explique-t-elle. À côté d'elle, Reine qui doit gérer son diabète dit ne pas savoir "où dormir ni où aller" en balayant ses bagages d'un regard.
"Tous les enfants ici sont scolarisés et beaucoup d'adultes travaillent. On ne peut pas envoyer les gens en région et les éloigner de Paris où certains attendent le retour de leurs démarches administratives", poursuit Nathan qui évoque cette mobilisation comme un "moyen de visibiliser de nouveau ce public vulnérable qu'on laisse de côté". Parmi les enfants, 17 ont moins de 3 ans et une quinzaine sont des filles, selon le décompte d'Utopia 56.
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Aucune solution des pouvoirs publics
À mesure que la nuit tombe, les voix ne faiblissent pas mais le froid s'invite sur le parvis. Les enfants prennent place sur des couvertures de survie. Personne n'aura de tente ce soir. Les forces de l'ordre inspectent les sacs que les bénévoles apportent pour s'assurer qu'ils n'en contiennent pas. "Nous les avons déjà toutes distribuées de toute façon", souffle un bénévole qui précise qu'Utopia 56 "n'est plus en mesure d'apporter le minimum vital car notre stock arrive à épuisement ".
À 22 heures, toujours aucune solution n'a été trouvée par la préfecture de région ou la mairie qui est passée voir les représentants d'Utopia 56. Mais l'association attend surtout une réponse de l'Etat dont elle dénonce la "lâcheté et le manque de volonté politique". Un argument qui s'illustre par ce qu'elle "laisse le choix aux associations de devoir arbitrer entre ce qui peuvent ou non dormir dehors", tonne Nathan. "Ce n'est pas notre rôle de trier les gens", se désole le bénévole.
Un appel aux dons pour "pouvoir tenir"
Ces derniers mois, la mairie de Paris a tenté de trouver des solutions d'hébergements en mettant à disposition des associations des lieux comme des gymnases. Mais elle n'a pas le pouvoir d'ordonner des réquisitions comme le demande Utopia 56. Selon ses calculs, 3 500 personnes sont à la rue dans la capitale pour près de 300 000 logements vacants.
Après une nuit passée dehors, les familles attendent toujours au pied de l'Hôtel de ville ce mercredi 6 août. "Ça fait deux ans que je dors dehors, dans le métro, les parkings ou à même le sol", énumère Belinda qui occupe un poste d'hôtesse d'accueil à Paris. "Avec ou sans papiers, quand on est dans un pays comme la France, je pense qu'on a le droit d'avoir un logement", conclut-elle.
Utopia 56 appelle aux dons afin de "pouvoir tenir". Couches, lingettes, brosse à dents, dentifrice, savons et gels douches peuvent être déposés sur place auprès des bénévoles.