Festival de Cannes 2025. "TikTok, ça formate les cerveaux", une députée dénonce le partenariat avec le réseau social

La députée macroniste de la Marne Laure Miller a envoyé une lettre à la présidente Iris Knobloch. Elle lui demande de réexaminer le partenariat du Festival de Cannes avec le réseau social TikTok. Une interpellation motivée par les auditions de la commission d'enquête sur l'impact du réseau social chinois sur les jeunes. Laure Miller en est la rapporteure.

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Sur la Croisette, impossible de rater l'immense affiche et la présence de TikTok. Cette année, le réseau social a même une plage à son nom en face du palace Le Carlton. Influenceurs, instagrameurs et tiktokeurs ont pris une partie des paillettes et du glamour du célèbre festival. 

Il faut dire que le Festival a déroulé le tapis rouge à ce jeune réseau social chinois né en 2018. En 2022, le Festival a surpris le monde du cinéma en annonçant son partenariat avec TikTok. 

Une façon d'attirer les jeunes qui préfèrent le petit écran de leurs smartphones au grand écran du 7ème art. Plus de 72 % des abonnés ont moins de 24 ans. 

14 mai 2025, Cannes : les cafés portent même le logo TikTok. © Frédéric Tisseaux - FTV

Commission d'enquête sur l'impact de TikTok

Mais pour Laure Miller, c'est tout le danger. La députée macroniste s’interroge sur le sens du partenariat signé entre le prestigieux Festival et la plateforme chinoise. Elle demande même d’y mettre fin ou en tout cas de le réexaminer.

Ancienne avocate, elle connaît bien les effets délétères du réseau.

Laure Miller est rapporteure de la commission d’enquête en charge de l’impact du réseau social sur la santé mentale des jeunes.

Depuis des semaines, elle auditionne des spécialistes, des experts, des psychiatres et des familles qui accusent la plateforme d’avoir mené leurs enfants au suicide. La commission s'est fixée des objectifs : "étudier et quantifier les dispositifs de captation de l’attention utilisés par TikTok ainsi que leurs effets psychologiques, notamment en termes de pensées et de comportements suicidaires, et sur les relations sociales intrafamiliales et extra-familiales, en particulier sur les mineurs."

Cours de récréation

Au début, les vidéos duraient 30 secondes, reprenaient des chorégraphies. Le réseau s'est vite invité dans les cours de récréation. Aujourd'hui, grâce à l'avancée technologique, les formats sont plus longs et le nombre d'abonnés n'a fait que croître. TikTok compte plus de 15 millions d'utilisateurs mensuels en France, dont de nombreux enfants de moins de 12 ans. Pourtant, le réseau est interdit aux moins de 13 ans. 

Laure Miller, députée du groupe Ensemble pour la République, n'a toujours pas reçu de réponse, mais pour elle c'était plus une interpellation médiatique et un appel à la vigilance pour l'année prochaine. Contactée, elle déclare : "c'est assez choquant d'entendre les auditions et le tapis rouge qui est déroulé pour cette plateforme chinoise."

Elle poursuit : 

C'est un appel à la cohérence. Nos artistes, c'est un milieu très engagé, je trouvais que ça pouvait être utile d'interpeller la présidente. TikTok, ce n'est pas une entreprise anodine, les contenus et la stratégie de TikTok sont problématiques pour nos plus jeunes.

Laure Miller, députée du groupe Ensemble pour la République.

à France 3 Côte d'Azur.

Plainte pour provocation au suicide 

Elle trouve que la plateforme fournit des « contenus addictifs », elle demande donc à Iris Knobloch de « réexaminer la pertinence de ce partenariat ». S’appuyant sur les travaux de la commission, menés avec Arthur Delaporte (PS), elle dénonce un algorithme qui « amplifie l’exposition des adolescents aux contenus liés à la dépression ». Sept familles ont déposé plainte contre TikTok devant la justice française pour provocation au suicide.

La commission d'enquête devra notamment déterminer, selon Laure Miller, "si l'application encourage ou non le passage à l'acte suicidaire et d'automutilation", ou si elle amplifie "la mise à disposition des contenus hypersexualisés", qui "favoriseraient le développement de troubles".

