Ce lundi 24 octobre, d'anciens élèves accusent certains surveillants de l'ancien établissement d'Angreviers à Gorges, près de Clisson, de violences physiques.
Discipline, discipline, discipline.
Bernard s'en souvient comme si c'était hier, il était pensionnaire à Angreviers entre 1966 et 1967. Il avait 11 ans.
"Vous ne marchiez pas droit, vous étiez punis"
"J'étais turbulent", sourit-il. À 11 ans, il rejoint les bancs de l'établissement privé d'Angreviers, même si au début tout se passait bien. Puis les punitions sont arrivées.
"Un soir, j'ai traversé la route d'Angreviers, c'était gelé, j'étais pieds nus pour aller dans leur bureau là-haut jusqu'à minuit, c'était une punition".
À la moindre bêtise on était puni, le gars il avait une règle il nous tapait sur les doigts, ça saignait un petit peu. On était puni devant tout le monde, fallait y être pour y croire.
BernardElève à Angreviers entre 1966 et 1967
Chaque dimanche soir, c'était le même cauchemar, "je ne voulais pas y retourner" ajoute-t-il la gorge serrée.
Le directeur de l'époque avait une sorte de fouet
Smain, lui avait 8 ans lorsqu'il est élève entre 1975 et 1977. Il se rappelle des punitions, surtout de la part des surveillants.
"L'éducateur en descendant du car lui a collé une baffe gratuitement, j'ai défendu mon petit frère et le soir, j'ai fini avec la règle sous les genoux avec des "je vous salue Marie, Notre Père" toute la nuit". Il se souvient notamment du directeur de l'époque avec une espèce de fouet, "il filait des coups sous les cuisses, ça faisait très très mal, on s'en souvient".
Paradoxalement, l'ancien élève n'en garde pas un mauvais souvenir : "on apprenait bien, on mangeait bien, on était bien traité sinon. Certains pions étaient sévères, ils avaient tendance à être très violents, mais ils étaient souvent recadrés par les pères, honnêtement, je n'en garde pas un mauvais souvenir".
"Une espèce de maison de correction"
Surveillant au sein de l'établissement, c'est à la fin de l'année 1989, que Stéphane (prénom d'emprunt) rentre pour la première fois à Angreviers.
Au départ, il ne cherchait qu'un travail qui lui permettrait d'avoir un salaire à la fin du mois. Et c'est seulement au bout de quelques minutes que le directeur de l'époque lui offre le poste.
"Au bout de 10 minutes, il m'a fait OK, c'est bon", se souvient-il.
Mais à peine arrivé, que le nouveau surveillant est jeté dans le grand bain, "je suis arrivé un après-midi, un jeudi ou un vendredi".
Un sentiment le rattrape, il ressent une tension immense entre les murs de l'établissement.
Je vois des élèves qui me dévisagent, j'en ai quelques-uns qui me bousculent.
Ancien surveillant à Angreviers
Il se rappelle avoir l'impression d'être dans une maison de correction, presque l'armée, avec de vieux dortoirs, de l'eau froide dans les douches, des gamelles à la cantine, "c'était le Moyen-Age".
Mais ce qui choque le plus le "pion", c'est la violence de la part des surveillants, particulièrement deux surveillants, qui n'avaient pas honte d'utiliser des sanctions corporelles. Si certains élèves témoignent de coups, le surveillant se souvient de sévices tels que "rester deux heures debout les mains dans le dos, à genoux au pied du lit".
Mais il est également choqué de la violence de la part des élèves.
Il se souvient de son premier soir quand vers minuit, des élèves l'insultent. Les surveillants font sortir tout le monde pour obtenir des explications, quand tout d'un coup, une cinquantaine d'élèves se jettent sur les éducateurs : "on prend une raclée".
Je suis rentrée chez moi, les lunettes cassées, la chemise déchirée.
Ancien surveillant à Angreviers
"Je sentais que j'avais quelque chose à faire dans cette école"
Malgré cette première journée assez chaotique, il ne souhaite pas démissionner, "je voyais de la souffrance de la part de ces enfants". Souhaitant aider au mieux, il passera finalement 36 ans dans cette école, jusqu'à la retraite.
Ateliers dessin, sports, sorties dans la ville, l'homme ne souhaite pas suivre le mouvement, il crée du lien avec les enfants.
Il avoue aussi ses failles avec des punitions où ils demandaient aux enfants d'apprendre la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyens. "C'est con, c'était du copiage, mais c'était pour sortir de cette saloperie de sanctions corporelles".
Il tente de devenir un confident et essaie de faire voir aux élèves autre chose que la violence. Il se remémore des prises de tête avec ses collègues, "ils me disaient : tu arrives avec ton petit drapeau blanc et puis il y a un moment, tu auras envie de tous les tuer".
Une violence constante même de la part des parents "qui nous disaient : s’ils vous emmerdent, vous leur mettez des bonnes raclées".
Il précise être arrivé à un moment de grande tension où sur cinq surveillants, deux étaient "des terreurs". Il nous informe que ces deux surveillants ont été victimes de leur "karma".
L'un est décédé dans un accident de voiture, "il était sur une route et tout d'un coup, il est parti face à un camion. On ne sait pas pourquoi". L'autre a tenté de se suicider au début des années 2000 avec un fusil. "C'est lui qui me disait : tu vas voir, un jour, tu prendras ta carabine et tu vas tous les flinguer", ajoute-t-il en précisant que l'homme a raté son coup et qu'il a depuis perdu l'usage d'un bras.
Une violence qui disparaît à partir de 1995
Il l'assure, dès 1995, la violence a nettement disparu. Un apaisement du site qui s'est également accentué après la reprise de l'établissement par La Fondation d'Auteuil en 2006 où il y a eu une professionnalisation avec des conférences, des formations pour apprendre aux enfants autrement, "on me donnait d'autres outils".
Aujourd'hui à la retraite, il soutient ces élèves qui ont décidé de prendre la parole contre ces violences "qui n'étaient pas justifiées et qui ne seront jamais justifiées". Des témoignages qu'il faut entendre sans "jeter la pierre sur Angreviers" car "il y a aussi eu de belles choses".
Une page Facebook a été ouverte dans le but de recueillir de nouveaux témoignages.
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