Incinérateur d'Ivry : de nouvelles données qui inquiètent les riverains sur la pollution atmosphérique

Des données mesurées par l'organisme qui gère l'incinérateur d'Ivry (Val-de-Marne) montrent une pollution liée aux rejets émis par le site industriel. Une réunion, organisée par la mairie d'Ivry-sur-Seine, avec l'ensemble des parties et ouverte au public, est prévue ce mardi.

Les riverains de l'incinérateur d'Ivry-sur-Seine se posent la question depuis des années : respirent-ils un air dangereux pour la santé ? Selon de nouvelles données publiques qui proviennent du Syctom, l’agence (publique) métropolitaine des déchets ménagers et accessibles à tous, la réponse est oui.

"Ces résultats montrent qu'il existe une pollution autour de l'incinérateur qui est indéniablement liée à l'incinération. Il existe une pollution aux dioxines (des molécules chimiques issues de l'incinération des déchets, ndlr) à proximité de l'incinérateur, mais également à certains métaux lourds", indique Amélie Boespflug, coprésidente du Collectif 3R, composé de riverains.

Le Syctom a installé des collecteurs de précipitations (jauges Owen) depuis 2021. Ces instruments mesurent pendant deux mois, à l'automne, ces polluants. Selon leurs emplacements, les taux fluctuent énormément.

"La limite de ces jauges Owen est qu'elles ne sont là que deux mois par an. De la même façon, il y a des limites à ne prélever uniquement que dans le sens des vents. Si, par hasard, il y a un accident industriel un jour où le vent n'est pas dominant, ce qui arrive une grande partie de l'année, on ne surveille pas la pollution", regrette Amélie Boespflug.

Concentrations élevées de dioxines dans des écoles

Ce collectif a ainsi réalisé 18 prélèvements de mousses autour de l’incinérateur d’Ivry, en octobre 2024 et en février 2025 (5 notamment dans des cours d’écoles primaires).

Les mousses n'ayant pas de racines, elles permettent de démontrer l'état de la qualité de l'air de façon récente sans altérer les résultats par de possibles pollutions anciennes.

"Tous les prélèvements de mousses récoltés dans les cours d’écoles montrent des concentrations de dioxines supérieures aux valeurs limites européennes pour la sécurité alimentaire – avec des mesures parfois dix fois plus importantes que la limite maximale recommandée par l’Union Européenne (écoles Guy Môquet et Port aux Lions)", indique le collectif à l'issue d'une étude réalisée par le laboratoire néerlandais ToxicoWatch.

"Les vents dominants viennent du sud et du sud-ouest. L'endroit qui est le plus contaminé est probablement le 12e arrondissement près de Bercy. Nous concernant, les pires prélèvements que l'on a obtenus étaient à Charenton-le-Pont. Mais c'est toute la zone qui est concernée, y compris le 13e arrondissement de Paris", poursuit Amélie Boespflug du Collectif 3R.

En 2021, l'association avait déjà alerté sur la pollution engendrée par l'incinérateur. L'Agence Régionale de Santé de la région avait seulement interdit de consommer les œufs provenant de poules situées dans l'aire urbaine de Paris.

Résultat des données examinées par le Collectif 3R et réalisées par le Syctom. • © Collectif 3R

Un nouvel incinérateur va voir le jour

Le Syctom, contacté par France 3 Paris Île-de-France, n'a pas répondu à l'annonce de ces résultats. A la question de savoir pourquoi aucun prélèvement n'a été fait dans la zone d'un kilomètre autour de l'incinérateur d'Ivry, l'organisme a répondu au journal Le Monde que cette "absence" était le résultat de "différentes contraintes" liées à la "modification du trafic routier" ou "l’installation d’activités impactantes pour la biosurveillance".

Le maire (PCF) d'Ivry-sur-Seine, commune où est implantée l'installation vieille de 55 ans, dit "comprendre les inquiétudes". "Je suis né au pied de l'incinérateur et j'y vis depuis 59 ans, donc je comprends tout à fait qu'on puisse être alarmé, surtout quand on a des enfants et surtout quand la réglementation donne aussi peu d'indications", indique Philippe Bouyssou.

Il a ainsi organisé une réunion ce mardi 27 mai où seront présentes les différentes parties : le Syctom, un représentant de la préfecture du Val-de-Marne, de l'Académie et du Collectif 3R.

"Santé publique France doit engager sa responsabilité pour dire s'il y a un risque sanitaire ou s'il n'y en a pas. Et s'il y en a un, il faut nous donner des conduites à tenir lorsque les valeurs limites sont dépassées", réclame l'édile.

Note d'espoir pour les riverains, un nouvel incinérateur va voir le jour très prochainement, d'ici à la fin de l'année 2025. Il continuera à alimenter un important réseau de chaleur urbaine qui alimente notamment l'ensemble des hôpitaux parisiens.

"Ce n'est plus une unité d'incinération des ordures ménagères, c'est désormais une unité de valorisation énergétique", explique le maire d'Ivry. Les 780 000 tonnes brûlées chaque année de déchets venus de 14 communes et 12 arrondissements parisiens seront divisées par deux.

Le Collectif 3R demande ainsi d'avoir des normes les plus strictes possibles pour ce nouvel incinérateur ainsi que des communications en temps réel sur les anomalies, les arrêts et redémarrages dans l'usine.

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