Star des bouquets printaniers, la pivoine connaît une saison aussi courte qu’intense. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, producteurs et fleuristes s’activent pour répondre à une demande en plein essor, portée par la fête des Mères. De la cueillette aux étals, chaque tige est le fruit d’un savoir-faire précis et d’une course contre la montre pour préserver fraîcheur et qualité.
"La pivoine est à la mode. Je dirais qu’elle est en vogue depuis une dizaine d’années", confie Régis, membre d’une exploitation agricole basée à Château-Arnoux-Saint-Auban, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Dans l’industrie, la cadence est soutenue : près de 4000 tiges de pivoines sont calibrées chaque heure.
Derrière cette performance, une machine adaptée, ancienne calibreuse à roses reconvertie pour la pivoine. Ici, chaque tige est triée en fonction de sa longueur, selon des calibres standards de 40, 50 ou 60 cm, prêts à séduire les fleuristes. Mais avant de voir ces fleurs conquérir les vitrines, la patience est de rigueur. Il faut attendre trois ans avant qu’un pied commence à produire, et c’est au bout de 5 à 6 ans que la plante atteint son plein rendement.
Installée pour une décennie, voire deux en terre, la pivoine suit un cycle précis : elle pointe ses tiges fin mars ou début avril, puis grandit rapidement. En avril, les producteurs enlèvent les boutons auxiliaires pour concentrer l’énergie de la plante sur les plus belles fleurs.
Un produit local qui séduit les Français
La fête des Mères, point d’orgue de la saison, déclenche un véritable rush. Dans la boutique de Maeva, fleuriste passionnée, le téléphone ne cesse de sonner. "On reçoit une dizaine d’appels par jour pour savoir s’il y en a. Là, on va avoir un gros arrivage aussi pour la fête des Mères. Et quand on dit qu’il s’agit d’une production locale, ça fait encore plus plaisir". Même si, "une boutique 100% production locale, c'est compliqué, mais on essaye au maximum".
Cultivée majoritairement dans le sud-est, la pivoine bénéficie du climat idéal des Alpes-de-Haute-Provence pour développer ses qualités. Cette proximité entre producteurs et revendeurs est devenue un véritable argument commercial. "Les fleurs sont cueillies le matin et vendues l’après-midi, on appelle les producteurs directs, ils nous préparent une commande, donc dès le matin, c'est coupé, l’après-midi, je l’ai déjà dans le vase. Niveau qualité et fraîcheur, c’est génial quoi", se réjouit Maeva.
Une fraîcheur qui se retrouve aussi dans le plaisir de travailler le produit : "c’est agréable de travailler les fleurs fraîches, j’ai même déjà eu la chance d’aller les couper moi-même dans les champs".
Une fleur aussi éphémère que précieuse
Mais cette effervescence ne dure qu’un temps. La saison des pivoines est courte, à peine un mois. Ainsi, la météo joue un rôle crucial : un coup de chaleur peut tout accélérer, forçant les producteurs à doubler leurs équipes pour récolter sans relâche. "La fleur est éphémère, si elle est trop ouverte, elle n’est plus vendable. Et si on la laisse au chaud, elle peut s’ouvrir en quelques heures", prévient Régis.
Pour prolonger un peu la saison, les fleuristes vont chercher les pivoines dans d'autres territoires. "La période des pivoines est très courte, là pour l’instant on a les fleurs des Alpes-de-Haute-Provence, une fois qu’ils n’ont plus de fleurs, on va les chercher dans les Hautes-Alpes, comme ça en en a encore plus longtemps", explique Maeva.
Si la pivoine séduit autant par sa beauté et son odeur que par son évolution rapide. "On part de quelque chose de tout petit et on la voit s’ouvrir", décrit-elle. Une fois dans le vase, elle tient une dizaine de jours : trois jours pour commencer à s’ouvrir, puis quatre à cinq jours en pleine floraison.