En 2022, selon une étude américaine, les jeunes abonnés, manifestant un mal-être, recevaient en moyenne douze fois plus de vidéos sur le suicide et l'automutilation.

Modération "opaque" et "inefficace"

C'est aussi "le réseau social à la politique de modération la plus opaque et très probablement la plus inefficace", a argumenté la députée. Au cours des auditions, des associations ont pointé l'absence de surveillance et de contrôle des contenus. Laure Miller pointe un double discours : "il y a des contenus portés à leur connaissance, et malgré tout ils ne les retirent pas, alors qu'ils ont la capacité technique de le faire." Elle explique que des intérêts économiques sont en jeu : "Les émotions négatives sont celles qui fonctionnent le mieux donc c'est dans leur intérêt de les laisser, ils n'ont pas intérêt à modérer."

Plus largement, l'addiction à ces vidéos courtes pénalise les apprentissages des enfants : "Beaucoup de professionnels alertent sur la baisse d'attention des jeunes, sur leur capacité de raisonnement. Elle ajoute : 

Certains jeunes qui ont un usage important de TikTok, ne peuvent plus regarder un film long car les vidéos TikTok sont très courtes et défilent à l'infini. Tout cela ça formate les cerveaux.

Laure Miller, députée du groupe Ensemble pour la République.

France 3

Une tendance qui se renforce : les abonnés sont de plus en plus jeunes et restent de plus en plus longtemps sur ce réseau social. 

"Impact sur l'industrie culturelle"

Interviewé par la Radio du cinéma, le responsable de la communication de TikTok France, Fabien Laxague défend l'engagement du réseau social : "Vous pouvez voir des contenus postés par vous ou par moi ou des créateurs qui sont invités qui sont des personnes qui n'ont pas de liens avec le monde du cinéma."

14 mai 2025 : la fête TikTok au début du festival du film. © Juliette Ledrich - FTV

Pour lui, les créateurs de contenus participent au rayonnement du festival du film. Mais depuis quelques années, le réseau social qui vient de souffler ses 7 bougies, est à un tournant stratégique. Il aurait même "un impact sur l'industrie culturelle". Selon Fabien Laxague, BookTok, une sous-communauté de l'application "ça a donné envie à certains de relire (...) et désormais avec Spotlight, ils vont pouvoir acheter leur place de cinéma." Un impact également sur le Box office : "pour L'Amour ouf, Le comte de Monte Christo, les créateurs ont partagé leur ressenti, leurs émotions." Et donner envie aux jeunes d'aller voir ces films. 

Nouveau contrôle parental 

Face aux critiques, TikTok s'organise. Le réseau social chinois a lancé dans l'Union européenne une nouvelle fonctionnalité permettant aux parents de limiter le temps passé par les adolescents sur l'application. Des restrictions qui concernent aussi des vidéos "potentiellement inappropriées ou sensibles selon l’âge de l’enfant". Mais pour la députée, c'est un affichage, de la communication "mais c'est très difficile de mettre en œuvre le contrôle parental (...) on pourrait faire mieux pour protéger nos jeunes."

Gendarme européen du numérique

La commission, créée le 13 mars dernier est toujours en cours, elle devrait s'achever mi-juin. Des tables rondes sont prévues sur ce sujet la semaine prochaine, lundi 26 mai. Les rapporteurs ne s'interdisent pas d'élargir leurs recherches à d'autres réseaux sociaux, s'ils constatent le même phénomène. 

En parallèle, le gouvernement réfléchit actuellement à une interdiction pour les moins de 15 ans. Une interdiction déjà en vigueur en Australie pour les moins de 16 ans et l'ensemble des réseaux sociaux. Mais pour la députée, ancienne avocate, "il n'y a pas une solution unique, il faut pousser à l'échelle européenne." Depuis 2022, la France est soumise au Digital Service Act,le gendarme européen du numérique : "c'est notre cadre désormais et en France c'est l'Arcom qui est censé agir." 

Des démarches qui prennent du temps. En démontrant que la santé des plus jeunes est en danger, la France pourrait légiférer sans attendre une décision de l'Europe. La restitution de ce rapport devrait avoir lieu avant la rentrée scolaire, afin de sensibiliser les jeunes et leurs parents à cette dangereuse addiction. 

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